Le Beau Solignac

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Le Beau Solignac est d’abord paru en feuilleton, comme il en était l’usage à l’époque, dans Le Temps du 29 mars au sept août 1875. Puis dans La Dépêche (de Toulouse) à l’automne 1875, dans Le Progrès de la Côte d’or l’hiver 1875-1876, dans Le Petit Caporal au printemps 1886, dans L’Intransigeant à l’automne 1986, dans Le Radical au cours de l’hiver 1890-printemps 1891… Autant dire que tout le monde l’a lu.

Comme c’était souvent le cas à l’époque, une version en fascicules était mise en vente par Fayard, vraisemblablement à l’été 1775 vers la fin de la publication dans Le Temps selon les termes d’un contrat vraisemblable. Les derniers fascicules vendus, Fayard les a lors réunis en volume, peut–être à l’automne 1875.

Cette édition bon marché sera suivie en 1880 d’une édition plus luxueuse par la Librairie illustrée de la rue du Croissant, en grand format — presque un A4 —, en deux colonnes et enrichi de cinquante illustrations.

Une page de l’édition de 1880

C’est cette édition qui a été suivie ici, avec ses illustrations.

Il semble que cette édition de 1880 ait elle aussi été précédée d’une parution en fascicule. On en trouve la trace au bas de la page quarante du scan proposé par la BNF, qui est vraisemblablement un des premiers exemplaires imprimés. Une fois tous les fascicules vendus, cette inscription a disparu des impressions suivantes et de l’exemplaire utilisé ici.

Les illustrations

Plusieurs illustrateurs sont nommés dans les publicités : Orace Castelli, Jules Férat, Gustave Janet. D’autres signatures apparaissent, comme celles de L. Martin (?) (couverture), William Frederick Measom, Gustave Gerlier, Charles Carbonneau… Ce ne sont parfois que des initiales (BC, HC) et nombreux sont les anonymes. Pour ce sujet en général, consulter Henri Beraldi, Les Graveurs du XIXe siècle, guide de l’amateur d’estampes modernes, douze volumes.

Du coup les visages des personnages sont parfois très différents d’une image à l’autre… Ces illustrations — des lithographies —, paraissent d’une facture assez ordinaire. Il s’agissait à l’époque, contrairement à la gravure au stylet sur cuivre ou sur bois, d’une technique chimique à bas coût. On dessinait au crayon gras sur une pierre très fine avant de la recouvrir d’acide. L’acide attaquait la pierre mais était repoussé par le gras du crayon.

Sans remonter à la préhistoire, les spécialistes datent les débuts de la bande dessinée moderne de la fin des années 1820 avec le Suisse Rodolphe Töpffer (1899-1846), mort à 45 ans. À travers ce prisme, les romans illustrés peuvent apparaître comme des bandes dessinées au texte foisonnant, d’autant que le roman d’aventure se prête bien à l’exercice.

La pièce de théâtre

L’adaptation théâtrale s’inscrit tout logiquement dans cette continuité et moins de cinq ans après la première publication en feuilleton dans Le Temps, ce même journal annonçait, dans son numéro daté du mardi treize janvier 1880 :

C’est évidemment cette version pour la scène qui a entraîné la réédition illustrée de 1880 utilisée ici. Ceux qui n’avaient pas la possibilité de se rendre au théâtre du Châtelet ont pu s’en faire une idée à travers ce livre illustré. Face à l’insuccès de la pièce, il ne semble pas que le texte en ait été publié.

Le moins que l’on puisse dire est que cette pièce rocambolesque a échauffé les esprits puisque dans Le Temps du lendemain quatorze janvier (page trois, deuxième colonne), nous lisons :

Hier au soir, à la première représentation de Beau Solignac au Châtelet, un spectateur (correspondant d’un journal étranger, paraît-il), ayant manifesté dans les couloirs son opinion d’une façon un peu vive, une querelle s’est élevée entre lui et un ami des auteurs ; des mots on en est venu aux injures et des injures aux voies de fait. On a dû séparer les combattants.

En fait après cette algarade, les esprits ne sont pas si échauffés que ça puisque avant même d’avoir pu rendre compte de la pièce, Le Temps du 17 janvier annonce :

Après Le Beau Solignac, le Châtelet reprendra Les Fugitifs, avec M. Castellano dans le rôle qu’il a créé.

Les Fugitifs est un drame drame en cinq actes et neuf tableaux d’Auguste Anicet-Bourgeois (l’auteur de La None sanglante) et Ferdinand Dugué, représenté à l’Ambigu-Comique à l’été 1858.

Eugène Castellano (1822-1882) est comédien et directeur du théâtre du Châtelet depuis 1876 et du théâtre historique (de nos jours théâtre de la ville, en face).

Dans Le Temps du lendemain 18 janvier Eugène Castellano tente de sauver, sinon les meubles, au moins le coût des décors et des costumes avec cette annonce en page trois :

On se rappelle le succès qu’a obtenu, lors de son apparition dans le feuilleton du Temps le roman Le Beau Solignac de M. Jules Claretie.

M. Castellano vient d’avoir l’heureuse idée d’offrir à toute personne prenant une place en location au théâtre du Châtelet les livraisons déjà parues de l’édition illustrée du Beau Solignac.

Cette rédaction bancale laisse penser qu’elle est de la main d’Eugène Castellano et qu’elle a été remise au marbre telle quelle. Elle indique surtout que cette édition illustrée datée de 1880 est parue au tout début de l’année, voir à la fin de l’année précédente.

La chronique de Francisque Sarcey parait, comme tous les vendredis dans Le Temps du lendemain 19 janvier. Il ne pense pas que du bien de l’œuvre de son ami :

M. Jules Claretie nous met dans un cruel embarras. C’est un de nos confrères les plus justement estimés, et il n’est personne parmi nous à qui son talent ne soit des plus sympathiques. Il nous oblige à lui dire des vérités qui ne sont point agréables.

Le Beau Solignac reste moins d’un mois à l’affiche et dans Le Temps du quinze février, la rubrique « Spectacles et concerts » annonce :

Demain, dernière du Beau Solignac au Châtelet.

Auguste Vitu, dans Le Figaro du treize janvier détaille l’action, ce qui présente un intérêt historique certain. Il ne pense pas davantage de bien de la pièce.

Dans le Gil Blas du quatorze janvier, Eugène Hubert ouvre sa chronique par ces mots :

Depuis des années, on répète à tout propos que le mélodrame est mort, que le public, devenu naturaliste, ne veut plus avaler le poison qu’à petite dose et respecter la croix de sa mère au Père-Lachaise.

Eugène Hubert résume la pièce et avertit qu’on a déjà vu tous ces gens-là quelque part « dans des drames, bien entendu, car dans la vie réelle ils seraient bien singuliers. » L’article du Gil Blas se termine heureusement par un paragraphe concernant les comédiens, qui ravira les historiens du théâtre.

L’Illustration du 24 janvier offre une mosaïque d’illustrations mais l’ouvrage publie ici en PDF n’en manque pas.

On comprend donc que ce drame n’ai pas été publié en volume.

À l’occasion de sa nomination comme administrateur général de la Comédie-Française en 1885 puis de son élection à l’Académie française en 1888, les parutions d’ouvrages de Jules Claretie, et mêmes quelques éditions complètes, se sont multipliées.

Le Beau Solignac a aussi été publié en feuilleton par le journal Le Monde du huit juillet au 27 août 1975, soit sur 38 jours. Il s’agit d’une version ramassée donnant environ un tiers du texte.