Chroniques d’avril 1872

Choix de « Chroniques de Paris », parues dans Le Temps en avril 1872. Page mise en ligne le vingt juillet 2026. Temps de lecture : 25 minutes.

Les rues se repaventL’Affaire CourbetLes salons de l’ÉlyséeL’Affaire Courbet, suiteLe jardin de TuileriesLes Champs-ÉlyséesPierre Puvis de ChavannesLes réceptions de l’ÉlyséeRéouverture du théâtre italienLe crime de la rue des ÉcolesL’éruption du VésuveRetour sur le crime de la rue des ÉcolesNotes

Les rues se repavent

Fragment de la « Chronique de Paris » parue dans Le Temps du six avril 1872.

Le printemps fait pousser les feuilles et… les annonces ; pendant la retraite que ce renouveau m’a imposée, j’ai constaté une amélioration sensible dans l’état de la viabilité : les rues se repavent, les asphaltes se ravaudent, les massifs se repeuplent, la rue Royale ne porte plus de traces de l’incendie du 23 mai1, la place de la Concorde se rapièce peu à peu, pierre à pierre, et l’Arc de Triomphe aura bientôt oublié les obus ruraux, comme les appelaient les beaux messieurs du 18 mars2. Paris achève sa toilette pour le mois de mai, le mois des fleurs, des amours et des tableaux. On dit merveille de l’Exposition, le bois de Boulogne retrouve sa splendeur et les toilettes seront aussi charmantes que les visages.

Le moment est venu, opulents oisifs, de quitter les steppes de la Moscovie, de fuir les effluves déjà brûlantes de l’Italie et de l’Espagne, d’échapper au brouillard encore épais du pays, d’outre-Manche pour jouir de nos feuillages, de nos arts, de notre printemps en un mot.

On a vendu hier la collection du duc de Persigny3 ; il y avait plusieurs belles choses, mais elles étaient déparées par les médiocres : dans une galerie, le mauvais ne fait pas ressortir le bon, au contraire, il l’enlaidit et le rend douteux. C’est ce qui explique en partie les prix dérisoires auxquels se sont vendues hier les signatures les plus éclatantes. Il faut dire aussi que les grandes ventes qui ont eu lieu récemment ont mis pas mal de bourses à sec ; chacun a fait ses provisions, au-delà peut-être de ses besoins, et est venu à la salle Drouot moins en acheteur qu’en curieux.

Suit la liste des peintures vendues, non reproduite ici.

L’Affaire Courbet

« Chronique de Paris « parue dans Le Temps du onze avril 1872. Cette chronique est ici reproduite entièrement.

Il faut pourtant que je dise un mot da l’affaire Courbet. Divers journaux ayant donné là-dessus des renseignements assez contradictoires, j’ai fait une petite enquête dont voici le résultat :

On sait que le jury de peinture a été investi, par décision administrative, d’une autorité sans limite et sans appel, d’un véritable pouvoir absolu relativement à l’examen et à la réception des ouvrages ; toutes les toiles, sans aucune exception ni exemption, lui sont nécessairement soumises et elle peut les exclure du Salon purement et simplement sans aucune explication, sans aucun considérant. On a beau avoir eu le prix de Rome, la grande médaille d’honneur ou une récompense quelconque, il faut passer sous le joug.

Courbet avait envoyé une assiette ou un panier de pommes et une femme nue vue de dos. Le jury a fait retourner les deux toiles puis comme il arrive dans une réunion d’artistes, chacun a émis une opinion plus ou moins vive, plus ou moins motivée sur la valeur de la peinture ; la femme nue a été traitée sévèrement par la plupart et même insultée par quelques délicats « Que c’est grossier, que c’est matériel, a-t-on dit. Nous ne pouvons pas recevoir ça, et puis Courbet a déshonoré les arts et les artistes, nous nous devons à nous-mêmes de le chasser de l’Exposition » La discussion a continué sur ce ton et dans cet esprit ; pourtant un juré a posé cette question à ses collègues « Avez-vous le droit d’invoquer des motifs politiques dans un sujet qui relève exclusivement de l’art ? Est-ce l’homme que nous avons à apprécier ? n’est-ce point la peinture, et la peinture seule ? L’État a-t-il bien réellement voulu mettre en nos mains les foudres de l’excommunication ? N’a-t-il pas entendu, au contraire, faire juger les choses de l’art par les représentants naturels de l’art et au seul point de vue de l’art ? » — « Non, non, reprend la majorité, la première loi de Fart, c’est la moralité des artistes, et nous sommes juges de la vertu des peintres au même titre que de la valeur des tableaux. Notre mandat n’est pas limité, nous sommes souverains, il nous plaît de fermer à Courbet les portes de l’Exposition nationale, comme il peut plaire aux membres d’un cercle de blackbouler tel candidat malfamé. D’ailleurs il faut faire une manifestation contre les gens de la Commune, l’occasion est excellente, et les représentants élus de l’art français ne doivent pas la laisser échapper. »

C’est sous cette impression et presque dans cette forme que le vote a eu lieu.

On a dit que les tableaux de Courbet avaient été repoussés tout simplement parce qu’ils étaient mauvais, parce que l’un d’eux était immoral, parce que Courbet en traçant en grosses lettres rouges au bas du tableau des pommes la mention Sainte-Pélagie4, avait porté un défi à ses confrères et au public. Tous ces motifs ont pu être invoqués accessoirement, mais le vrai, le seul motif très hautement affirmé par les membres du jury, c’est que Courbet ayant figuré à l’Hôtel de Ville, n’est plus digne de figurer au Palais de l’Industrie5 : on lui inflige la peine du bannissement artistique.

Le jury a-t-il le droit de prononcer une semblable condamnation ? Les journaux les moins suspects de faiblesse pour les hommes et les actes de la Commune répondent négativement ; la Patrie déclare nettement que « le jury a eu tort. Il n’a pas été nommé pour juger la moralité, l’honorabilité, les opinions des artistes ; son mandat se borne à l’examen de leurs œuvres si elles méritent d’être exposées, il les admet ; sinon, il les refuse. »

Elle6 ne comprend pas « comment des artistes appelés â cette espèce de triage indispensable, et dans lequel l’art est seul en cause, s’arrogeraient le droit de juger les opinions politiques de leurs confrères. La justice a prononcé, de quelque façon que ce soit, sur le sort de M. Courbet, il est quitte envers elle ; à l’Exposition de peinture, on n’a plus à voir en lui que l’artiste. »

On ne saurait mieux dire et je doute que les hommes de bon sens tiennent un autre langage ; il est clair que si l’on confie le jugement des tableaux à des artistes élus par leurs confrères, c’est précisément pour que l’art seul soit en jeu ; mais si les artistes usent d’un mandat purement artistique pour se livrer à des manifestations politiques, quelque honorables qu’elles soient du reste, le vœu de l’administration est absolument méconnu. Autant vaudrait alors faire nommer le jury par les grands corps de l’État, par les conseils généraux ou par le suffrage, universel direct.

Il semblé donc que le jury a commis, dans cette affaire, un véritable abus de pouvoir ; mais voilà où est la difficulté : le jury n’est jury qu’à la condition d’avoir carte blanche et de prononcer en dernier ressort ; il statue par oui ou par non sans donner les motifs de sa décision ; il rend non des jugements susceptibles d’appel, mais des verdicts définitifs. Il peut donc envoyer promener l’administration si l’administration lui adresse des remontrances. De ce côté il n’y a donc rien à faire. Du côté de l’administration, je ne vois pas non plus comment on pourrait s’y prendre ; ouvrir un salon des refusés7 ? Ce serait là une solution irréprochable ; mais les locaux manquent et aucune disposition n’est prise. Quant à casser le verdict du jury, comme le propose un journal, le ministre des Beaux-arts ne pourrait y songer sérieusement, puisque le jury a été constitué, s’est réuni et a prononcé régulièrement.

On dira que le peintre refusé est toujours libre d’exposer des tableaux dans un local à lui, mais, outre que la plupart des artistes ne sont pas en mesure de faire les frais d’installation, le public qui va à une Exposition générale, en raison même de son étendue et de sa variété, ne se dérangerait pas pour aller voir deux tableaux dont le mérite est contesté : on répondra que si un seul refusé est impuissant, plusieurs refusés sont forts s’ils savent s’unir, et que l’association des refusés pourrait fort bien ouvrir elle-même le Salon des refusés. Les amateurs seront évidemment peu nombreux, si le local est éloigné du Palais de l’Industrie, où va la foule, et surtout si on s’avise de percevoir un droit d’entrée. Mais il n’y a aucun local disponible dans le voisinage de l’Exposition officielle, et les refusés perdront l’argent, qu’ils n’ont pas, si l’entrée est gratuite. L’État ne peut pas, d’ailleurs, se charger des frais de baraquement, d’aménagement et de garde puisqu’il ne dispose d’aucune allocation budgétaire pour cet objet. Pour cette année, il n’y a donc rien à faire ; mais, j’y songe, pourquoi l’Exposition des refusés ne succéderait-elle pas à l’Exposition des admis, dans le même local et avec liberté, pour les artistes intéressés, de s’arranger comme ils l’entendraient, sans aucune intervention administrative ? Il me semble que cette idée n’est pas si sotte : je vous la livre telle qu’elle.

L’année prochaine, il y aura lieu de rechercher si le système actuel des expositions nationales sauvegarde aussi bien que possible les intérêts également sacrés de l’art, des artistes et du public ; si, en particulier, l’origine, le rôle et les pouvoirs du jury d’admission sont de nature à protéger l’art contre l’entraînement et le mauvais goût du public, contre les partis pris d’académie ou d’école, contre les amitiés ou les haines des artistes entre eux, enfin contre les préoccupations ou les passions étrangères â l’art.

Les salons de l’Élysée

« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du treize avril 1872.

Je me suis transporté hier soir dans, les salons de l’Élysée, afin de juger par mes yeux des belles choses qu’on raconte sur cette aimable résidence. En franchissant la porte cochère, j’ai été tout de suite prévenu en faveur de l’hôte8 : d’abord un laquais en livrée s’est découvert sur mon passage, ce qui n’a pas laissé de me causer un petit grain de satisfaction ; en mettant le pied sur le perron, j’aperçois deux gardes municipaux de bonne mine, mais — détail singulier — de taille très différente, l’un gros et court, l’autre grand et maigre : l’équilibre de l’état n’en est pas troublé, mais il me semble que le général Valentin9 pourrait mieux appareiller les factionnaires présidentiels. Les couples de cent-gardes10 qui garnissaient jadis l’escalier des Tuileries étaient plus exactement alignés il est vrai que l’ennui naquit un jour de l’uniformité.

Dans le vestibule, des serviteurs à la fois empressés et dignes vous débarrassent du superflu, du vêtement, après quoi des huissiers vous présentent la liste des entrées ou prennent vos cartes avec une bonne grâce qui éloigne toute idée de réception officielle.

Dans l’antichambre, on achève de passer ses gants, puis, guidé par l’éclat des lumières, on entre à droite dans un salon central où les nouveaux arrivants se reconnaissent et s’assurent. Le gros des personnages qualifiés se tient dans le salon à gauche, où M. Thiers et Mme Thiers distribuent les sourires, les poignées de main et les mots aimables. Mme Thiers est vêtue de noir, M. Thiers porte l’habit noir boutonné sur le grand cordon de la Légion d’honneur. Le président de la république est comme toujours tout mouvement ; il va, il vient, il cause l’amiral Pothuau11 et Mme Pothuau sont très entourés : on est tout d’abord frappé, du reste, de l’air de bonhomie de l’un et de l’aimable distinction de l’autre.

Les femmes animent, éclairent et surtout allègent cette atmosphère que les éléments politiques ou judiciaires pourraient rendre trop lourde : elles sont nombreuses et paraissent s’amuser beaucoup ; j’observe que leurs visites au buffet sont fréquentes et prolongées : fort bien, c’est le meilleur moyen de rompre la glace, surtout quand elle est de Tortoni12. Les officiers sont très nombreux aussi et la graine d’épinards13 est sérieusement représentée. À un certain moment, soit par le hasard d’une simple coïncidence, soit par l’effet de l’habitude, toutes ces épaulettes se trouvent rangées en ligne droite le long des fenêtres du grand salon M. Thiers pourrait passer une revue. Le coup d’œil est dû reste des plus brillants.

Un ami me signale la salle des glaces comme une chose à voir. J’y cours c’est charmant en effet, les tapisseries sont riches et d’un ton harmonieux, la console du fond avec ses plaques de porcelaine de Sèvres est un fort bel objet du plus pur empire, et les panneaux de Carle Vernet14 sont tout-à-fait intéressants et gracieux. Si les irréconciliables de la commission de permanence venaient faire un tour en ce lieu, ils renonceraient à interpeller M. Thiers : « Cela nous coûte si peu, diraient-ils, et ça lui doit faire tant de plaisir ! »

L’Affaire Courbet, suite

On parle toujours de l’affaire Courbet. Plusieurs journaux persistent à mettre en cause l’administration des Beaux-arts, qui n’a rien à y voir ; on ne la rend pas responsable de la décision du jury, ce qui serait ridicule, mais on veut qu’elle la réforme de son chef, ce qui au fond n’est pas beaucoup plus raisonnable. M. Charles Blanc15 a déjà fait observer, dans une lettre à la République française, que le jury qui a refusé les tableaux de Courbet est un corps indépendant de l’administration et que « le directeur des Beaux-arts ne saurait être rendu responsable de délibérations et de décisions auxquelles il est absolument étranger. »

Pousser M. Charles Blanc à « sortir de l’inaction », comme le fait aujourd’hui le Siècle, c’est traiter le jury comme une sorte de conseil général à qui certaines délibérations seraient interdites. Faut-il dissiper encore cette confusion ? Faut-il faire observer de nouveau que le jury de peinture est tout à fait semblable à un jury criminel, qu’il est simplement appelé à se prononcer par oui ou par non sur l’admission de chaque tableau, que rien ne l’oblige à donner les motifs de son verdict, que les donnât-il néanmoins, l’administration n’a pas à les examiner ; que ce verdict est définitif, sauf le cas où l’on relèverait un vice de forme, tel que l’absence de plusieurs membres au moment de la délibération ou du vote ? Dans ce dernier cas l’administration pourrait jouer le rôle de la Cour de cassation, et provoquer une nouvelle délibération ; mais rien de pareil n’est allégué : donc, comme je l’ai déjà dit, il n’y a pour cette année rien à faire. Ce qu’il faut rechercher, et le Siècle peut utilement s’employer à cette besogne, c’est un ensemble de dispositions telles que l’origine, la composition, les opérations et les attributions du jury de peinture garantissent efficacement les intérêts de l’art, des artistes et du public. Les règlements actuels n’ont produit que ce qu’ils pouvaient produire et on ne peut leur demander ce qu’ils n’ont pas.

Le jardin de Tuileries — Les Champs-Élysées

« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du seize avril 1872.

Les fourriers d’esté sont venus
Pour appareiller son logis16.

En dépit de la commission de permanence, dont les rigueurs résistent seules au soleil de printemps, le jardin des Tuileries est en pleine verdure, les nourrices, les bambins, les mamans et les bonnes anglaises ont repris possession de leur palais de feuillage c’était hier un bourdonnement joyeux qui reportait à deux ans en arrière. Pauvre jardin, que d’événements étranges tu as encadrés ; les stupidités fatales de l’été de 1870, les espérances de l’automne, les désastres de l’hiver, et puis la folie furieuse de 1871. La fortune t’a donné pourtant une compensation : tu n’as pas subi la présence de l’ennemi, qui s’est arrêté à ta grille. Tes arbres ont vu le bien et le mal : que les senteurs dont tu es embaumé, que les souffles qui t’agitent pénètrent le cœur et la tête de nos enfants et leur apprennent tout ce que tu sais avec l’intelligence et la force donne-leur la patience et la modestie, et, avant le dédain des autres, la connaissance d’eux-mêmes.

Les Champs-Élysées ont fait, eux aussi, leur toilette d’été ; les montagnes russes tournaient déjà hier soir, et j’ai entendu hurler le premier café-concert de la saison. Pendant ce temps, l’exposition hippique ouvre ses portes aux cavaliers errants, et l’exposition artistique dispose peu à peu les blancheurs de ses marbres et les mille couleurs de ses toiles. Seulement, je me demande comment les statues s’y prendront pour s’installer avant le 1er mai, si les chevaux ne leur cèdent la place qu’au 30 avril. M. le ministre du Commerce17 n’a pas suffisamment consulté son collègue des Beaux-arts18 ; la date du 1er mai est sacrée pour l’ouverture de l’exposition artistique. M. de Goulard l’eût compris si M. Jules Simon19 lui en avait touché le plus petit mot. Il est vrai que l’ex-plénipotentiaire de Francfort, l’ancien pseudo-ministre de France auprès de Victor-Emmanuel, a pu se trouver, aux Finances, le jour où M. Jules Simon l’est allé voir au Commerce. Mais enfin ces messieurs doivent pourtant se rencontrer quelquefois ; le jour où la conjonction aura lieu, nos deux ministres auront un sujet de conversation tout trouvé. Pourquoi n’iraient-ils pas ce soir à l’Élysée ? Je prends la liberté de les y convier, et j’engage M. Thiers, si ses invités, lui en laissent le temps, à donner un coup d’épaule à M. Jules Simon, qui a le bon droit et les précédents de son côté20.

Pierre Puvis de Chavannes

Le jury de peinture continue à faire des siennes : il vient de refuser l’un des tableaux de M. Puvis de Chavannes21. Il est dans son droit, puisque l’administration, par suite d’un parti pris très libéral, trop libéral, a cru devoir abdiquer les pouvoirs qu’elle tient de la nature des choses et qu’elle doit exercer dans l’intérêt de l’art et pour le bien de l’état ; mais ce second incident est un nouvel avertissement et doit être une nouvelle leçon. Je n’ai pas vu le tableau de M. Puvis de Chavannes, mais M. Puvis de Chavannes, même dans la voie peut-être fausse et en tout cas excentrique qu’il semble avoir adoptée est encore un peintre et un peintre de premier ordre. Son dessein et sa couleur ne peuvent pas être d’un écolier, or, c’est justement pour faire la part entre les œuvres mal assurées des artistes non encore arrivés à maturité ou incapables d’y arriver jamais et les peintres en possession de tous les moyens de l’art, qu’on a inventé le jury d’admission.

Qui osera soutenir que M. Puvis de Chavannes ne sait pas encore ou ne saura Jamais peindre ? Cette affaire est d’autant plus singulière que M. Puvis de Chavannes avait été désigné par l’élection comme juré supplémentaire, et que s’il n’eût décliné cet honneur, il eût pris part à la délibération qui a eu pour, résultat de le condamner.

Les réceptions de l’Élysée

« Chronique de Paris » publiée dans Le Temps de 17 juillet 1872.

Les réceptions de l’Élysée se sont closes hier soir par un véritable bouquet d’artifice : la diplomatie, l’armée éclairaient et coloraient de leurs uniformes variés, de leurs rubans et de leurs plaques le fond toujours sinistre des habits noirs ; beaucoup de jeunes femmes et des plus jolies. On a fort remarqué une belle et grande personne, blonde, élancée, avec une robe de velours noir à traine ornée aux basques, aux poignets et aux épaules d’une dentelle blanche elle était au bras du général Vinoy22. Les types étrangers étaient parfois charmants : l’Italienne blanche, avec ses cheveux noirs et ses grands yeux doux et vifs, l’Espagnole aux traits plus arrêtés, à la chevelure de jais, au regard profond et pénétrant, l’Anglaise blanche et rose, grande et svelte ou petite et replette, cette variété dans cette grâce avait de quoi occuper et retenir les plus déterminés des hommes dits sérieux. Je dois dire au reste que la meilleure humeur et le goût le plus parfait n’ont cessé de présider à cette petite fête.

Je me faisais hier, en circulant ou plutôt en stationnant dans les salons de l’Élysée, cette réflexion : voilà un gouvernement, un homme qui est tous les jours attaqué, contesté, battu en brèche par les gens dont il décourage les espérances ; ceux mêmes qui l’ont élevé craignent qu’il ne se fortifie ; il apparaît à beaucoup comme un pis-aller, et presque tous l’accusent d’être la cause du provisoire, alors qu’il en est au contraire le résultat. Eh bien, qu’on me dise si le gouvernement le plus définitif qu’on puisse imaginer serait capable de réunir autour de lui, par la seule force de sa loyauté et de son désintéressement, tant d’opinions contradictoires ; qui oserait, comme lui, ouvrir toutes grandes les portes d’un palais et y convier tout le monde sans distinction. On entre comme dans un moulin, et pourtant les choses se passent le plus dignement du monde ; la bienséance est toujours observée, et la réserve délicate de la population parisienne a été telle jusqu’ici, qu’on a pu la trouver excessive.

Quoi qu’il en soit, l’assistance paraissait hier enchantée d’elle-même et de la fête : M. Thiers, toujours pimpant, saluait et causait avec sa volubilité ordinaire ; Mme Thiers23, par la simplicité de son accueil ; mettait tout de suite les nouvelles arrivantes à leur aise.

C’est, paraît-il, le nonce du pape qui a offert son bras à Mme Thiers pour passer de la salle à manger dans les salons de réception ; le prélat était plein de cette gaieté onctueuse qui va si bien avec la soutane violette des monsignori. M. Guizot24 paraissait heureux des succès de sort ancien rival : il a longtemps causé avec M. Jules Simon. Le maréchal Mac-Mahon était très entouré ; sa haute et ferme stature se détachait superbement au milieu d’un groupe, de généraux et d’hommes d’État. Le prince de Joinville25 n’est resté qu’un instant. M. Washburn26 est resté avec toute son ambassade masculine et féminine jusqu’à une heure avancée. Un des incidents les plus intéressants de cette soirée a été l’entrée de l’ambassadeur de Perse27 avec une jeune femme en costume circassien, robe de satin bleu à fleurs blanches, petite toque en forme de galette avec un grand voile blanc tombant au-dessous de la taille. On s’est tellement pressé sur le passage de cette jeune beauté asiatique que je n’ai pu apercevoir ses traits, mais je suppose que l’ambassadeur de Perse a eu tous les moyens de faire un choix convenable, et je n’hésite pas à rendre hommage, de confiance, à son parfait discernement.

Un paragraphe évoque ensuite une vente d’objets d’art appartenant à Henri Rochefort (1831-1913).

Réouverture du Théâtre italien

« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du 18 avril 1872.

Enfin le Théâtre-Italien28 a retrouvé hier sa splendeur d’autrefois : la salle était comble et, chose tout à fait nouvelle, les femmes avaient fait toilette : il est vrai que la colonie étrangère était surtout représentée ; l’Espagne et l’Italie, reconnaissables à leurs yeux noirs et à leurs robes de couleurs vives, remplissaient les premières loges : le monde purement parisien a perdu depuis longtemps l’habitude de se donner rendez-vous à Ventadour, mais encore quelques soirées comme celle d’hier, et il reviendrait en hâte.

J’ai assisté à cette émigration de notre high-lîfe. Avant l’avènement de la Patti29, nous avions Mme Alboni30, Mme Penco31, des ténors supportables et des barytons suffisants, c’est-à-dire d’excellentes cantatrices et un ensemble. On allait alors au Théâtre-Italien, non pour le répertoire, qu’on savait par cœur, mais pour la manière dont on le chantait. Jamais de faiblesse dans les morceaux d’ensemble ; le rôle de Maddalena, dans Rigoletto, n’a de l’importance que dans le quatuor32 ; partout ailleurs on l’abandonne à des doublures : ici, Mme Alboni ne croyait pas déroger en le chantant. On donnait Don Juan au carnaval ; ce n’était pas parfait, mais, en somme, je n’ai pas encore vu de Zerline33 supérieure à Mme Alboni, ni d’Anna34 meilleure que Mme Penco ; Angelini était un charmant Ottavîo, et le couple Graziani-Zucchinî ne laissait beaucoup moins à désirer que ce qu’on nous a offert depuis. Le Théâtre-Italien avait donc une troupe et par suite un public d’abonnés se retrouvant là comme dans un salon et faisant des frais de toilette les uns pour les autres : aussi les premières loges étaient-elles d’un éclat incomparable, un coup d’œil comme on n’en a plus. La Patti vint : Paris s’engoua, s’enticha de cette étoile au point de laisser dans l’ombre du dédain et de l’oubli des artistes moins extraordinaires sans doute, mais au fond bien supérieures. On finit par ne plus venir que lorsque la Patti chantait : la direction prit alors le parti d’augmenter les places ces jours-là. D’où disparition des abonnements du beau monde et des toilettes. Bientôt les appointements de l’étoile s’enflèrent tellement qu’on se vit obligé de ne plus avoir en dehors d’elle que des comparses. Plus de troupe, plus d’ensemble, plus de pièces. La décadence du théâtre s’accélérait comme la marche d’une maladie mortelle : vous savez la fin.

Eh bien, nous avons eu hier une résurrection momentanée. La troupe d’avant la Patti a reparu, vieillie sans doute, mais encore fort honorable. Le chef-d’œuvre de Cimarosa, le roi des opéras bouffes, l’ardent, le seul amour de Scudo, le Mariage secret enfin, nous a été rendu et fort bien rendu. Mme Alboni a enlevé les couplets du deuxième acte ; sa voix a toute la pureté, toute la sûreté, toute l’étendue qu’on admirait autrefois. Une semblable merveille a probablement son explication dans la science ou la méthode de la cantatrice. Pour moi, profane, j’admire simplement, comme une bête. Mme Penco a toujours son vif sentiment de l’expression dramatique ; Gardoni35 lui-même, qui n’est pas jeune et qui est toujours frais, s’est surpassé dans le grand air qu’il adresse à Caroline : c’est du moins ce que le public a paru penser, car il a applaudi, et l’on sait qu’aux Italiens, la claque est inconnue.

Le crime de la rue des Écoles

« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du 25 avril 1872.

Cette affaire a été largement commentée par la presse à partir de ce 24 avril. Le Temps étant un journal du soir (daté du lendemain). Jules Claretie s’adresse donc à des lecteurs largement au courant de l’affaire et ne la résume pas. La voici :

Arthur Dubourg (ou du Bourg), 28 ans, a des soupçons concernant « la conduite de sa femme » et la fait suivre, puis la suit lui-même. Sa démarche l’entraîne jusqu’au sixième étage du 14 rue des Écoles, dans une chambre prêtée par un ami de l’amant. Le mari ne parvient pas à se faire ouvrir, il y a des cris, l’amant, Sylvain de Précorbin, affolé s’enfuit par le toit. L’épouse, sur l’insistance de son mari, finit par ouvrir. Il la blesse alors de cinq coups de canne à épée. Suite à cela le mari part chercher un prêtre pour que soit administrés à son épouse les « derniers sacrements ». L’épouse parvient à se rendre à la fenêtre et appelle au secours mais elle mourra dans la soirée du 26 avril.

Le Figaro du 24 avril

L’immeuble du 14 rue des Écoles

Je suis arrivé hier, tout en flânant, jusqu’à la rue des Écoles ; le numéro 14 fait coin avec la petite rue qui descend à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et face au square Monge. La maison est neuve et de bonne apparence ; les chambres du 6e étage sont assez hautes de plafond ; pas de mansardes ni de fenêtres à tabatière36 donnant directement sur le toit. Il a fallu que M. de Précorbin s’accrochât au rebord glissant du toit en se hissant à la force du poignet comme sur la barre d’un trapèze, et cela sans pouvoir s’aider des pieds et sans aucun garde-fou ni balcon pour l’arrêter dans sa chute s’il eût perdu l’équilibre. Sa fuite suppose donc une énergie physique et une assurance morale peu communes : il y a là un véritable tour de force. Il est vrai que les personnes du quartier qui contemplaient avec moi la fenêtre fatale, prétendent que le jeune homme n’était pas encore arrivé quand le mari a pénétré dans le domicile extra-conjugal : une femme qui se trouvait, dit-elle, dans le square au moment du crime déclare qu’elle n’a vu personne grimper sur le toit dans la période qui a précédé les cris de détresse de Mme Dubourg. Il est certain que cette évasion suppose une gymnastique assez peu vraisemblable ailleurs que chez des gens du métier il faut y croire pourtant, puisque la Gazette des Tribunaux confirme ce matin le fait.

Vous savez que, dans un groupe de badauds, il y en a toujours un qui à tout vu, un autre qui a tout su, un troisième qui est lié d’amitié avec le commissaire de police, un quatrième qui fréquente familièrement l’hôpital. J’ai eu hier toutes ces variétés sous la main ; de leur collaboration on eût pu extraire la légende suivante : Le mari avait été averti par un de ses amis, à qui l’épouse infidèle avait refusé ses faveurs ; il avait alors fait suivre celle-ci pendant quelques jours pour découvrir le lieu du rendez-vous. Avant-hier, Mme Dubourg était montée seule dans la chambre et s’était couchée en attendant son complice ; lorsque M. Dubourg frappa à la porte ; elle sauta à la hâte de son lit croyant ouvrir à son amant ; jugez de sa terreur quand elle se trouva face à face avec son mari. Ajoutez à cet élément romanesque l’amour que Mme Dubourg avait, dès avant son mariage, pour M. de Précorbin, l’inclination violentée de la jeune fille, la rencontre dans le monde des deux amants séparés par la loi et par la société, la maison tierce où l’on se réunit périodiquement, l’apparition vengeresse de l’époux exterminateur, et vous aurez tous les éléments d’un drame que les praticiens les plus exercés ne réussiraient pas à rendre plus intéressant.

Chose à noter les femmes ont déjà pris partie pour la victime ; celles qui passaient hier à côté de nous tendaient un instant l’oreille pour attraper quelques détails, puis jetaient sur la fenêtre un regard de côté, en disant d’une voix rapide et légèrement émue : « C’est là… » Quand l’une d’elles s’apitoyait sur le sort de la malheureuse héroïne du drame, les hommes répondaient en chœur « Elle ne l’a pas volé, le mari était dans son droit. » — « C’est bien triste tout de même », disait une femme vêtue de noir et jeune encore, « et puis s’il fallait tuer toutes les femmes de Paris qui en ont fait autant, il y en a plus des trois quarts qui y passeraient. » Rire général de l’auditoire la jeune femme, s’apercevant qu’elle a peut-être été un peu loin, rougit jusqu’aux yeux.

J’ai remarqué que chaque fois qu’il y a un événement de ce genre, les maris les plus calmes et les plus évidemment heureux deviennent féroces. « C’est bien fait, rugissent-ils ; tout homme de cœur en agirait de même, et quant à moi, j’aurais voulu me venger de l’amant comme de la femme. » Ils savent ou ils croient qu’ils sont parfaitement à l’abri de semblables conjonctures ; mais ils ne sont pas fâchés de faire luire dans leur pacifique atmosphère conjugale l’épée flamboyante de l’époux outragé ; ils ne sont pas fâchés de mettre à profit, par la terreur salutaire qu’ils peuvent inspirer à l’ennemi commun, les faits d’armes de leurs confrères et alliés naturels. Quelques-uns ajoutent, comme Lhéritier dans Célimare le bien-aimé37 « Je vous tuerai, monsieur, le jury acquitte toujours. » Un homme d’esprit, un sceptique, qui avait été juré dans une affaire de ce genre, me disait ; « Sur douze maris, il y en a toujours six qui éprouvent le besoin de venger la corporation et six autres qui jugent utile de la protéger par avance. Tous votent en état de légitime défense. »

L’éruption du Vésuve

« Chronique de Paris » parue dans Le Temps du 29 avril 1872.

Avez-vous senti, par la voie télégraphique, le contrecoup de l’éruption du Vésuve ? Quel drame gigantesque ! Deux cents personnes ensevelies sous la lave et un village menacé d’être englouti en entier. Les horreurs d’Herculanum et de Pompéi s’apprêtent de nouveau ; je vois déjà s’organiser des trains de plaisir pour les Anglais au cœur d’acier, je vois les marchands de lorgnettes fourbir leurs batteries, et les hôteliers napolitains se frotter les mains. J’ai fait ce voyage, pour ma part, mais le Vésuve s’était contenté cette fois d’un jet de matières enflammées, de cendres et de pierres inoffensives. On grimpait à dos de mulet jusqu’à la base déjà assez élevée du cône, puis on se hissait avec l’aide d’un bâton ferré jusqu’au bord du cratère, ou plutôt de l’ex-cratère, car la vaste coupe qui recevait et laissait déborder jadis la lave en fusion n’est plus aujourd’hui qu’une excavation vide ; le nouveau, le véritable cratère s’est ouvert au centre de l’ancien les touristes pas méchants restaient sur cette limite ; mais les fanatiques descendaient jusqu’au pied de la coupe enflammée et rapportaient quelques débris volcaniques ; du reste, il y avait là, en permanence, un certain nombre, d’industriels qui, moyennant une rémunération modeste, s’offraient à descendre eux-mêmes aux lieu et place de l’illustre voyageur auquel ils rapportaient l’empreinte d’une pièce de monnaie dans un fragment de lave.

Je doute que de pareils exercices soient possibles aujourd’hui. ; il s’agit évidemment d’une de ces éruptions formidables qui font époque.

Le village de Torre-del-Greco, qui est le plus directement menacé, est situé au fond du golfe de Naples et au pied du Vésuve ; il est pour ainsi dire sous le coup immédiat du volcan. Il a déjà été détruit plusieurs fois, et chaque fois les habitants, poussés par l’amour du sol, par la fertilité qui succède aux éruptions, par une sorte d’habitude ou d’insouciance du danger, le rebâtissent avec un entrain et une rapidité qui étonnent notre pusillanimité occidentale.

Du reste, les habitants de Catane ne le cèdent en rien sur ce point à ceux de Torre-del-Greco leur ville, grande et magnifique cité de 80 000 âmes, bâtie au pied de l’Etna, a été plusieurs fois ravagée, notamment en 1818, et aussitôt après elle renaissait de ses cendres plus splendide que jamais. Comme par une sorte de défi, elle possède une rue superbe qui monte en ligne droite jusqu’à la base du volcan.

Pour en revenir au Vésuve, vous souvenez-vous de ce brigand napolitain et bourbonnien, Pilone, je crois, qui avait imaginé d’installer son quartier général dans le cratère du volcan. Il exécutait de temps en temps des sorties, soit dans la campagne environnante, soit même sur les touristes audacieux ou naïfs qui venaient tourner autour de ce singulier camp retranché.

P. S. Les 200 personnes se réduisent à 12 et la lave bat en retraite les Anglais au cœur d’acier qui vont arriver trop tard en seront quittes pour adresser au gouvernement italien une protestation diplomatique et une demande de dommages-intérêts.

Retour sur le crime de la rue des Écoles

Les coups de fourchette de M. Dubourg continuent à préoccuper l’attention publique plus encore que ses coups d’épée38 ; des gens qui admettent le meurtre de la rue des Écoles réprouvent le repas de la Tour d’Argent, et il pourrait bien se faire que le jury, indifférent au sang répandu, fût impitoyable pour le vin consommé.

Un phénomène analogue se produisit au moment de l’affaire de Labastide-Besplas39 M. Bugad de Lasalle et ses deux domestiques tués à coups de hache, c’était assez pour combler la mesure de l’émotion publique, et pourtant il y eut un surcroit d’horreur quand on apprit que les assassins avaient fait auprès des cadavres un fort repas de saucisson. M. Dubourg n’a pas plus de rapports avec Jacques Latour que le menu de la Tour-d’Argent avec la charcuterie de Labastide-Besplas mais la masse ne peut pas comprendre que la tranquillité de l’estomac survive à l’emportement du cœur elle n’imagine pas volontiers la coupe des bacchantes dans la main des furies. Aussi M. Dubourg père proteste-t-il aujourd’hui contre l’histoire du tête-à-tête gastronomique de son fils et de l’agent de police démarche louable, mais manquée, car le rédacteur du Figaro qui avait levé le menu en maintient énergiquement les termes ; il ajoute même, comme couronnement de l’édifice, que les deux convives ont longuement fumé leurs pipes après cette agape fraternelle. Pour le coup, il faut tirer l’échelle.

Notes

1       L’un des incendies de la « semaine sanglante » qui a marqué la fin de la Commune.

2       Début de la Commune.

3       Jean-Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny (1808-janvier 1872), plusieurs fois ministre de l’Intérieur de Napoléon III.

4       Gustave Courbet a été interné six mois à la prison Sainte-Pélagie (cinquième arrondissement, démolie depuis) pour ses activités pendant la Commune.

5       Ou Palais des Champs-Élysées, où se tenait cette exposition.

6       Le journal La Patrie du neuf avril 1872, page deux, colonne deux.

7       Le premier « Salon des refusés » s’était tenu dix ans auparavant, sous Napoléon III mais un mouvement de cet ordre avait déjà émergé au milieu du siècle. Plusieurs peintures de Gustave Courbet avaient déjà été refusées par le jury en 1848.

8       L’« hôte » actuel est le modéré Adolphe Thiers. Élu en août dernier, il a été contraint de conduire une politique de droite. Cela fonctionne rarement longtemps car on déçoit tout le monde. Mis en minorité en mai 1873, il démissionnera après moins de deux ans d’exercice.

9       Louis Ernest Valentin (1812-1885), préfet de police pendant la Commune, commandant la garde républicaine depuis novembre dernier.

10     Cet escadron était constitué entièrement de cavaliers mesurant un minimum d’un mètre soixante-dix-huit. Il était entièrement dévolu à la garde rapprochée de Napoléon III et n’a pas survécu à son règne.

11     Louis Pothuau (1815-1882), député centre-gauche de la Seine en février 1871 et ministre de la Marine à la même date.

12     Café-restaurant réputé, et donc glacier, 22 boulevard des Italiens.

13     Épaulette d’officier supérieur.

14     Carle Vernet, aussi connu sous le prénom d’Horace (1758-1836), peintre, dessinateur et lithographe, fils du peintre Joseph Vernet.

15     Charles Blanc (1813-1882), frère de Louis Blanc, graveur, critique d’art. Charles Blanc est directeur de l’académie des Beaux-arts. En 1876 il sera élu à l’Académie française.

16     Charles d’Orléans (1394-1465), Rondeau XLI : « Les fourriers d’Este sont venus / Pour appareillier son logis, / Et ont fait tendre ses tappis, / De fleurs et verdure tissus. // En estandant tappis velus, / De vert herbe par le païs, / Les fourriers d’Este sont venus / Pour appareillier son logis. // Cueurs d’ennuy pieça morfondus, / Dieu mercy, sont sains et jolis ; Alez vous en, prenez pais, / Yver, vous ne demourres plus ; / Les fourriers d’Esté sont venus. »

17     Eugène de Goulard (1808-1874), « ministre de France » (ambassadeur) à Rome en novembre 1871 puis ministre de l’Agriculture et du Commerce le six février dernier mais a déjà été nommé ministre des Finances (par intérim) le cinq mars. Il sera confirmé à ce poste le 23 avril.

18     Charles Blanc, directeur de l’académie des Beaux-arts, objet de la note 15.

19     Jules Simon (1814-1896) a été un ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts très efficace de février 1871 à avril 1873.

20     L’ouverture du Salon, cette année a été repoussée au dix mai (voir les « Chronique de Paris » des 27 et 28 avril (non reproduites dans ces pages, parce qu’on ne peut pas traiter que de peinture).

21     Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), peintre allégorique et éthéré, aux compositions simples et presque naïves a connu, chez les plus jeunes, un grand succès de son temps. Il a reçu nombre de commandes de l’État ou de villes pour de grandes fresques. Selon d’autres journaux, Pierre Puvis de Chavannes a présenté deux peintures cette année-là : Le Combat du pont de Neuilly (événement du deux avril 1871) et Le retour des moissonneuses. C’est ce second tableau qui a été refusé. Malheureusement (?) aucune de ces deux peintures, peut-être en mains privées et oubliées quelque part, ne sont visibles de nos jours, ni davantage documentées. Dans sa « Chronique de Paris » du 18 avril (non reproduite ici parce qu’on ne peut traiter uniquement de peinture, sujet qui intéresse fort Jules Claretie), celui-ci propose une description de la peinture refusée, qui ne peut que difficilement correspondre au titre Le retour des moissonneuses : « Le cas de M. Puvis de Chavannes est plus grave, puisqu’on ne peut attribuer l’attitude du jury qu’à des préoccupations d’école ; ces messieurs ont voulu évidemment dégoûter leur confrère des excursions qu’il accomplit hors des sentiers battus : affaire qui ne les regarde nullement. L’autre tableau de M. Puvis de Chavannes que ce capricieux aréopage a bien voulu subir est l’un de ceux qui ont figuré récemment dans les galeries Durand-Ruel : il représente une jeune fille vêtue d’une robe blanche, assise sur un banc de pierre et tenant à la main une branche verte ; elle a le sourire empreint d’une gaieté douce et confiante ; autour d’elle s’étendent comme les ruines poudreuses d’une cité ; dans le fond, le rouge d’un soleil levant. C’est très simple, mais d’une poésie extraordinaire : le tableau pourra, je crois, s’appeler l’Espérance. »

22     Joseph Vinoy (1800-1880), homme politique et militaire, Gouverneur général de Paris depuis février 1871 et grand chancelier de le Légion d’honneur depuis avril 1871.

23     En août dernier, Adolphe Thiers, né en 1897, a épousé Élise Dosne (1818-1880) fille de son ancienne maîtresse, Sophie Dosne (1794-1869). On jasera beaucoup.

24     François Guizot (1787-1874), de nos jours âgé de 85 ans, a exercé ses activités essentiellement sous Louis-Philippe où il a été plusieurs fois ministre (dont à l’Instruction publique) et une fois Président du Conseil.

25     François d’Orléans, prince de Joinville, troisième fils de Louis-Philippe (1818-1900).

26     Benjamin Washburne (1816-1887), ambassadeur des États-Unis en France entre 1869 et 1877.

27     Peut-être Hassan-Ali-Khan (1820-1900), ambassadeur de Perse depuis 1860.

28     Il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire de la salle de l’Opéra-Comique de la place Boieldieu mais de la salle Ventadour, comme on le comprendra plus loin. Cette salle — comme tous les théâtres de Paris — a fermé pendant la guerre et vient de rouvrir. Dans deux ans, en janvier 1874, cette salle abritera la troupe de l’opéra suite à l’incendie de la salle Le Pelletier en attendant la nouvelle salle, qui sera achevée par Charles Garnier et inaugurée en janvier 1875. Suite à ces bouleversements la salle Ventadour déclinera pour être vendue à une banque en 1879, activité qui est toujours celle de ce bâtiment en 2026.

29     Adelina Patti (1843-1919), soprano colorature née à Madrid de parents italiens rapidement émigrés aux États-Unis a fait une carrière internationale.

30     Marietta Alboni (1826-1894), contralto italienne.

31     Rosina Penco (1823-1894), soprano italienne.

32     Le quatuor de l’acte III « Bella figlia dell’amore », entre le duc (ténor), Maddalena (mezzo-soprano) Gilda (soprano) et Rigoletto (baryton). Ce célèbre quatuor, où les voix féminines ont la meilleure part est souvent représenté au concert, sans toutefois l’émotion de l’opéra.

33     Zerline, soprano du Don Giovanni de Mozart.

34     Donna Anna, fille du commandeur dans le même opéra.

35     Italo Gardoni (1821-1882), ténor.

36     Une fenêtre à tabatière, généralement de petite taille, s’ouvre en basculant vers le haut… comme une tabatière.

Tabatière (pour tabac à priser)

37     Eugène Labiche et Alfred Delacour, Célimare le bien-aimé, comédie-vaudeville en trois actes créée au Théâtre du Palais-Royal à l’hiver 1863.

38     Le Figaro du 26 avril avait écrit que, s’étant rendu au commissariat de police suite aux blessures infligées à son épouse, Dubourg eut faim. Le commissaire de police le fit accompagner d’un agent et les deux hommes se rendirent à La Tour d’argent où ils firent un excellent repas (Le Figaro donne le menu).

39     Labastide-Besplas est une commune située à soixante kilomètres au sud de Toulouse (moins de 400 habitants). L’affaire s’est produite en février 1864. Jacques Latour et François Audouy ont été condamnés.