Choix de chroniques de mars 1872, mises en ligne le trente mars 2026. Temps de lecture : 24 minutes.
Le Paris d’Haussmann — La Mi-Carême et le bal de l’opéra — État mental de la population de Paris — Le Paon de Potel et Chabot — L’héritier de la couronne d’Angleterre — Une histoire de chapeau (explication de 2025) — Le XXIe volume des œuvres complètes de Balzac — La place du Château d’Eau — Le quadrille épileptique — Les encombrements (Henri Regnault) — Annexe : Rapide historique de la place du Château d’Eau (par claretie.fr) — Notes
Le Paris d’Haussmann
« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du huit mars 1872.
On est quelque peu revenu des prétendus bienfaits de l’Haussmannisation de Paris ; tout en reconnaissant que l’ouverture de nouvelles voies avait amené l’air et la lumière dans certains quartiers déshérités de ces deux biens, beaucoup trouvaient que ce bouleversement à outrance étendu jusqu’aux rues les plus larges et les mieux bâties touchait à la monomanie et, avant même de connaître le prix de ces hautes fantaisies, ils en discernaient les graves inconvénients.
La base du système Haussmannien étant la ligne droite quand même, la ligne droite envers et contre tous, et cette ligne étant le plus court chemin d’un point à un autre, la préoccupation constante, l’idée fixe de la préfecture de la Seine était de trouver deux points à joindre. Cela fait, les pioches entraient en mouvement et dès lors rien n’était plus sacré pour les sapeurs municipaux ; le Parthénon, Saint-Pierre de Rome, Sainte-Sophie, l’Alhambra auraient été impuissants à les arrêter. Marche ! marche ! criait sans cesse la voix d’en haut, et on marchait en tapant comme des sourds sur les murs démantelés.
Cela produisait parfois des résultats bizarres, des angles aigus invraisemblables ou des angles obtus inouïs, des rues découpées, tailladées où l’on ne peut pas jouir plus de trois minutes de la liberté du trottoir, des places informes où l’absence des points de repère force le piéton à des explorations topographiques des plus compliquées. Si, pour ne pas être engrené dans ce tourbillon échevelé de voitures, on aborde les trottoirs de refuge, c’est l’investissement absolu qui commence ; l’île escarpée et sans bords du poète1-2 devient une réalité ; on n’en peut plus sortir, dès que l’on est dedans. Quelque chose comme la déportation dans une enceinte fortifiée.
La perfection du système a été réalisée par la place du Château d’Eau3 : de grandes voies vomissant ou absorbant à tort et à travers, sans aucune règle et hors de toute direction des flots de voitures et de piétons. Si l’on a le malheur de s’égarer le soir au milieu de ce terrain vague où se déchaîne l’ouragan des véhicules, on n’est pas sûr de rentrer chez soi dans l’intégrité de sa personne matérielle : songez qu’on y compte en moyenne deux accidents par jour, chiffre officiel.
Toute mesure qui restreindrait le champ de manœuvres des cochers aurait pour effet de régulariser, par conséquent de faciliter la circulation des voitures, et donnerait du même coup aux piétons la liberté d’accomplir leurs modestes fonctions sans risquer de perdre un membre.
Ne fût-ce qu’à ce point de vue, j’applaudis des deux mains au projet présenté par M. Warnod au conseil municipal et consistant à remplir ce vide affreux avec des théâtres et des squares. Je ne parle pas des avantages qu’il y aurait pour ce quartier dévasté et ruiné par M. Haussmann à retrouver le mouvement et la vie d’autrefois la résurrection des anciennes salles de spectacle du boulevard du Temple serait aussi un grand bienfait pour les bourses modestes et les génies sous le boisseau.
La suite, non reproduite ici, de cette « Chronique de Paris traite de « La première vacation de la vente Pereire ».
La Mi-Carême et bal de l’opéra
« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du neuf mars 1872.
La mi-carême4 n’a pas été des plus brillantes : beaucoup de monde sur les boulevards, mais encore plus de pluie. Il est vrai que les blanchisseuses ne craignent pas l’eau, mais les costumiers sont moins braves. Dans le fait, je ne sache pas qu’aucun lavoir5 ait accompli cette année sa promenade traditionnelle ; c’est à peine si j’ai aperçu quelques masques isolés.
Le bal de l’Opéra a été assez brillant beaucoup d’éléments exotiques. Et on dit que Paris n’est plus la patrie du monde entier ! Phénomène à noter : nombre d’habits noirs parmi les danseurs, ce qui ne se voyait plus du tout depuis assez longtemps. Les hommes du Nord m’ont paru dominer dans cette affaire ; c’est une nouvelle invasion de barbares, dont M. Strauss6 doit se féliciter ; la décadence du bal de l’Opéra n’est-elle pas due en grande partie à la substitution, dans le quadrille, de l’élément mercenaire à l’élément spontané, sincère, payant et «s’amusant ?
Notre occident blasé se préparait à enterrer le cancan ; le septentrion, plus jeune, le ressuscite.
La suite de cette chronique, non reproduite ici, concerne les résultats de la deuxième vacation de la vente Pereire, qui a eu lieu la veille, comprenait les tableaux anciens des écoles française, espagnole, italienne et allemande.
État mental de la population de Paris
« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du douze mars 1872 et reproduite intégralement.
Dans le dernier numéro de la Philosophie positive7, M. le docteur Onimus8 étudie l’état mental de la population de Paris depuis la guerre9. Grâce aux observations qu’il a recueillies dans les asiles d’aliénés depuis le mois de juillet 1870, il a pu suivre pas à pas les développements et les variations de la folie selon les événements qui ont préoccupé successivement les esprits.

Au moment de la déclaration de guerre, l’horreur du sang versé domine ; plus tard, la préoccupation de la victoire et la sollicitude pour la famille impériale, que les fous veulent conseiller ou sauver : G. G.… cultivateur, sait qu’on veut renverser l’empereur, et il est venu pour le sauver. N. H.… se dit fils de Napoléon Ier et veut se faire tuer pour la famille impériale. Un marchand de journaux qui se dit investi d’une mission céleste, vient parler à l’empereur au sujet de la guerre.
Pendant le siège, l’exaltation cérébrale s’applique à la découverte des procédés pour anéantir l’armée ennemie ; vous avez tous vus, dans les réunions publiques, des illuminés exposer des systèmes infaillibles pour brûler les Prussiens tout vifs, ou pour les poignarder tous en même temps comme dans les Vêpres Siciliennes10 ; les bureaux de ministères et de journaux étaient encombrés de plans de campagne.
Aux mois de décembre et de janvier apparaissent les Jeanne D’arc Mme D.… 38 ans, a reçu de la Sainte Vierge l’ordre de sauver la France ; W.… 36 ans, obéit à Dieu qui lui donne des idées ; la Vierge lui est apparue vêtue de blanc et un drapeau à la main. Une pauvre fille de province réussit à traverser les lignes ennemies ; elle se disait Jeanne D’arc et avait acheté, un immense drapeau qui devait mettre les Prussiens en fuite.
Un malheureux qui croit entendre les voix d’en haut écrit à M. Étienne Arago, maire de Paris :

M. Onimus arrive ensuite au 18 mars ; là encore, les prophètes, les prêcheurs les illuminés ont un champ admirable pour leurs manifestations. Chez quelques-uns le mysticisme se mêle à l’esprit révolutionnaire : celui-ci prétend qu’il a reçu une mission à sa sortie du néant ; il est fils d’un prophète, il doit exterminer les rois et faire proclamer la république universelle sur le drapeau des nations il y aura une couronne d’épines où seront inscrits les mots Dieu et Christ. L’alcoolisme a joué naturellement un très grand rôle dans l’état mental des populations à cette époque. Au mois de mai 1871 on signale quinze cas de delirium tremens, alors qu’au mois de mai 1870 il n’y en avait eu que trois.
M. Onimus ne pense pas que les événements aient pu déterminer la folie, en dehors de la prédisposition cérébrale, mais ils ont pu créer un état général d’exaltation et d’irritabilité. Les incidents du siège de Paris ont eu évidemment cet effet, et l’on voit tout de suite quelles conclusions générales M. Onimus peut en tirer.
Les esprits sont un peu calmés, heureusement, et la situation mentale de notre pays est aujourd’hui très satisfaisante ; néanmoins, toute trace de monomanie n’a pas encore disparu pour le moment, c’est la réorganisation militaire qui préoccupe les cerveaux inquiets.
Pas de notaire retiré, d’épicier enrichi qui ne veuille dire son mot sur notre armée : les manuscrits, les brochures, les volumes mêmes pleuvent de tous côtés. Mon collaborateur spécial en a son cabinet plein jusqu’au plafond, et le flot n’est pas encore arrêté il faut avouer que si l’édifice de notre grandeur militaire ne se relève pas, ce ne sera pas faute d’architectes.
Le Paon de Potel et Chabot
Il y a en ce moment dans l’étalage de Potel et Chabot11 un magnifique paon ; il a au moins deux mètres de long et son plumage est d’une rare beauté. Il y a déjà longtemps que le paon ne figure pas, dans l’alimentation publique, et il faut reconnaître que les gourmets n’y ont pas beaucoup perdu.
Au moyen âge, la chair du paon était regardée comme la viande des preux. Le noble oiseau figurait sur la table des festins avec toutes ses plumes. Voici comment le rôti se préparait : au lieu de plumer la tête, on l’écorchait proprement de manière à enlever les plumes avec la peau ; on enveloppait la tête d’un linge qu’on arrosait d’eau fraîche pendant que la broche tournait, afin de conserver l’aigrette. Quand le paon était cuit, on rajustait la peau et on étalait la queue. Parfois, on mettait dans le bec un peu de laine imprégnée de camphre, et, en servant, on mettait le feu à la laine, en sorte que le paon semblait vomir des flammes. La dame la plus noble et la plus belle était chargée de placer l’oiseau sur la table suivie d’un certain nombre d’autres dames et précédée d’instruments de musique, elle entrait avec pompe dans la salle du festin et déposait le paon devant le convive le plus renommé. Celui-ci dépeçait alors l’animal de ses propres mains et employait toute son adresse à faire que chaque convive eut sa part du rôt.
Le roi Arthur, dans le repas qu’il offre aux chevaliers de la Table-Ronde, trouve moyen de découper le paon en 150 morceaux, nombre égal à celui des convives.
Comme le paon de Potel et Chabot me paraît tout naturellement, désigné pour servir d’aliment à la réunion des Chevau-légers12, je recommande à M. de Belcastel13 de respecter tous les détails du cérémonial il serait déplorable, en face des détracteurs systématiques de l’ancienne France, que la plus petite atteinte fut portée aux véritables règles de la chevalerie en matière de paon.
L’héritier de la couronne d’Angleterre
« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du quatorze mars 1872.
La comédie de M. Gondinet, Paris chez lui14, a reçu hier soir un accueil des plus mélangés ; la chute de la toile a été accompagnée d’applaudissements et de sifflets qui ne m’ont pas paru beaucoup plus justifiés les uns que les autres : la pièce ne mérite en somme ni cette indignité ni cet excès d’honneur15 ; elle est purement et simplement dépourvue d’intérêt. L’intrigue pivote autour d’un tailleur pour dames qu’on ne voit pas et d’une baronne allemande qu’on ne voit pas non plus. Lutte de toilettes entre Mlle Pierson16 et Mlle Massin17 ; n’ayant pas de pomme à ma disposition, j’engage ces deux élégantes personnes à invoquer la juridiction du prince de Galles qui, de l’ancienne loge impériale, a pu prendre une connaissance approfondie de leurs dossiers respectifs.
L’héritier de la couronne d’Angleterre18 à le grand visage pâle des convalescents et une magnifique barbe noire ; la princesse, sa femme19, s’est obstinément dissimulée derrière le montant de la loge20 : à chaque entracte, des batteries de lorgnettes étaient dirigées sur cet abri fortifié, sans réussir à faire brèche. Nos députés ont été mieux partagés avant hier, si toutefois les préoccupations patriotiques21 qui les agitaient leur ont permis de profiter de cet avantage. Une question à ce propos : le président s’est couvert dans la séance d’hier, comme le règlement lui en donne le droit et lui en impose de devoir dans certaines circonstances. Si nos augustes hôtes d’outre-Manche s’étaient trouvés là, qu’aurait fait M. Saint-Marc Girardin22 ? Ne pas se couvrir, c’était prolonger le tumulte et aggraver la triste opinion que le prince et la princesse de Galles emporteront de nos mœurs parlementaires ; se couvrir, c’était un bien peu Shocking. Si pareille difficulté se représentait, le président pourrait, je crois, se tirer d’affaire en tenant simplement son chapeau à la main : la Chambre serait avertie, et la galanterie française conserverait sa vieille renommée.
Une demande d’information sur cette histoire de chapeau a été demandée à l’Assemblée nationale, qui a répondu exactement deux heures plus tard en donnant le texte ci-après :
Cette disposition a été adoptée dans le règlement de 1814 en son article 25 qui disposait que :
« Si la Chambre devient tumultueuse, et si le Président ne peut la calmer, il se couvre. Si le trouble continue, il annonce qu’il va suspendre la séance. Si le calme ne se rétablit pas, il suspend la séance pendant une heure, durant laquelle les membres de la Chambre se réunissent dans leurs bureaux respectifs. L’heure expirée, la séance est reprise de droit. »
La Seconde République modifiera celle-ci en son article 125 :
« Si l’Assemblée devient tumultueuse, et si le Président ne peut parvenir à y rétablir le calme, il annonce qu’il va suspendre la séance.
» Après un second avertissement demeuré sans effet, il se couvre, et la séance est suspendue pendant une demi-heure.
« Les Représentants sont tenus de se retirer dans les bureaux respectifs. La demi-heure expirée, la séance et la discussion sont reprises de droit.
« Si le tumulte se produit de nouveau, le Président, après avoir averti l’Assemblée, peut prononcer la clôture de la discussion.
« Il est immédiatement procédé au vote, s’il y a lieu. »
Puis la IIIe République la rétablira ainsi en 1876 :
« article 109, CHAPITRE XI. Tenue des séances.
« Si la Chambre devient tumultueuse, et si le Président ne peut la calmer, il se couvre. Si le trouble continue, il annonce qu’il va suspendre la séance.
« Si le calme ne se rétablit pas, il suspend la séance pour une heure, et les Députés se retirent dans leurs bureaux respectifs.
« L’heure étant expirée, la séance est reprise ; mais, si le tumulte renait, le Président lève la séance et la renvoie au lendemain »
Cette disposition perdurera jusqu’à la fin de la IIIe République mais, ne sera pas reprise dans le règlement des assemblées constituantes ni ultérieurement.
Cordialement
Jean-Antonin Cahéric
Assemblée nationale
Division des Archives et de l’Histoire parlementaire
233 bd Saint Germain.
Le XXIe volume des œuvres complètes de Balzac
« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du quinze mars 1872.
La librairie Michel Lévy a mis récemment en vente le 21e volume des œuvres complètes de Balzac. Il y a de bien curieuses choses dans ces Physionomies et esquisses parisiennes, dans ces Croquis et fantaisies ; c’est d’abord le Code des gens honnêtes23. Balzac a réuni sous ce titre l’énumération et la description des diverses espèce de voleurs et de vols. Il est clair que beaucoup de procédés, excellents en 1825, ou sont éventés aujourd’hui, ou ne rapportent pas ce qu’ils peuvent coûter. Il est évident, par exemple, que le vol du mouchoir n’en vaut pas la chandelle ; par contre certains vols sont éternels et les progrès de la civilisation n’en modifient pas sensiblement la forme : ainsi des vols domestiques il est clair que la cuisinière n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour soutirer un bol de bouillon à destination du carabinier de son cœur ; Balzac fait d’ailleurs remarquer judicieusement que le mal n’est pas de prendre sur sa propre nourriture la part de l’amour, mais bien de combler le déficit par une égale mesure d’eau de Seine.
À ce propos, Balzac traite en quelques mots cette très grave question de la conduite à tenir envers les domestiques. Il y a, d’après lui, deux partis à prendre :
Une confiance illimitée ou une défiance sans bornes. Le parti mitoyen est détestable.
Si vous choisissez mal, ce n’est pas la faute du domestique, c’est la vôtre. Si vous aviez bien choisi, songez qu’un domestique est homme : il a son amour-propre et les mêmes passions que vous, maître. Ne blessez donc pas l’amour-propre des domestiques. En tout état, c’est une offense que l’homme pardonne rarement.
Ne parlez jamais à vos gens qu’à l’occasion de leur service.
Persuadez-leur que vous vous intéressez à eux, en vous y intéressant réellement.
Ne riez jamais avec eux, et surtout ne riez pas d’eux en leur présence, car ils prendraient leur revanche ; et le maître dont on rit est perdu.
S’ils sont malades, faites-les soigner chez vous.
Grondez-les rarement, mais bien et justement.
Un seul domestique ami préserve de tous les vols qui se commettent dans une maison.
Remarque humoristique
Un restaurateur est sujet à être volé d’une manière bien cruelle, car il ne peut exiger la restitution des marchandises fournies. Contre ce vol, il n’y a pas de précaution.
Balzac constate qu’en général, à Paris, la race des portiers a conquis une réputation de probité incontestée.
Pour les escrocs, que Balzac appelle les « gens comme il faut de la petite volerie ». Voici leur signalement quarante ans, une certaine connaissance des usages du monde, langage choisi et bonnes manières. La chaussure est de sa toilette ce qui se fatigue le plus : un fripon n’est jamais bien chaussé, il court trop.
Le vol avec effraction ne nous intéresse guère plus, puisque l’usage s’est universellement répandu de déposer ses fonds dans des maisons de banque. Balzac cite, dans ce chapitre, le vol avec effraction le plus épouvantable qui se soit commis de mémoire d’homme : le duc d’Anjou, à la mort de Charles V24, fit mettre Savoisy25 à la question, et, sur ses aveux, extorqués à force de supplices, crocheta les coffres scellés dans les murs du château de Melun, et vola les 17 millions amassés par Charles le Sage, son frère. Ces 17 millions en vaudraient 400 aujourd’hui.
La Place du Château d’Eau
Texte paru dans Le Temps du 24 mars 1872.
Je me suis transporté hier sur la place du Château d’Eau afin de me rendre un compte exact de la salutaire transformation qu’il s’agit de faire subir à ce terrain vague26. J’ai déjà fait allusion au projet de M. Warnod. Voici exactement en quoi il consiste : vous savez que la place du Chàteau d’Eau se compose actuellement de deux îlots plantés d’arbres, séparés par le prolongement du boulevard Voltaire, plus de l’emplacement de la fontaine ; si l’on regarde la caserne, on à sa droite le boulevard du Temple et le boulevard Voltaire, à sa gauche le boulevard Saint-Martin et le boulevard Magenta, entre lesquels se terminent la rue de Bondy et la rue du Château d’Eau. À l’entrée du boulevard du Temple, à gauche, se trouve un pâté de maisons qui forment un renfoncement27 ; à droite un autre pâté en contrefort.
M. Warnod propose de réunir les deux ilots et de construire sur leur emplacement trois théâtres, une salle de conférences ou de concerts et des maisons ; — d’aligner l’extrémité gauche du boulevard du Temple en y construisant un théâtre, un passage couvert en face de la rue Charlot et des maisons de niveler la partie droite du même boulevard ; — enfin, à l’ouest, de bâtir sur l’emplacement actuel de la rue de Bondy et sur le terrain vague qui la sépare du boulevard Saint-Martin un théâtre dont la façade donnera sur la place du Château d’Eau et des maisons sur l’alignement de la place et du boulevard. M. Warnod propose en outre d’ouvrir une voie de communication entre la rue du Château-d’Eau et le boulevard Saint-Martin mais je ne vois pas du tout à quoi elle peut servir, puisque la rue de Lancry remplit très suffisamment cet office. Quant à la fontaine, M. Warnod pense, et je suis complètement, d’accord avec lui, qu’elle serait très avantageusement remplacée par un square avec bassin et jets d’eau. En somme, le plan dont je m’occupe nous donnerait à la place de ce Champ de Mars glacé en hiver, bouillant en été, ouvert à tous les vents, le jour encombré de voitures, le soir plongé dans la solitude et l’obscurité, nous rendrait, dis-je, cette ancienne et charmante cité des théâtres qui animait et enrichissait ce point privilégié de la ligne des boulevards.
Le conseil municipal a discuté ce projet le 11 mars, mais sans vues d’ensemble il a donc adopté une sorte de cote mal taillée qui ne résout pas grand’chose et ne modifiera pas sensiblement la situation dont les habitants du quartier du Temple se plaignent à si juste titre. On peut dire en effet du plan de reconstruction qu’il n’est rien s’il n’est tout.
Se figure-t-on avoir appelé la vie et le mouvement sur tout ce vaste espace, parce qu’on en aura rebâti un côté ? L’essence de l’ancien boulevard du Crime, c’est qu’il y avait un grand nombre de théâtres groupés au même point, ayant tous des prix modérés, de façon à ce qu’on pouvait choisir indifféremment l’un ou l’autre. Je ne saurais trop y insister. Si on ne refait pas ce groupement, on ne fait rien. Or, le conseil municipal a voté la partie du projet qui concerne la rue de Bondy, et a réservé en vue de je ne sais plus quel chemin départemental les deux îlots qui devaient précisément nous donner trois des cinq théâtres projetés. J’en appelle donc du conseil municipal irréfléchi, et je l’adjure de voter tout si vraiment il veut faire quelque chose.
Le quadrille épileptique

Les habitués du théâtre des Folies-Bergère ont eu hier un spectacle plus étrange que divertissant je veux parler du quadrille épileptique28 dansé par une troupe de bayadères anglaises bayadères est trop noble, je devrais dire écuyères ou plutôt clowns femelles. Imaginez-vous six personnes aux formes et aux gestes athlétiques se démenant, se ployant, se tordant, exécutant le grand écart horizontal ou vertical, se courbant jusqu’à la pointe des bottines et se recourbant jusqu’aux talons, frappant le plancher avec violence ou le parcourant sans presque y toucher, et tout cela avec un emportement, une furie anglaise et une habileté gymnastique, moins propres à exciter l’intérêt que l’étonnement. Ce n’est pas une danse, c’est un exercice ce n’est pas le cancan avec la verve, l’imprévu, la gaieté qui ont fait sa gloire, c’est un je ne sais quoi inventé pour provoquer le rire robuste de John Bull29 entre deux pintes d’ale. Le public a paru partagé hier soir entre l’enthousiasme et l’indignation les uns ont applaudi avec frénésie, les autres sifflé avec persistance. Ces derniers disaient « On ne devrait pas montrer ces choses-là sur un théâtre. » La morale n’a pourtant rien à voir dans cette exhibition de gymnasiarques en jupes courtes. La seule morale qu’on puisse en tirer, c’est que l’État a parfaitement raison, dans l’intérêt du goût public, d’entretenir un corps de ballet pour maintenir les traditions d’un art qui n’est aimable et gracieux que quand il reste un art ; j’ajoute que le bal de l’Opéra lui-même est une institution académique à côté de l’english-quadrille.
Les encombrements
« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du 25 mars 1872 et intégralement reproduite.
Jules Claretie rend compte ici d’une exposition d’œuvres du peintre Henri Regnault, déjà plusieurs fois évoqué dans ces pages. Cette exposition s’est tenue pendant quelques jours pour s’achever le 26 mars 1872.

Henri Regnault, soldat de La Défense de Paris par Louis-Ernest Barrias (fragment)
Henri Regnault est mort il y a quatorze mois, à Buzenval, glorieuse défaite française, à 28 ans, d’une balle dans la tête. Louis-Ernest Barrias a choisi de donner au soldat de sa Défense de Paris le visage d’Henri Regnault (voir la note 45 de la page « Les Panoramas »). Jules Claretie ayant lui-même combattu à Buzenval se sent, bien sûr particulièrement attaché à ce peintre. C’est cette statue qui a donné son nom à cet important quartier d’affaires.

Le catalogue de cette exposition (qui n’indique étonnamment aucune date) est enrichi d’un long texte de Théophile Gautier, qui va mourir en octobre prochain. Y sont plus longuement décrites les deux toiles dont il va être question dès les premières lignes du texte de Jules Claretie, le portrait équestre de Juan Prim (le cheval est très bien) et le saisissant « Marocain décapité ».
C’est demain lundi, à 4 heures du soir, que se ferme l’exposition des œuvres d’Henri Regnault ; hier le quai Malaquais30 était encombré d’équipages et ce n’était pas sans difficulté qu’on parvenait à s’ouvrir un passage à travers les allants et venants. Dans la salle une véritable cohue formée par l’empressement et maintenue par l’admiration ; c’était véritablement le tout Paris, non, celui des premières, mais le vrai Paris, celui du travail comme celui du luxe, le Paris de l’intelligence et du goût, le Paris athénien. Le portrait du général Prim31 et le Marocain décapité32 m’ont paru surtout fixer l’attention de la foule ; du reste, les tableaux de batailles ou de soldats et les sujets héroïques saisissent toujours l’âme populaire ; les connaisseurs s’arrêtaient aux études de palais arabes et les personnes du high life aux portraits. Du reste il n’était pas aisé de choisir son point de vue ; il fallait regarder suivant les hasards du flot humain, et tel voulait étudier une odalisque qui était forcé de contempler un gitano33.

Henri Regnault, Salomé, toile exposée au salon de 1870. Salomé tient ici le couteau qui tranchera la tête du prophète Jean, tête qui lui sera apporté sur ce plateau »
La Salomé, qui dans les premiers jours ne figurait pas à l’exposition du quai Malaquais, a été mise à la place d’honneur et attire comme autrefois beaucoup de curieux ; quant à la Judith, sa place est vide : un écriteau nous apprend que la ville de Marseille a refusé de s’en dessaisir. Voilà un aspect assez inattendu de cette jolie institution qu’on appelle la Ligue du Midi : l’administration des beaux-arts à l’heureuse et patriotique pensée de réunir l’œuvre de ce jeune et déjà glorieux artiste ; vous vous figurez que les cités comme les particuliers vont tenir à l’honneur de participer à cette pieuse entreprise ; ah ! bien oui : diga li gué vengué, pas si bête, Marseille ; si vous voulez voir la Judith, commencez par la mériter en faisant deux cents lieues : la mémoire de Regnault ? — la belle affaire, c’est l’intérêt des industriels de la Canebière qui importe. Puisque c’est la doctrine du chacun pour soi qui l’emporte en matière d’objets d’art comme en fait de défense nationale, j’invite l’administration des musées à ne jamais rien envoyer à ces Phocéens : vous voulez des tableaux pour vous tout seuls, payez-les, vous êtes d’ailleurs assez riches pour cela34.
Pour en revenir à notre exposition, on peut dire qu’elle a constamment obtenu et qu’elle obtenait hier encore un succès presque sans exemple. Tout le monde a voulu y aller ; mais je ne sais pas si tout le monde a pu y aller. Aussi je demande à l’administration :
1o De prolonger l’exposition jusqu’au 10 avril, pour permettre aux retardataires de remplir ce devoir civique et aux admirateurs de Regnault de se donner de nouvelles jouissances.
2o De faire-payer 1 fr. d’entrée applicable aux besoins de l’État ; dans la situation de nos finances, une telle perception n’a rien que de patriotique et sera acquittée avec enthousiasme. Les personnes pour qui cette somme minime serait un embarras pourront venir le dimanche ou le jeudi, jours où l’entrée serait gratuite. Voilà, je crois, qui arrange tout.
Annexe : Rapide historique de la place du Château d’Eau
Par claretie.fr
À l’origine, cette place n’était qu’une partie, sans nom, un peu élargie, du boulevard Saint-Martin. Ce lieu a pris le nom de « place du château d’eau » en 1811, lorsqu’a été installée une fontaine. Grâce à un léger dénivelé, cette fontaine, placée sensiblement en hauteur, servait de château d’eau, de fontaine primaire, à d’autres fontaines des alentours, d’où son nom.

La fontaine Girard en 1831.
Cette première fontaine était due à l’ingénieur hydraulicien des Ponts-et-chaussées Pierre Simon Girard (1765-1836), qui a été plus tard directeur des travaux du canal de l’Ourcq tout proche.
On peut la situer à un emplacement correspondant, de nos jours à la pointe formée par le boulevard Magenta et la rue René Boulanger, ainsi qu’en témoigne la gravure ci-dessous, de 1840 :

En face, la rue de la Douane, qui part sur la droite. De nos jours ; cette rue de la Douane porte le nom de Léon Jouaux, longeant la caserne Vérines
Au milieu des années 1850, plusieurs bâtiments sont détruits au nord et à l’est de la fontaine afin de construire la caserne portant de nos jours le nom de Jean Vérines (militaire résistant) à la Libération. Suite à la construction de cette immense caserne en ville, la place du Château d’eau est considérablement agrandie, jusqu’à 280 mètres sur 120, prenant largement sur l’est et donc le boulevard du Temple dont les premiers numéros sont le 41 (que l’on évitera de fréquenter) et, en face, le 54. De nombreux théâtres sont démolis. En même temps sont ouverts, en 1857, le boulevard Voltaire et l’avenue de la République qui débouchent sur cette nouvelle place, la rendant davantage indispensable.
Nous sommes en plein haussmannisme, Gabriel Davioud (1824-1881), architecte de la Ville de Paris et grand bâtisseur (des Magasins réunis, notamment) est chargé de réaménager la place. Il juge la fontaine de Girard trop petite et surtout devenue complètement excentrée par l’élargissement de la place. On la transfère aux abattoirs de la villette, achevés en 1867 où elle servira à abreuver les animaux de service. Cette fontaine, restaurée, est de nos jours visible devant la grande halle de la Villette.
Gabriel Davioud construit, au milieu de la nouvelle place, une fontaine neuve, de 25 mètres de diamètre, ornée de huit lions elle aussi mais ces lions en bronze sont assis bien droits plutôt que couchés sur la fontaine de Girard. C’est le spécialiste de la sculpture animalière Henri Jacquemart (1824-1896), qui est chargé de ces ornements.

Michel Fichiot, Place du Château d’Eau. Au fond à gauche, la caserne Védrines, à droite : les magasins réunis puis le débouché de l’avenue de la République (à l’époque avenue des Amandiers).
La guerre a retardé l’installation de la fontaine, qui a fini par être inaugurée en 1874. Elle ne restera en place que six années, remplacée en 1880 par la statue de la République que nous connaissons aujourd’hui. Les auteurs sont deux frères, Léopold (la statue) et Charles Morice (le socle). La fontaine Davioud/Jacquemart, comme avant elle celle de Girard, sera déplacée à une limite de Paris, place de la Barrière de Reuilly, de nos jours, place Félix Éboué (Gouverneur du Tchad).
La statue de la République a été inaugurée une première fois, en plâtre, le quatorze juillet 1880 et une seconde fois, en l’état actuel, à la même date, évidemment mais trois ans plus tard. Ce n’est qu’en 1889 Que la place du Château d’Eau portera le nom de place de la République.
Notes
1 Deux poètes, même, ont utilisé cette métaphore. Le premier est Nicolas Boileau (1639-1711) dans sa dixième satire de 1693 sur les femmes : « Dans le crime il suffit qu’une fois on débute ; / Une chute toujours attire une autre chute. / L’honneur est comme une île escarpée et sans bords / On n’y peut plus rentrer dès qu’on en est dehors. / Peut-être avant deux ans, ardente à te déplaire, / Éprise d’un cadet, ivre d’un mousquetaire, / Nous la verrons hanter les plus honteux brelans,… »
2 Le second (encore qu’il puisse en exister d’autres) est Alfred de Musset, bien plus proche de nous (1810-1857) et pour qui cette île escarpée est sa poche : « Ma poche est comme une île escarpée et sans bords, / On n’y saurait rentrer quand on en est dehors. / Au moindre fil cassé, l’écheveau se dévide : / Entraînement funeste, et d’autant plus perfide, / Que j’eus de tous les temps la sainte horreur du vide, / Et qu’après le combat je rêve à tous mes morts. » Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier 1850. On peut observer que l’humour caustique est présent dans ces deux exemples.
3 Pour la place du Château d’Eau, aujourd’hui place de la République, lire infra la chronique sous ce titre, ainsi qu’un rapide historique du lieu en annexe.
4 Dans la religion catholique alors très pratiquée en France, le carême était une période de jeûne qui durait pendant les quarante jours précédant le dimanche de Pâques. Ce jeûne fluctuait entre périodes plus ou moins sévères. Mais le problème était celui de la conservation des aliments. La plupart des aliments d’origine animale, comme les œufs, ne pouvaient se conserver au-delà de vingt jours. Afin d’éviter un mécontentement de la population le clergé a permis la fête de la mi-carême, qui est évidemment devenue un jour (puis des jours) de réjouissance populaire où l’on pouvait avaler de la viande, d’où le nom de Carnaval.
5 À Paris, cette mi-carême, après avoir été la fête des charbonniers et des porteurs d’eau, était traditionnellement la fête des blanchisseuses, représentée par le cortège des lavoirs.
6 Isaac Strauss (Emmanuel Israël, 1806-1888), violoniste était responsable des bals de la cour à la fin de règne de Louis-Philippe. Il assurera des fonctions comparables sous Napoléon III, organisant des bals dans les différentes villes d’eaux visitées par le couple impérial et sa suite. En 1854 Isaac Strauss obtient la concession des bals de l’Opéra, en assurant tous les frais et bénéfices jusqu’à cette année 1872, à l’âge de 66 ans.
7 La Philosophie positive, revue bimestrielle de grand format (160 pages) dirigée par Émile Littré et Grégoire Wyrouboff (1843-1913). Cette revue a paru de 1867 à 1883.
8 Nicolas Onimus (1840-1915), médecin ayant obtenu le prix Montyon en 1875 pour ses travaux sur l’électrothérapie.
9 « De l’état mental de la population de Paris pendant les deux sièges », numéro de mars, pages 236-259.
10 Les Vêpres siciliennes, opéra en cinq actes d’Eugène Scribe et Charles Duveyrier sur une musique de Giuseppe Verdi, créé à l’été 1855, salle Le Peletier.
11 En 1820, Jean-François Potel, rôtisseur-pâtissier, et Étienne Chabot, maître de bouche du duc d’Orléans, s’associent pour ouvrir une boutique de comestibles frais haut de gamme, d’abord rue Montmartre, puis au 28 rue Vivienne, non loin du Palais Royal (site web de l’entreprise). De nos jours, ce traiteur sert les réceptions les plus prestigieuses aux chefs d’états du monde entier.
12 Soldats (souvent personne ne naissance et d’honneur) de cavalerie légère faisant partie de la maison du roi. Les chevau-légers de la garde du roi. Un chevau-léger.
13 Vraisemblablement Gabriel de Lacoste de Belcastel (1821-1890) dont le père, Auguste de Lacoste de Belcastel (1772-1832) était officier de cavalerie. Gabriel de Belcastel est député (extrême-droite catholique) de Haute-Garonne depuis février 1871. Il sera sénateur de 1876 à 1879.
14 Edmond Gondinet (1828-1888) auteur dramatique et librettiste prolifique. Paris chez lui — 1869, comédie en trois actes créée au théâtre du Gymnase l’avant-veille, 12 mars. Le texte de cette pièce, écrit avant la guerre, a été publié cette année 1872 chez Michel Lévy. Francisque Sarcey en rendra compte dans Le Temps du 18 mars.
15 Jean Racine, Britannicus, acte II, scène III, entre Junie et Néron :

Édition de Raymond Picard pour la Pléiade, page 412, Gallimard 1950
16 Blanche Pierson (1842-1919) a débuté au théâtre à l’âge de six ans et commencé une véritable carrière à quinze ans lorsque, après quelques représentations en province, elle entre au Vaudeville, puis, en 1864, au Gymnase. Blanche Pierson arrive à la Comédie-Française en 1884 avant d’en être sociétaire en 1886.
17 Léontine Massin (1847-1901) a fugué de chez ses parents à treize ans pour se retrouver dans un « théâtre » de Constantinople, (ce qu’il a de bien c’est que là-bas, l’artiste est toujours gâtée). Soucieuse de mettre en valeur son apprentissage oriental, Blanche s’installe comme cocotte tout en poursuivant sa carrière d’actrice. En 1881, Léontine crée, à l’Ambigu, le rôle de Nana dans la pièce de William Busnach d’après le roman d’Émile Zola. Mais vient le temps où la facture de ses aventures horizontales lui est présentée ; la paralysie survient, puis la mort, à 77 ans après une belle vie d’aventures.

Léontine Massin dans Nana en couverture de la revue Les Contemporains du 24 février 1881
18 Édouard VII (1841-1910), fils de la reine Victoria (1819-1901) régnera de janvier 1901 à sa mort.
19 Alexandra de Glücksborg (1844-1925), princesse de Danemark, a épousé le futur Édouard VII au printemps 1863 et deviendra reine consort du Royaume-Uni.
20 Certaines loges, et certainement celle-là, disposaient d’un volet vertical que l’on pouvait faire monter. Ces volets n’abritaient pas que des monarques mais parfois des couples illégitimes profitant commodément de ce paravent.
21 De sordides histoires de petits intérêts de partis tels que l’assemblée en connait ces jours de rentrée 2025, date de la rédaction de cette note.
22 Saint-Marc Girardin (1801-avril 1873), député (majorité) de la Haute-Vienne entre 1834 et 1873 (cinq mandats), a été nommé vice-président de l’Assemblée en 1871. Saint-Marc Girardin a été élu à l’Académie française en 1844 et reçu par Victor Hugo qui, dans un surprenant discours, prononcera d’abord, contre tout usage, l’éloge de l’insignifiant Vincent Campenon, prédécesseur de Saint-Marc Girardin. On ne confondra pas Saint-Marc Girardin avec le journaliste et patron de presse Émile de Girardin (1802-1881).
23 Honoré de Balzac, Code des gens honnêtes ou l’art de ne pas être dupe des fripons est paru pour la première fois chez Jean-Nicolas Barba en 1825.
24 Charles V « Le Sage » (1338-1380), roi de France de 1364 à sa mort.
25 Philippe Ier de Savoisy, mort en 1398.
26 Pour l’histoire de la place du Château d’eau, voir un rapide historique en annexe.
27 Ce renfoncement, qui existe encore de nos jours, provient du fait qu’à cet endroit l’ancien boulevard du Temple prenait une nette inflexion vers la droite, ainsi qu’on peut le voir sur la photographie ci-dessous (avril 2021), prise depuis le passage piéton dans l’axe de la rue Charlot. Au fond, la place du Château d’Eau (de nos jours place de la République).

28 « Cependant, les artistes les plus populaires du café-concert entre les années 1871 et 1907 se secouaient et se tordaient dans des contorsions bizarres, imitant les mouvements saccadés et disloqués des marionnettes ou bien ceux d’un épileptique, le visage travaillé par des grimaces et des tics mécaniques. […] et l’adjectif épileptique était fréquemment utilisé pour décrire les vedettes de caf’conc’ dans les journaux. » Rae Beth Gordon, De Charcot à Charlot, Mises en scène du corps pathologique, publié en anglais en 2001 et traduit en 2013 par les Presses universitaires de Rennes.
29 En français : Dupont ou Martin.
30 Siège de l’École des Beaux-arts.
31 Henri Regnault, Juan Prim, 8 octobre 1868, très grande huile sur toile de 1869 (plus de trois mètres sur plus de deux mètres cinquante, a été achetée par l’État cette année 1872 afin d’y être exposée au musée du Luxembourg.
32 Marocain décapité est commode mais le titre exact est Exécution sans jugement sous les rois maures de Grenade. Il s’agit d’une peinture de 1870 très verticale (trois mètres sur un mètre cinquante) achetée par l’État en 1870 et actuellement conservée (comme la peinture précédente) au musée d’Orsay.

Cette vue est particulièrement horrible. Ci-dessus, seule la partie haute de l’image est reproduite
33 Henri Regnault, Gitano, étude de tête, 1868.

34 Les choses ne semblent pas avoir évolué en 2026. Cette toile qui a pour titre Judith et Holopherne est toujours abritée au sein du musée des Beaux-arts de Marseille. Le site web du musée empêche tout téléchargement de l’image complète même en base définition. La reproduction, fort sombre, en est de toute façon illisible.

À défaut, voici une « Pierre noire, estompe et rehauts de craie blanche (à gauche), enrichie (à droite) d’une étude pour le personnage du Judith.
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