Le théâtre du Gymnase

Note de bas de page donnant une brève histoire des origines du théâtre du Gymnase

Temps de lecture : trois minutes.

Le théâtre du Gymnase en 2017

Le théâtre du Gymnase est souvent cité par Jules Claretie dans ses chroniques ou ses Vie à Paris. Il a été l’un des théâtres les plus importants de son temps.

Avant ce théâtre, s’était trouvé sur cet emplacement le cimetière de la paroisse Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

En 1794, la Révolution se préoccupait de la santé des citoyens quand elle ne les guillotinait pas. Depuis un certain temps sans doute, les gens du quartier Bonne-nouvelle se plaignaient des odeurs provenant du cimetière. On peut donc penser que les défunts étaient inhumés avec moins de soin qu’aujourd’hui. En fait on entassait tout le monde dans le même trou, qui était vite plein, avec très peu de terre dessus.

Le sept brumaire (octobre/novembre) de l’an III (1794) de la République (une et indivisible), la « division des objets généraux » (quoi de plus général qu’un cimetière ?) de la commission des travaux publics de la ville de Paris, après avoir mandaté « des artistes » (des artisans ?), déclare que ce cimetière est plein comme un œuf, une crise du logement insurmontable. Il fallait déménager tout ça, comme on le fera deux siècles plus tard dans les banlieues, en faisant exploser la barre de logements.

Voici le texte de l’architecte Jean Rondelet :

La Commission
des Travaux publics

Au Comité civil
de la section Poissonnière

D’après le compte qui nous a été rendu par les artistes que nous avons chargé de visiter le cimetière de Bonne-Nouvelle nous avons reconnu qu’on ne pourrait continuer de faire usage de ce lieu de sépulture sans compromettre la salubrité de l’air nous avons en conséquence arrêté que ce cimetière sera supprimé ; que les fossés seront comblées et que les corps des citoyens qui décéderont dans l’arrondissement de votre section seront transférés dans le cimetière Laurent qui est le plus voisin. Nous vous invitons à vous conformer à cette décision qui a été vivement sollicité par les habitants des maisons qui environnent le cimetière de Bonne-nouvelle.

Salut et fraternité
Rondelet

La Médecine des arts (Montauban) nous renseigne sur cet architecte (l’architecture est un art, demandez aux gens des barres de logements explosées).

Jean Rondelet (1743-1829) a été élève de Soufflot, constructeur du Panthéon, ce qui le conduisait naturellement à s’occuper de cimetières. Ce Panthéon était à l’origine une église Sainte-Geneviève que Soufflot, mort à l’été 1780, n’a pas eu le temps de terminer. L’achèvement a naturellement été confié à son élève. Ça s’est assez mal passé mais le bâtiment tient encore.

Bon, on vide ce cimetière puant et les « restes » sont transportés, disent certains, au cimetière Saint-Laurent. L’hypothèse Saint-Laurent est peu probable, puisque les mêmes causes produisant les mêmes effets, le cimetière de Saint-Laurent, un peu plus au nord, a été vendu en 1897. Il y a des gens qui ont acheté. Des commerçants. La destination des catacombes est plus vraisemblable, la hauteur de terre étant davantage conforme à l’emploi.

Le cimetière Bonne-Nouvelle ayant été vidé (celui de Saint-Laurent a été vendu garni), un bistrotier s’y est installé. Après la mort, la vie. Il se nommait Vasparo, c’est tout ce que l’on sait. Vasparo a vendu en 1820, donc après 24 ou 25 années d’occupation1.

Sur les ruines du café Vasparo, s’est érigé le Théâtre du Gymnase, 38 boulevard de Bonne-nouvelle, construit en trois mois toujours debout à cette même adresse 205 ans plus tard (l’architecte n’était pas Jean Rondelet).

La première représentation s’est tenue à la fin de 1820.

Le nom du premier directeur, l’auteur dramatique prolifique Charles Delestre-Poirson (1790-1859), est resté dans les livres. Le privilège obtenu (il fallait un privilège du roi) était justifié par la nécessité qu’ont tous les élèves comédiens de jouer dans un vrai théâtre devant un vrai public payant. Le Gymnase porte donc ce nom dans le sens d’exercice, pour les élèves du Conservatoire. Le nom officiel était alors « Gymnase dramatique » La première pièce jouée dans ce théâtre, Le Boulevard de Bonne-Nouvelle « prologue en vaudeville » (six scènes), a été écrite pour l’occasion par Eugène Scribe (1791-1861), Moreau (1783-1832) et Mélesville (1787-1865). La représentation s’est tenue le 23 décembre 1820 avec une quinzaine de comédiens (dont Moreau, dans le rôle de Dujour) et quelques figurants. Ces trois auteurs prolifiques sont toujours honorés de nos jours. Il s’agit juste, on l’a compris, d’un prologue de circonstance, avec des couplets chantés comme c’était l’usage à l’époque.

Distribution du prologue Le Boulevard de Bonne-Nouvelle. Source : Œuvres complètes d’Eugène Scribe — Comédie — Vaudevilles, Dentu 1876

Quelques jours après, le quinze janvier 1821, les trois auteurs enrichissaient le spectacle avec un complément à deux personnages (dont un anglais) à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Molière, le quinze janvier 1622.

Donc le privilège accordé au Gymnase dramatique et à Charles Delestre-Poirson l’avait été accordé à titre de théâtre d’essai2, dans le cadre de pièces en un acte, ou « réduites à un acte ». On imagine de malheureux tâcherons chargés de ce travail de réduction… Cette limite est rapidement devenue contrariante, d’autant que les pièces populaires de l’époque s’étiraient souvent sur cinq actes. Il fallait bien occuper ses longues soirées d’hiver, en économisant le chauffage chez soi. À la rentrée de 1824, après force intrigues, Charles Delestre-Poirson parvint à faire modifier son privilège pour des pièces « ne dépassant pas trois actes ». Ouf. Il passa un contrat avec Eugène Scribe qui lui garantissait l’exclusivité de cet auteur à succès. L’accord entre ces deux hommes dura vingt ans. Puis en 1844 Charles Delestre-Poirson transféra la direction à Charles Montigny. Jules Claretie avait quatre ans et c’est davantage ce deuxième directeur qui est évoqué dans ses chroniques.

Notes

1       Nous savons que la décision d’évacuation du cimetière est de l’automne 1794 mais sans doute beaucoup de temps s’est-il écoulé avant que Vasparo puisse s’installer.

2       Au XXe siècle cette dénomination concernait non pas les comédiens mais les pièces audacieuses, qui étaient essayées sur le public… qui venait ou ne venait pas.