« Vie à Paris » parue dans Le Temps du deux novembre 1880 et mise en ligne le 14 septembre 2026. Temps de lecture : 31 minutes.
Cette « Vie à Paris » est particulièrement longue, plus de quatre colonnes.
Les tapageuses ; Lucie de Kaulla — La pièce d’Alexandre Dumas et le discours d’Eugène Labiche — La Toussaint et le Jour des Morts — Le mariage d’Ernest Hébert — Journaux honnêtes et journaux juvéniles — Émile Augier en province — Un élève de Louis David — Une pétition pour réclamer le retour des cendres de David — La lecture de la Moabite — La préface de La Moabite — Trumeau, par M. Édouard Pailleron — Notes
Paris, 2 novembre
Le monde n’est plus aux taciturnes, il est aux tapageurs. Les procès scandaleux se succèdent avec une rapidité incroyable. Après une plaidoirie à sensation, une autre plaidoirie recommence, et les huissiers parisiens me semblent occupés à libeller de stupéfiantes assignations. On a beaucoup conjugué, en ces derniers temps, le verbe se diffamer, — en un seul mot :
Tu me diffames,
Il ou elle me diffame,
Nous nous diffamons…
Vous vous diffamez…
Le plus piquant, c’est le cri poussé par Mme la baronne de Kaulla1, trouvant étonnant que son mari garde « un silence inexplicable » devant les outrages qu’on adresse à sa femme. Il y aurait décidément une jolie comédie à écrire sous ce titre, un peu bien boulevardier peut-être : les Combles. Bien évidemment l’indignation de Mme de Kaulla est un comble.
La baronne bavaroise est d’ailleurs tout à fait à la mode. Les journaux illustrés publient son portrait en première page et l’offriraient volontiers en prime comme ils donneraient le costume que Mme Madeleine Lemaire2 a dessiné, dans Belle Lurette3, pour Mlle Jane Hading4. On avait exposé, entre la carte-album du roi Pomaré5 et le profil émacié d’Offenbach mort, la photographie de Mme de Kaulla dans les salles de Dépêches, et, par un sentiment que je ne m’explique guère chez une tapageuse, la baronne a fait enlever des vitrines ce portrait qui la représentait debout, vêtue d’une sorte de robe de chambre et tenant entre ses mains les longues tresses de ses cheveux noirs, — qu’elle semblait tordre comme Vénus sortant de l’onde.
Joli portrait, d’ailleurs, profil énergique et fin. Un nez droit, des lèvres admirablement dessinées, des prunelles qui sondent. Cette photographie avait été faite pour M. de Pommayrac6, le miniaturiste, qui, avant M. Parrot7, signa un portrait de Mme Lucy de Kaulla. Il paraît, au surplus, que cette tête expressive et vraiment charmante est ce que la baronne a de plus séduisant. Elle est petite et comme nouée, élégante, avec cette ligne serpentine qu’Hogarth8 trouvait plus belle que la beauté, mais qui n’a rien à voir avec la perfection de la forme. Le profil hébraïque — Mme de Kaulla est fille, de banquiers juifs — est évidemment la « beauté Maîtresse » de cette femme qui pourrait dire d’elle-même ce que Mme Dorval répétait assez souvent :
— Je ne suis pas belle, je suis pire !
À Paris, Mme Lucy de Kaulla allait souvent, au temps jadis, à la Librairie nouvelle9, ce bureau d’esprit, au ras du boulevard, où l’on entre pour éviter les gouttes de pluie et pour ramasser des bouts de causeries.
Elle feuilletait là les livres tout frais brochés, causait, écoutait et se faisait coquette pour le moindre visiteur entrant par hasard, demander l’ouvrage nouveau. Elle tenait à être remarquée, regardée, et elle en valait la peine. Elle parlait volontiers les langues étrangères, toutes sans le moindre accent. On l’eût tour à tour prise pour une Française, une Allemande, une Anglaise ou une Russe. Quand elle avait spirituellement produit son effet, elle saluait et, presto, disparaissait dans sa voiture, laissant après elle une sorte de sillage d’étonnement et faisant dire au plus superficiel spectateur :
— Quelle est cette femme ? Elle est étrange !
Aujourd’hui l’énigmatique personne est expliquée et clairement. Le sphinx est deviné. Il aura beau étaler ses griffes, donner à grossoyer à ses huissiers des papiers timbrés pour faire voir qu’il a bec et ongles, la spirituelle Bavaroise est classée et cataloguée dans la distribution des rôles de la comédie parisienne, et si cette manie de transporter sur la scène des actualités toutes vivantes menace de sévir, je ne désespère point de voir un auteur spéculer sur ces récents procès et offrir au théâtre de l’Ambigu un mélodrame où Mlle Lina Munte10 jouerait le personnage extraordinaire de la baronne, et M. Lacressonnière11 celui du vieux général.
Au reste, c’est aux tribunaux qu’il appartient d’apporter en tous ces faits, grossis sans doute et déformés, la lumière définitive. Les journalistes continuent à mettre un peu trop leur montre en avance et à arriver « premiers » comme des chevaux de courses12.
La pièce d’Alexandre Dumas et le discours d’Eugène Labiche
N’a-t-on pas publié déjà un compte rendu préventif de la pièce nouvelle de M. Alexandre Dumas ? Et qu’il soit exact ou non, qu’importe, pourvu que ce compte rendu romanesque arrive avant tous les autres !
À la vérité, le sujet de la pièce de M. Dumas est, m’a-t-on dit, des plus simples. Une femme du monde est compromise par son mari et sauvée par son enfant13. Le drame, comme on voit, tient en une ligne et il remplit trois actes. En pareil cas, c’est la facture qui est tout, et, au dire des bien informés, jamais œuvre n’a été plus solidement construite et plus brillamment ornée.
Voilà, du reste, tout ce qu’on en sait aujourd’hui, et les autres racontages sont de pure fantaisie.
Ce ne sera point là la première primeur littéraire de la saison. Le discours de réception de M. Eugène Labiche à l’Académie, discours très fin, où M. de Sacy se trouve fort joliment étudié14, et qui étonnera bien des gens, sera l’attraction de la quinzaine qui commence.
Fête des immortels que précède aujourd’hui la fête annuelle des morts.
Car nous voici en novembre et la rentrée des Chambres n’est pas loin. On sent passer à la fois comme des mélancolies et des odeurs de bataille dans l’air.
La Toussaint et le Jour des Morts
Une chose fort curieuse et tout à fait caractéristique, c’est que les fêtes de la Toussaint qui étaient jadis, pour les théâtres parisiens, ce qu’on appelle des jours de grosses recettes, sont, en général, depuis la guerre, des jours de recettes moyennes. Il y a, semble-t-il, un voile plus funèbre sur ces jours de deuil. La tristesse peut être latente, étouffée sous la reprise des gaietés nerveuses, le sentiment assombri existe pourtant et, depuis les cimetières populaires, Cayenne15 comme on appelle Saint-Ouen où l’on va trinquer à la guinguette au souvenir des morts, jusqu’aux cimetières aristocratiques où l’on descend d’un coupé pour prier — ce défilé de regrets annuels au milieu des allées d’ifs et des rangées de tombes, dans cette cohue de visiteurs examinant curieusement les tombeaux voisins de celui auquel ils ont porté quelques couronnes, — dans cette courtille de la douleur parisienne, il y a cependant un ressouvenir poignant des années disparues, et la plaie fermée fait encore souffrir.
Je m’étonne d’ailleurs qu’un peintre moderniste — pour parler l’argot courant, — n’ait pas eu l’idée de peindre ce Jour des Morts au Père-Lachaise, par exemple, ou au cimetière Montmartre. Le tableau est tout fait, et ces multiples taches noires des robes de deuil sur les perspectives grises ou couleur d’ocre des allées, sur les masses sombres des verdures d’hiver, ces réveils de blancs que font, au loin, les monuments de marbre, ou les croix de pierre, tachetées, çà et là, des notes jaunes des couronnes ou des touches bronzées des feuilles mortes, traînant à terre comme des éclats ou des lamelles de cuivre, — ce fourmillement de visiteurs ou de flâneurs dans ce paysage ensoleillé de novembre, ce coudoiement de grandes dames allant s’enfermer derrière la grille d’une chapelle et de femmes du peuple s’agenouillant au bord de la fosse commune, ces longues théories de femmes et d’enfants, d’hommes gantés de noir et portant des couronnes, — tout cela n’a qu’à passer de la réalité sur la toile ; et le peintre aura fixé une des scènes les plus particulièrement touchantes, à la fois mondaine et populaire, de la vie de Paris.
J’ai vu, une fois, il y a trois ans — au jour même où nous sommes, — dans un de ces cimetières parisiens, un spectacle d’une poésie incomparable. C’était la tombe d’une jeune fille, morte au matin du dernier mois de mai, à l’heure où s’épanouissent les fleurs, et qu’en ce jour des Morts son fiancé avait transformée en un bouquet immense. Des fleurs partout. Partout des roses, des roses d’une blancheur, d’une candeur exquise, c’était comme une symphonie lactée, comme une explosion de lumière blanche. Il semblait qu’il eût neigé sur cette tombe de vierge. L’hermine a plus de taches que ces pétales immaculées. Une couronne embaumée enveloppait, comme d’un nimbe, le nom de la jeune morte : Marie, et portait ces mots, tracés avec des violettes du pôle, sur les roses blanches : À ma fiancée !
Par un touchant sentiment, à côté de la date de la mort, le fiancé avait fait graver la date du jour où devait avoir lieu le mariage. Il s’en fallait de quelques heures à peine que la morte fiancée ne devînt la femme, et le blanc bouquet de fleurs d’oranger, commandé déjà et tout prêt était là, sur ce tombeau, mais changé en bouquet funèbre.
Il n’y a point de poésie, de tableau, de musique qui m’ait donné l’impression attendrie de cette tombe de jeune fille disparaissant sous ces amas de fleurs qui souriaient encore, parfums et souvenir, sur le mausolée de la chère « promise ».
De mai à novembre, il y avait six mois passés sur la douleur du fiancé — une demi-année, un demi-siècle — et la morte était pleurée comme au premier jour. C’est déjà long, six mois, pour un veuf. Mais six mois pour un fiancé !…
Je voulais revoir, l’année d’après, la tombe pleurée de la morte. M’égarai-je dans les allées, me fut-il impossible de retrouver la place de cette tombe d’une bien-aimée ? Je voudrais le croire ; mais, non, il me semble bien que je l’ai revue, cette tombe, l’an passé, entourée de roses, et je me rappelle trop bien qu’il n’y avait plus sur sa pierre et autour du nom de la fiancée, ni une fleur, ni une couronne…
Ne le dites pas au fiancé, dans quelque salon, entre deux valses, — ne le dites pas surtout à la pauvre morte, à travers les pierres du tombeau…
Le mariage d’Ernest Hébert

Ernest Hébert photographié par Robert Jefferson Bingham dans son atelier de la rue de La Rochefoucauld (musée d’Orsay)
Il a des fiançailles moins tragiques et de moins ironiques dénouements. M. Ernest Hébert16, l’ancien directeur de notre École de Rome, épousera, dans quelques jours, une jeune femme tout à fait charmante, Saxonne, je crois, et qui est blonde et exquise comme le type vivant d’une Ophélie qu’eût rêvée et peinte le peintre-poète de la Malaria et des Cervavolles17. M. Hébert est un charmeur, lui aussi ; il a quelque chose de l’enveloppement de voix, de paroles et de gestes qu’a Gounod. Une femme, — une de ces Romaines qu’il séduisait, en tout bien tout honneur, à la Villa Médicis, — disait de lui que ses silences mêmes étaient aimables. Au fond de son visage d’italien, un regard noyé semble, en effet, cacher des profondeurs qui tentent comme certaines eaux dormantes. Il a en lui quelque chose du mystère et de l’infini de sa peinture. Henri Regnault a fait jadis, en quatre coups de plume, une charge amusante de son Directeur, car Regnault aimait à rire et il y avait du rapin chez ce héros. Je ne sais si M. Hébert connaît cette page d’album.
Ce maître de la pénombre, qui s’est fait bâtir un immense atelier, superbe, éblouissant de lumière, où il se blottit dans un coin ombreux pas plus large que sa palette, a tout le charme des choses entrevues, des images confuses, des fantômes et du rêve.
Je ne sais pas d’artiste plus soucieux de son art et voyant de plus haut. Les visions qui hantent cet œil songeur ne sont point les imaginations — ou les images — de tout le monde.
Il y a donc parfois des dénouements heureux, même pour les poètes, et cette fois Ophélie, qui ne meurt point, épouse un maître qui a vraiment quelque chose d’hamlétique.
Qui a dit sur Ernest Hébert ce mot très juste ?
— C’est le peintre des âmes.
En vérité, ce n’est pas aux âmes que s’adressent la peinture et la littérature actuelles. Il y a pourtant des exceptions.
Journaux honnêtes et journaux juvéniles
Je disais naguère combien cette littérature nauséabonde qui se prétend gauloise avait fini par irriter et écœurer les gens. Il me paraît qu’une réaction s’opère dans ces publications populaires, et je vois, à la devanture des libraires en plein vent, des titres de journaux consolants, le Foyer illustré, qui se lit beaucoup, la Vie littéraire, la Famille, le XXe Siècle.
Le XXe Siècle ! « Quoi ! déjà ? » comme disait l’Henri III d’une opérette de M. Hervé18 à qui l’on annonçait la visite de Molière. Le XXe Siècle est un vaillant petit journal littéraire qui ne doute de rien et qui prétend durer jusqu’au siècle futur. Vingt ans encore, c’est beaucoup. La Vie littéraire, elle, entend servir la cause des jeunes et fonde une œuvre nouvelle : l’Éditorat mutuel. C’est l’association des auteurs inédits. Chacun d’eux verse une cotisation et dépose une œuvre de littérature au bureau de l’Éditorat (encore un barbarisme) ! À frais communs, on imprime l’œuvre déclarée supérieure par le jury ou le comité de l’Éditorat et tout est dit. Quel Comité ? Je n’en sais rien.
Mais tous ces efforts disséminés, toutes ces manifestations diverses prouvent cependant qu’il y a peut-être un renouveau dans notre littérature. Oh ! les chers et alertes petits journaux de nos vingt ans ! La Rive gauche, la Jeunesse, la Revue fantaisiste ! Les voilà donc qui renaissent, et les conscrits confiants nous marchent sur les talons. Tant mieux ! Ils ne fondent pas la Revue fantaisiste — fonder ! c’est le mot éternel, — mais la Revue naturaliste, la Revue littéraire, et la Jeune France, ils font des vers comme M. Goudeau, le président des Hydropathes19, des études remarquables comme M. Harry Alis20, des causeries alertes comme M. Ed. Deschaume, ils écrivent de véritables pages comme M. Albert Allenet, ils assurent de vrais journalistes à l’avenir comme M. Champsaur. Voilà les nouveaux. Retenez ces noms. La lettre moulée vous les répétera souvent.
Et la province même se mêle de ce réveil ! II y a des journaux littéraires partout. Il y a la Sève à Marseille ; il y avait l’Hérault, de Monsieur Baluffe21 à Montpellier, [il y a le Feu Follet de M. Maratuech22 à Tulle, le Pierre Corneille, à Rouen, le Courrier littéraire de l’Ouest de M. Paul de Sivray, à Pons, dans la Charente23 ;] il y a des revues artistiques et littéraires à Bordeaux, à Lyon, à Limoges à Montélimar, et, sans aller plus loin, je trouve dans une de ces jeunes revues — où les vétérans de l’avenir font leurs premières armes, recrues qui ont peut-être en poche un bâton de maréchal ; — je lis dans l’Alouette dauphinoise, dirigée par M. Viel, un article des plus curieux, signé Zénon Fière sur M. Émile Augier, conseiller général de la Drôme24. Car, on l’ignore peut-être et l’Alouette dauphinoise nous le rappelle, Émile Augier a exercé le mandat de conseiller général à Valence. Et, chose piquante, paraît-il, c’est surtout comme conseiller général que M. Augier est célèbre parmi les Valentinois, ses compatriotes. On n’est prophète en son pays que si l’on y obtient un mandat quelconque.
Ce petit chapitre de la vie administrative de M. Augier méritait bien d’être recueilli.
Émile Augier en province
Il y a vingt-six ans de cela, en 1854, M. Émile Augier donc était conseiller général de la Drôme. Jusqu’alors la ville de Valence n’avait pas eu de monument spécialement affecté à la conservation de ses archives, et M. Fière, avocat à Valence, nous assure que les chartes, diplômes et autres papiers précieux pour l’histoire locale « étaient enfouis dans les caves ou dans les greniers de la préfecture, au grand désespoir des paléographes, des archéologues et du préfet lui-même courant volontiers après les dossiers ». On résolut donc de bâtir un édifice destiné à ces archives départementales, et, comme il y avait dans la question un côté d’une couleur littéraire, on chargea de la rédaction du rapport M. Émile Augier, le plus lettré des conseillers.
Ce fut un événement là-bas. Songez donc ! Un rapport de M. Augier ! Une « primeur » de l’auteur de Gabrielle et de Philiberte !25 Valence allait avoir, avant Paris, de l’Augier inédit ! Quelle bonne fortune ! On en parlait à l’avance dans tous les salons du chef-lieu !
Les Muses du département, attendant leur Balzac, s’en émurent.
— Quelle belle occasion pour M. Augier, disaient les savants de l’endroit — les membres de 1’Institut d’Espeluche ou de 1’Académie de Malissard — quelle occasion magnifique de prouver qu’il connaît l’histoire ! Il paraît que l’auteur de la Ciguë26 s’occupera des Bénédictins et intitulera son travail : De l’utilité des Archives pour la conservation des monuments historiques graphiques et de la nécessité de la création d’un Musée de chartes départementales.
C’était un peu bien long pour M. Augier. Les gens de Valence ne connaissent point l’humeur de leur compatriote — le plus simple et le plus net des hommes, n’aimant ni les solennités, ni les banalités, ni les phrases. Au reste, il le leur fit bien voir — doucement et spirituellement.
Tout Valence attendait, dans les couloirs, hors de la salle du conseil, quand le préfet, ouvrant la séance du conseil général, dit avec une lenteur grave :
— La parole est à M. Émile Augier.
— Ah ! M. Augier va parler ! M. Augier va parler ! Silence ! Chut ! Écoutons M. Augier ! De l’utilité, etc.
Émile Augier s’était levé et, de l’air le plus naturel du monde, avec cette voix chaude et bien timbrée qu’on écoute avec respect à l’Académie et ailleurs :
— Messieurs, dit-il, les Archives de la Drôme sont enfouies, comme vous le savez, dans les combles de la préfecture ; cet état de choses ne pouvant durer, je vous propose de voter un crédit pour la construction d’un monument destiné à les recevoir.
Pas un mot de plus. À quoi bon ? Tout était dit en quatre paroles. Il n’y avait plus qu’à voter, et l’on vota en effet.
Le conseil décida que les Archives de Valence seraient transportées dans un local spécial et, transporté de reconnaissance pour lui-même, que les noms des conseillers qui auraient rendu ce vote unanime seraient gravés sur une plaque de marbre noir scellée dans la muraille de la grande salle de ses Archives. Les puissants de quatre jours27 ont de ces soifs d’éternité. De telle sorte que, grâce à cette bienheureuse plaque, le non d’Émile Augier passerait à la postérité quand même celui qui le porte ne serait pas l’honneur de notre théâtre contemporain.
Mais l’imprévu de l’historiette, c’est que le public de Valence ne pardonna guère à M. Augier son spirituel laconisme. On attendait un discours, on voulait un discours ; on n’avait pas de discours, on cria à la mystification.
— Il s’est moqué de nous !
— Il nous a traités en provinciaux !
— Croyait-il donc être à la comédie ?
Il y en eut parmi les Valentinois qui osèrent risquer cette appréciation avec des hochements de tête très profonds :
— Heu ! heu ! Émile Augier ! On dit que les Parisiens lui trouvent beaucoup de talent et l’appellent un maître ! Moi, je lui ai entendu faire son fameux rapport, sur les Archives. Il n’a même pas su parler deux minutes !
Car c’est à la longueur et comme à la durée que le vulgaire mesure l’éloquence, comme il juge les livres au poids. C’est cependant Addison28 qui, comparant les orateurs de son temps à des chevaux de courses, prétend que leur langue va d’autant plus longtemps et plus vite qu’elle est moins chargée d’idées.
Mais tout le monde n’est point Addison, et la renommée de M. Augier subit un échec à cause de ce diable de laconisme volontaire.
Il paraît d’ailleurs que M. Augier se rattrapa plus tard, ou se perdit tout à fait, je n’en sais rien, dans l’estime des gens solennels en faisant un rapport sur les chemins vicinaux, qu’il entrecoupa d’alexandrins et agrémenta d’hémistiches. Je ne vois pas beaucoup l’auteur du Gendre de M. Poirier29 parlant des « chemins vicinaux ». Non pas que ce soit chose difficile, mais M. Augier avait peut-être un autre moyen d’utiliser son encre et une tout autre œuvre à faire.
Voici cependant ce que nous apprennent ces « petites revues » de province !
Un élève de Louis David
C’est de la province aussi, de Gien, dans le Loiret, que m’arrive, à propos des dernières fêtes de David d’Angers, une lettre d’un élève du grand David30, M. Michel Stapleaux31, peintre belge, qui a plus de quatre-vingts ans aujourd’hui, qui a vécu avec David à Bruxelles, qui l’a vu mourir, et à qui David a légué son mannequin, sa palette et ses pinceaux. M. Stapleaux s’est retiré à Gien, et, là, il a bien voulu évoquer pour nous quelques-uns des souvenirs que ce nom de David évoque pour lui et approuver un projet qui, exécuté, serait le couronnement des fêtes artistiques de ces derniers temps.
Ce serait de demander au gouvernement de faire revenir du cimetière de Bruxelles, où ils reposent, les ossements de Pierre-Jean32 David, mort en exil.
Ce projet ne date pas d’hier. Dès 1824, Chateaubriand voulait faire revenir en France le maître encore vivant. Mme Récamier et le peintre Gros33 s’entremirent. On se heurta contre une volonté impénétrable, et le peintre régicide du Serment du Jeu de paume, de la Mort de Socrate et de la Distribution des Aigles, mourut proscrit, toute la ville de Bruxelles suivant ses funérailles et le vieux M. Stapleaux, qui nous écrit, portant derrière le cercueil l’épée de membre de l’Institut de David.
M. Jules David34, le petit-fils du grand peintre, vient de publier plus d’un de ces détails dans un travail définitif sur son aïeul, où il interprète remarquablement, comme graveur, les œuvres dont il a parlé en historien.
David mort, ce ne fut qu’en 1840 que les anciens élèves de David eurent l’idée de demander au gouvernement la rentrée des cendres de David. On ramenait l’empereur, on pouvait bien ramener le conventionnel dont on mettait le portrait à Versailles. Ces deux hommes s’étaient connus. Un jour que Bonaparte encore premier consul faisait à David, dans son atelier, des observations sur la longueur, qu’il trouvait exagérée, d’un bras, David se mit aussitôt à critiquer certains mouvements militaires de Bonaparte à Marengo.
Le premier consul lui jeta un regard sévère que soutint David, et le futur peintre du Sacre, regardant le général en chef, lui dit :
— C’est que moi aussi j’ai été le gouvernement !
Les élèves de David s’assemblèrent donc et il fut décidé entre eux que David (d’Angers) rédigerait, au nom d’une commission élue, une pétition qui, signée par tous les survivants, serait remise au ministre de l’intérieur. N’était-ce pas M. Thiers35 ?
Voici cette pétition, qui a quarante ans de date et qui est toujours d’actualité :
Monsieur le Ministre,
Les élèves de Louis David viennent vous prier d’accéder à leur vœu le plus cher et le plus légitime. 1830 rouvrit aux proscrits l’entrée de la patrie ; seules les dépouilles mortelles du célèbre peintre restent encore exilées, et pourtant, depuis cette époque, un tombeau les attend sur le sol natal.
Certes, jamais artiste ne sentit, mieux, ne remplit plus dignement sa noble mission, car il employa toujours son art à montrer à ses compatriotes de grandes leçons de patriotisme et de moralisation. David est le peintre national. La France doit être juste et reconnaissante envers lui. Tous apprendront avec un profond intérêt que l’illustre banni repose enfin dans la terre de la patrie.
Les élèves de David, ceux de ses amis initiés à ses pensées les plus intimes, savent que jusqu’au dernier soupir il espéra que l’arrêt de proscription qui l’avait frappé se briserait devant la mort. C’était à ses élèves d’accomplir le désir de leur Maître ; c’est ce religieux devoir qui leur a inspiré la démarche qu’ils tentent auprès de vous, monsieur le Ministre ; votre constante sollicitude pour les gloires nationales leur laisse espérer que vous accueillerez favorablement une si juste requête. « Nous sommes, monsieur le Ministre, etc…
Signé : Ingres, Drolling, A. Couder, Victor Schnetz, David d’Angers, etc.
Les pétitionnaires n’obtinrent aucun résultat et David est resté endormi dans la terre de l’étranger. Je parlais tout à l’heure des morts. Jamais, lorsque le hasard des voyages m’amenait dans une ville inconnue, je n’ai manqué d’aller saluer dans leur tombe les grands hommes endormis, que ce fût, à Nuremberg, le vieux Dürer couché sous sa pierre gothique, ou à Bâle, Charras36, tombé au loin, comme un soldat. Ce sont de fiers conseillers que les tombeaux. Peut-être, en ce Jour des Morts de l’année 1880, il n’y a personne là-bas, vers Sainte-Gudule37, pour porter une fleur d’immortelle à ce peintre, à qui les élèves allaient, de son vivant, porter à Bruxelles des couronnes d’or. Mais le vieil élève de l’atelier, M. Michel Stapleaux, songe dans sa retraite de Gien. Il écrit, comme jadis Étienne Delécluze38, des souvenirs sur son maître, absolument comme M. Jules David a écrit un livre sur son aïeul, et il se joint à nous pour réclamer qu’on fasse choix aujourd’hui à la pétition autrefois signée par Ingres, et qui est comme la réclamation d’outre-tombe faite par cet autre David à qui l’on a élevé une statue.
C’est à Paris qu’appartiennent les cendres de Louis David.
La lecture de la Moabite
La vie de Paris, littéraire, théâtrale — et parlementaire bientôt39 — recommence, et, après le spectacle dans la salle, nous avons eu, hier, chez Mme Edmond Adam40, le drame lu dans un salon. Cette grande maison du boulevard Poissonnière, que j’ai vue lézardée, trouée des coups de fusil de Décembre41, — c’est l’ancienne maison Sallandrouze42 — fêtait la poésie, et M. de Girardin, M. Gounod43, M. Ambroise Thomas44, le général Cialdini45, M. Spuller46, bien d’autres, étaient venus là pour entendre M. Paul Déroulède lire la Moabite47. On discutait, dans la salle à manger, transformée en causoir, la préface publiée le matin même, et, dans le salon à fond blanc, plein de gravures, on écoutait le poète debout, devant les rideaux gris, et d’une voix chaude, bien timbrée, le geste sobre et énergique, lisant sur épreuves la Moabite. C’est un vif succès, succès personnel de sympathie et succès de poète que cette soirée où M. Déroulède a fait sonner comme des clairons ses vers énergiques.
On est sorti tout à fait impressionné et, sauf M. Émile de Girardin, m’a-t-on dit — car je ne l’ai pas entendu — qui trouvait qu’après tout une telle œuvre était dangereuse à produire sur le théâtre, tout le monde se demandait pourquoi la Moabite n’était point jouée.
Le sujet en est connu des lecteurs du Temps48. Ce duel entre Baal, représenté par l’impure Kosby, et Jéhovah incarné dans Samgar, le grand prêtre, a de fiers accents de grandeur. C’est Samgar, l’homme de la Loi, qui parle ainsi à la foule ameutée :
La loi qui s’effraîrait49 ne serait plus la loi :
Vous pouvez l’arracher de ma main impuissante :
La faire taire avec ma voix agonisante,
La noyer dans mon sang, la lapider en moi,
Mais eussiez-vous commis l’acte que je prévoi,
Qu’auront détruit vos coups ? Qu’auront brisé ces pierres !
Les lois pour qui l’on meurt revivent tout entières !
L’humanité se lève en les reconnaissant,
Le bien reste éternel, le crime est un passant !
Voilà le ton.
La Comédie-Française50 vient de célébrer solennellement le 200e anniversaire de sa fondation. Elle a magnifiquement costumé l’Impromptu de Versailles. Elle a donné au Bourgeois Gentilhomme, qui est une opérette, l’apparence et le ton d’un opéra. Elle a pontifié avec Molière. C’est fort bien. Mais les vivants ? Et c’est un vivant que Déroulède !
Il était piquant de suivre, sur la physionomie des auditeurs de la Moabite, les impressions causées par la voix et les vers de Monsieur Déroulède. M. Gounod écoutait d’un air inspiré, comme entendant par-dessus ces alexandrins une musique religieuse ; M. Ambroise Thomas fronçait les sourcils ; M. de Girardin guettait, en politicien, les hémistiches à polémique ; M. Jean-Paul Laurens composait, un tableau avec toutes ces scènes ; M. Coppée scandait les vers en poète, et Mme Adam, souriante, charmante, heureuse de l’hospitalité donnée, applaudissait comme si l’on n’avait jamais comparé la Moabite à Daniel Rochat.
Dans un coin, quelqu’un disait en parlant du héros athée de la pièce :
— Si Mizaël51 fondait un journal, il choisirait volontiers pour titre celui d’Auguste Blanqui, que je vois affiché ce matin sur les murailles : Ni Dieu ni Maître !
Et, au dénouement, lorsque Sammgar52 reparaît sur le seuil du temple, tête nue, les cheveux épars et l’œil étincelant, et annonce en ces termes que son fils est mort :
« Priez ! il a vu Dieu ! »
Quelqu’un a ajouté : « C’est le Brutus de la religion. »
J’ai donné, il y a trois jours53, l’analyse de la Moabite, et je me contenterai de constater le succès de la lecture de ce drame dans les bureaux de la Nouvelle Revue. La pièce ne paraîtra qu’après-demain mardi, dans le petit format adopté déjà par l’auteur des Chants du Soldat. Elle contiendra la préface dont nous parlions l’autre jour, et où M. Déroulède raconte les mésaventures de sa pièce comme nous les avons racontées nous-même, mais en citant les conversations qu’il a eues avec M. Turquet, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts. Je vais analyser brièvement cette préface.
La préface de La Moabite
Note de 2026 : Le lecteur ayant pris connaissance de cette préface, insérée en annexe dans la chronique précédente, et connaissant donc bien ce sujet, peut sauter sans dommage au chapitre suivant : « Trumeau, par M. Édouard Pailleron » Les notes ne seront pas reprises. Toute cette partie, qui allonge bien inutilement la chronique, n’a pas été reprise dans l’édition en volume.
On parlait vaguement, dit M. Déroulède pour expliquer l’ajournement de sa pièce, d’une consultation demandée par lui (M. Perrin) à M. le ministre des Beaux-Arts, et où il aurait été question de la Moabite. Mais comment croire que le libéral M. Ferry interdirait ma pièce ? Aussi bien l’a-t-il autorisée. Mais, par une vertu étonnante de ce sauf-conduit, c’est précisément aussitôt après l’avoir obtenu que M. Perrin ne laissait plus passer ma pièce. La difficulté sera grande d’expliquer jamais sans une double intervention de M. le ministre, cette complète contradiction de M. l’administrateur.

Fragment de la préface
La vérité, sans nul doute, c’est que M. Ferry ne s’est jamais préoccupé de la pièce :
— Je ne m’occupe pas de ces choses de théâtre ! a-t-il dit à quelqu’un. Et que M. Perrin a pris toute l’affaire sous sa responsabilité d’administrateur jugeant une pièce opportune ou non.
M. Déroulède rapporte pourtant ces propos de M. Turquet :
M. Turquet poursuivit “Que cherchez-vous ? À voir clair en tout ci ? Eh bien voilà, je crois, qui vous ouvrira les yeux.” M. Turquet me tendit une lettre. Cette lettre était de M. Perrin, il y expliquait longuement en quoi ma pièce était dangereuse ; il attirait l’attention de M. le ministre sur la situation de l’administrateur de la Comédie-Française, “situation bien délicate, la Moabite ayant été reçue par le comité et devant entrer en répétition à la date convenue avec l’auteur.” M. l’administrateur accompagnait cette juste remarque de cette offre éminemment aimable pour M. le ministre :
“Faut-il essayer, sans engager en rien la responsabilité de l’administration, d’obtenir de l’auteur soit un délai pour la représentation, soit le retrait définitif de la pièce ?” Enfin, il terminait par ces simples mots “Je prie M. le ministre de me dicter ma conduite, ne voulant rien faire qui déplaise à Votre Excellence.”
Quelle conduite le ministre a-t-il dictée ? Sans doute celle-ci : Faites comme vous l’entendrez.
Ce que M. Déroulède traduit par ces deux questions :
Pourquoi M. Perrin a-t-il ajourné tout à coup la Moabite, alors qu’il s’était formellement engagé à la jouer à une date fixe ? Pourquoi M. le ministre n’a-t-il pas interdit ma pièce, alors que M. Perrin la lui dénonçait comme dangereuse ?
Ma réponse à moi, la voici :
M. Perrin a ajourné la Moabite pour obéir à M. le ministre. M. le ministre n’a pas eu à interdire la Moabite parce qu’il se savait obéi par M. Perrin.
Je ne suis pas en mesure, on le comprendra, de démêler cet imbroglio ; je me borne à dire que la pièce, lue hier, a été religieusement écoutée et applaudie. En voici le dénouement. Sammgar (le grand prêtre) dit à Misaël, son fils, que la négation c’est le crime. Misaël répond :
Misaël
Le crime, c’est d’avoir faussé la vie humaine,
Le crime, c’est la Foi créatrice de haine,
En qui sont incarnés, masqués d’un nom hautain,
Tous ces vieux préjugés qui font mentir l’instinct.
Sammgar
Mais ces vieux préjugés, ainsi que tu les nommes,
Qu’ont-ils fait que garder l’homme contre les hommes ?
Misaël
Utile ou non jadis, le mensonge a vieilli,
Et personne, n’est plus pour l’Éternel.
Sammgar, montrant le ciel
Que lui !
Si Mizaël fondait un journal, il choisirait volontiers pour titre celui d’Auguste Blanqui, que je vois affiché ce matin sur les murailles :
— Ni Dieu ni Maître !
Misaël, accusé d’être l’amant de la Moabite et d’avoir tué Hélias, son conseiller, se sent perdu devant le peuple qui redemande un prêtre. Il est décidé à tout braver et à entrer dans le tabernacle quitte à y mourir !
Misaël
Quel est ce cri de traître ?
Quel est cet homme-là qui redemande un prêtre ?
Phareg
Cet homme-là, c’est nous, c’est tout le peuple hébreu.
Sauve Israël, Sammgar, un Dieu, rends-nous un Dieu
Sammgar
Leurs yeux se sont ouverts, leurs mains se sont tendues.
Ils ont crié vers toi du fond de leur terreur,
Et toi dont les regards percent les étendues,
Voyant leurs yeux ouverts, voyant leurs mains tendues,
Tu les as retirés du gouffre de l’erreur.
Misaël
Ah ! vous en revenez à cette loi de crainte,
À ce Dieu d’Israël présent dans l’arche sainte !
Tant mieux, car j’ai de quoi le renverser d’un coup,
Ce faux Dieu que Phareg veut remettre debout.
Oui, je vais l’écraser, cet éternel obstacle !
II est là, n’est-ce pas présent au tabernacle ?
Et la loi de Moïse a pour premier arrêt
Que quiconque y suivrait le grand prêtre mourrait.
Eh bien ! entre au Saint-Lieu, Sammgar, je vais t’y suivre
De l’athée ou du Dieu voyons qui va survivre !
Oui quand la vision devrait m’en foudroyer,
Fais le moi voir ce Dieu que tu leur fais prier !
Sammgar frémit ; il hésite, son cœur de père se débat contre ses devoirs de juge et contre le doute qui se glisse dans son âme :
Seigneur, qui connaissez mon âme tout entière,
Vous savez si ce doute a troublé ma prière,
Et si mes soixante ans d’extases et de foi
Sont d’un prêtre imposteur mal sûr de votre loi ?
Mais le devoir échappe à ma raison confuse,
Ce n’est pas moi, Seigneur, c’est ma chair qui refuse
Il est des dévouements au-dessus de l’effort,
Je ne conduirai pas cet homme à cette mort.
Un homme du peuple
C’est vrai que c’est son fils.
Misaël
Vous laissez-vous séduire ?
C’est à la vérité qu’il craint de le conduire,
Votre libérateur en sortirait vivant.
Enoch
Mais ce n’est pas son fils, c’est son Dieu qu’il défend.
Misaël, montant vers le tabernacle comme pour y pénétrer
Allons, le temple est vide,
Sammgar, l’arrêtant du geste
Arrière, sacrilège !
Misaël
Quel aveu du néant que ce Dieu qu’on protège !
Sammgar, lui saisissant le bras et l’entraînant
Ah ! malheureux enfant, suis-moi dans le saint lieu !
Sammgar et Misaël entrent tous deux dans le tabernacle
dont les portes se referment sur eux. On, entend un cri de Misaël
Misaël
Ah ! Je meurs !
Respha
Misaël !
Respha, reparaissant sur le seuil, tête nue, les cheveux épars et l’œil étincelant.
Priez ! il a vu Dieu !
C’est que j’appellerai se faire le Brutus de la religion.
Trumeau, par M. Édouard Pailleron
Voilà une belle soirée parisienne, très littéraire, et qui comptera pour M. Déroulède. Nous en sommes d’ailleurs à l’heure du théâtre hors du théâtre, du théâtre en liberté, comme Victor Hugo veut appeler le recueil de ses drames inédits54. Au moment même où M. Déroulède lisait sa Moabite, M. Édouard Pailleron55 corrigeait les épreuves d’une comédie en vers, Trumeau56, qu’il ne lira point, mais qu’on lira dans la Revue des Deux-Mondes. C’est une rentrée alerte et qui sera fort applaudie. Trumeau est, un galant duo entre deux femmes, Isabelle et Marton, sa soubrette, une sorte de curiosité archéologique, nous dit l’auteur, un fragment retrouvé de la Comédie Italienne où Regnard, Marivaux, Lesage ont puisé. « Ce qui la caractérise et ce que je me suis efforcé d’imiter, dit M. Pailleron, c’est un style à la fois fin jusqu’à la préciosité et franc jusqu’à la crudité, au service d’une gaieté absolument sincère ! »
« Le rire, ajoute-t-il, assainit le mot. D’ailleurs, ce n’est pas le mot que nos pères disaient qui est à craindre, c’est celui que nous savons si bien ne pas dire, et je doute que notre pudeur vaille leur honnêteté. »
Cela est net et, au surplus, il n’y a pas de gros mots, avec M. Pailleron, même dans Trumeau, il n’y a que des mots très fins et des vers exquis. Isabelle ne veut point se marier. Elle n’aime pas, elle n’aimera jamais. Sa soubrette Marton entend lui montrer que toute femme est faite pour être aimée. Elle en sait quelque chose ; elle donnera à Isabelle une leçon d’amour :
Eh bien ! moi, je prétends
Que fille, en bon français, ne voulant pas dire arbre,
Vous êtes comme moi, — qui ne suis pas de marbre,
Et ne faites pas fi, plus que moi, d’un amant ;
Qu’on vous épousera, comme moi, — congrûment ;
Que vous le désirez comme je le désire,
Et plus que moi peut-être, — et ce n’est pas peu dire !
Une leçon d’amour ! Marton y est donc experte ? Eh ! parbleu !
— J’ai servi, dit-elle…
J’ai servi deux abbés, n’ayez donc pas de crainte.
J’en ai de tous les tons : du tendre, du galant,
Du plaintif et du gai… même de l’insolent…
Vous verrez si je sais jouer mon personnage.
Tenez-vous bien d’abord, car je vais faire rage !
Et la voilà, qui soupire à l’oreille rose d’Isabelle les doux madrigaux du Chevalier ! Elle est le Chevalier de pied en cap, le feutre sur la perruque et l’épée au mollet, et elle chante si gentiment à la jeune fille l’amoureuse chanson du printemps qu’Isabelle consent avec bien des hélas ! à recevoir le vrai Chevalier.
Ah ! vilaine Marton, ce sera bien ta faute !
On jouera ce Trumeau, cet hiver, dans tous les salons, et M. Pailleron, comme jadis Musset et Feuillet57, y publiant leurs Proverbes, a logé Watteau58 à la Revue des Deux-Mondes. La jolie leçon que cette vive comédie gauloise pour ces gens qui, depuis six mois, déshonorent la gaieté et prétendent qu’on ne peut être spirituel sans être lourdement grivois !
Jules Claretie
⁂
Davantage que toute explication, Jules Claretie aurait dû nous propose la préface, toute en finesse, à ce Chevalier Trumeau, adressée en forme d’avertissement à une « Madame de X… » évidemment imaginaire :

À madame de X…
Il me revient, Madame, que vous avez trouvé le Chevalier Trumeau immoral. Votre pudeur aurait prêté à ce marivaudage un sens que la mienne se refuse même à comprendre.
J’ai toujours remarqué que, volontiers en certaines matières, la vertu avait le soupçon facile et la vue longue. C’est par leurs pensées, ne pouvant faire pis, que le Diable — cet égalitaire enragé — ressaisit les femmes irréprochables comme vous, et les fait parfois descendre au niveau des femmes qui le sont moins. Vous avez péché en imagination, Madame, et je vous jure qu’il n’y a dans ma comédie d’autre immoralité que celle que votre peur d’en trouver a voulu y mettre.
Elle dit, d’ailleurs, trop nettement ce qu’elle veut dire, pour qu’on la puisse accuser de sous-entendus. Quant à la scène qui vous a si fort scandalisée, il paraît, l’idée en est tout entière dans une pièce du Théâtre-Italien, dont votre mère-grand’ a jadis ri de bon cœur, soyez-en sûre, et sans penser à mal.
Relisez Trumeau, Madame, non plus avec les yeux de la vertu — je m’en méfie — mais avec ceux de la bonne foi, et vous verrez que ce badinage ne valait pas d’exposer la franchise de mon honnêteté à s’étonner des clairvoyances de la vôtre.
Et veuillez croire, Madame, à mes sentiments de profond respect,
Édouard Pailleron
Notes
1 Lucie de Kaulla (1840-1925), née à Issy-les-Moulineaux et donc pas du tout bavaroise, a été accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne. Lucie a été recrutée par un espion allemand, Wilhelm Stieber, qui l’a poussée dans les bras d’Ernest Courtot de Cissey, militaire (de trente ans son aîné), sénateur et ministre de la Guerre de 1871 à 1876 et proche de Mac Mahon. L’entreprise ne semble pas avoir eu d’effet national notable. Cet automne 1880 nous en sommes aux procès en diffamation.
2 Madeleine Colle (1848-1928), fille de percepteur, a épousé en 1865 Casimir Lemaire, employé à l’Hôtel de ville. Madeleine nous offre une peinture éthérée et voluptueuse de fées et déesses, ainsi que d’innombrables bouquets de fleurs. Madeleine Lemaire aurait été la maîtresse d’Alexandre Dumas fils. C’est dans le salon de Madeleine Lemaire que Marcel Proust a rencontré Reynaldo Hahn. Madeleine est réputée avoir servi de modèle pour le personnage de Madame Verdurin, ce qui n’est pas très aimable (mais qui n’a pas servi de modèle pour Madame Verdurin ?)
3 Belle lurette, opéra-comique en trois actes, laissé inachevé par la mort de Jacques Offenbach, le cinq octobre dernier. La notoriété du compositeur a conduit à ce que cette musique soit achevée par Léo Delibes (1836-1891) et créée au théâtre de la Renaissance à la fin du mois d’octobre. La rapidité de cet achèvement laisse évidemment penser que l’œuvre était déjà bien avancée. Elle était tellement avancée que déjà en répétitions. La contribution de Léo Delibes a dû être extrêmement marginale.
4 Jane Hading (Alfredine Tréfouret, 1859-1941) a pris le nom de son père naturel le comédien marseillais Alexandre Hadingue. Après des débuts, adolescente, en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Elle se produit au théâtre du Gymnase dont, en 1984 elle épousera le directeur Victor Koning. Le divorce interviendra rapidement.
5 Pōmare V (avec un “ō”) (1839-1891), dernier roi de Tahiti, qui a abdiqué cette année 1880 après trois ans de règne. Un peu glandeur.
6 Pierre-Paul de Pommayrac (1807-1880), peintre mort le dix juillet dernier.
7 Philippe Parrot (1831-1894), peintre.
8 William Hogarth (1697-1764) peintre et graveur anglais.

La beauté selon William Hogarth, dessins figurant sur la couverture de son ouvrage publié à Londres en 1753 : Analyse de la beauté
9 Cette Librairie nouvelle se tenait sur le boulevard des Italiens, à l’angle de la rue de Gramont.

La Librairie nouvelle au début de la IIIe République
10 Lina Munte (≈1850-1909), comédienne remarquée.
11 Lacressonnière (Louis Le Sot de la Panneterie, 1819-1893), comédien.
12 Paragraphe ajouté dans l’édition en volume.
13 Il s’agit de La Princesse de Bagdad, qui sera représentée au Théâtre-Français dans trois mois, le 31 janvier prochain. Le texte de la pièce sera publié chez Calmann-Lévy la même année.
14 Dans trois semaines, le 25 novembre, Eugène Labiche, élu en février dernier au fauteuil d’Ustazade Silvestre de Sacy, conservateur de la bibliothèque Mazarine, prononcera donc son éloge.
15 Cayenne a désigné à la fois un cimetière (dont on ne sort jamais) et le quartier attenant de Saint-Ouen.
16 Ernest Hébert (1817-1908), peintre, a d’abord été pensionnaire de la villa Médicis (de 1840 à 1844) avant de la diriger (deux fois, de 1867 à 1872 puis de 1885 à 1890). Dans quatre jours, le six novembre à l’âge de 63 ans, il épousera l’allemande Gabrielle d’Uckermann (1853-1934), de 36 ans sa cadette.
17 La Malaria et Les Cervarolles sont deux peintures d’Ernest Hébert. La Malaria date de 1850 et est visible au musée de Condé à Chantilly. La toile Les Cervarolles date de la même époque du premier retour de Rome et représente des romaines se rendant à la fontaine. Cette toile est visible au musée de Grenoble.

18 Peut-être dans Un drame en 1779 !, opérette bouffe en un acte d’Hervé (paroles et musique), créé en 1855 aux Folies nouvelles du boulevard du Temple.
19 Émile Goudeau (1849-1906), journaliste, romancier et poète. Le club de poésie des « Hydropathes », fondé en octobre 1878 est déjà sur le déclin en cette fin d’année 1880. Le nom de ce club provient, dit-on, du titre d’une valse allemande alors en vogue mais d’autres raisons cohabitent. On n’y chantait pas comme au Caveau mais chacun disait ses vers devant les autres membres.
20 Harry Alis (Jules-Hippolyte Percher, 1857-1895), mourra en duel à l’âge de 37 ans. Le journaliste Harry Alis deviendra spécialiste de l’Afrique et œuvrera pour l’expansion de la France sur ce continent. Il n’a que 23 ans à l’époque où Jules Claretie écrit ces lignes et n’est arrivé à Paris que depuis deux ans. Il est employé des Ponts et chaussées. Il ne peut donc être connu de Jules Claretie que par recommandation.
Les autres personnages cités à la fin de ce paragraphe ont, en 1880, une notoriété comparable à celle d’Harry Alis. Edmond Deschaumes (1856-1916). Albert Allenet est né vers 1848. Félicien Champsaur (1858-1934) sera le plus connu de tous. Quant à cette lettre moulée qui clôt le paragraphe, on donne notre langue au chat.
21 Dans cet article du Temps, Jules Claretie évoque encore Auguste Baluffe directeur de L’Hérault au présent mais au passé dans l’édition Havard. Auguste Baluffe n’est donc plus directeur de L’Hérault à cette date, où le journal ne paraît plus. En 1886 Auguste Baluffe publiera un Molière inconnu chez Didier.
22 Francis Maratuech (1853-1908), homme de lettres mort à 55 ans, poète, fondateur du Feu follet qui a paru cette année 1880 et survivra jusqu’en 1902. Ce Feu follet semble avoir fait preuve d’un certain dynamisme et d’une légère orientation à gauche. Malgré son ancrage local il a accueilli des signatures prestigieuses, dont : Léon Cladel, Jules Claretie, François Coppée, Louis Le Cardonnel, Frédéric Mistral, Émile Zola…
23 Les passages entre crochets ont été ajoutés dans l’édition en volume.
24 Émile Augier (1820-1889), dont une note est souvent donnée dans ces pages, est né à Valence. Il a été Conseiller municipal de Croissy-sur-Seine (dans les Yvelines), où il mourra dans neuf ans. Émile Augier a été Conseiller général de la Drôme de 1852 à 1856, juste avant d’être élu à l’Académie française en mars 1957. Émile Augier a failli être sénateur. Il faisait partie d’une liste de sénateurs qui devait être promulguée le quinze août 1870 mais les malheurs de la guerre en ont décidé autrement. Sa notice de l’Académie française indique qu’« Émile Augier fut nommé sénateur à la fin de l’Empire », sans indiquer que cette liste n’a jamais été promulguée. Le sept mai 2026, date de rédaction de cette note, un message a été envoyé à l’Académie française afin d’alerter sur ce détail… sans résultat aucun. La sieste semble se prolonger.
25 Émile Augier, Gabrielle, comédie en cinq actes, en vers créée à la Comédie-Française le quinze décembre 1849. Le texte de la pièce (108 pages) est paru, daté de l’année suivante, chez Michel Lévy. Philiberte, comédie en trois actes, en vers, créée sur le théâtre du Gymnase le 19 mars 1953. Le texte de la pièce (104 pages) est paru la même année chez Michel Lévy.
26 Émile Augier, La Cigüe, comédie en deux actes, en vers, créée « sur le Second Théâtre-Français » (de nos jours l’Odéon) le treize mai 1844. Le texte de la pièce (63 pages) est paru la même année chez Furne, rue Saint-André-des-arts.
27 Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte V, long monologue ouvrant la scène III : « Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent… » Page 470 de la Pléiade de Pierre Larthomas, Gallimard 1988.

28 Peut-être Joseph Addison (1672-1719), homme de lettres et journaliste anglais.
29 Le Gendre de Monsieur Poirier déjà évoqué dans La Vie à Paris du vingt avril 1880 à propos d’Aimée Desclée est une agréable comédie en quatre actes d’Émile Augier, écrite en collaboration avec Jules Sandeau, créée au Gymnase au printemps 1854. Le marquis de Presles, oisif et ruiné de dettes, épouse pour sa dot Antoinette, la fille de Monsieur Poirier, riche drapier. Après la lune de miel, le bourgeois entend bien mettre le marquis au travail… Agréable comédie et joli rôle d’Antoinette tenu à la création par Rose Chéri puis l’année suivante par Aimée Desclée. Cette comédie est visible sur Madelen dans une version de 1962.
30 Ne confondons pas les David, tous deux cités dans la même phrase. Le David dont Michel Stapleaux a été l’élève est le peintre Jacques-Louis David.
31 Michel Stapleaux (1799-1881), va mourir dans moins d’un an. Il a été un proche élève de Jacques-Louis David et professeur de dessin de la princesse Mathilde.
32 L’édition en volume chez Havard porte le prénom de Jean-Pierre. Cette phrase laisse perplexe, Pierre-Jean David, plus connu sous le nom de David d’Angers, étant mort à Paris. Une homonymie est toujours possible.
33 Il s’agit d’Antoine-Jean Gros (1771-1835), que l’on ne confondra pas avec Jean-Antoine Gros (1725-1790), tous deux peintres.
34 Jules David (1829-1886) : Le peintre Louis David 1748-1825, souvenirs et documents inédits par Jacques Louis Jules David, son petit-fils, Victor Havard, 1880, 679 pages
35 Adolphe Thiers (1797-1877), mort il y a trois ans, Président de la République pendant moins de deux ans, a été ministre de l’Intérieur à l’automne 1832 puis en 1834-1835.
36 Jean-Baptiste Charras (1810-1865), militaire, député, ministre de la Guerre, mort en exil après le coup d’État de Napoléon III de décembre 1851.
37 Jusqu’en 1882, le corps de Jacques-Louis David a reposé dans l’église Sainte-Gudule de Bruxelles avant d’être transféré au cimetière de Bruxelles, où il se trouve encore, son cœur ayant été transféré au Père-Lachaise.
38 Étienne Delécluze (1781-1863), peintre élève de Jacques-Louis David. Étienne Delécluze, Louis David, son école et son temps, souvenirs, Didier, 1855, 452 pages.
39 Bientôt… dans une dizaine de mois se tiendront les troisièmes élections législatives de cette jeune République. Les dates des 21 août et quatre septembre 1881 ont été décidées par le Président du Conseil Jules Ferry, le Président de la République étant Jules Grévy, qui n’a que peu de responsabilités. Les Républicains (ce qui à l’époque signifiait quelque chose) remporteront près de 67 % des suffrages face aux royalistes de toutes obédiences et à une gauche inexistante (1 % des voix). Cette victoire entraînera l’élection de Léon Gambetta comme chef du Gouvernement.

Ce fragment de bulletin de vote pour 1881 présente la seizième et dernière vignette d’une bande dessinée imprimée sur une planche de 29 x 42 centimètres. La partie basse, comportant le nom de l’électeur était à détacher et à « jeter dans l’urne »
40 Le lecteur de claretie.fr est familier de Juliette Lambert — Madame Edmond Adam — dont un bal a été décrit, ainsi que sa maison du 23 boulevard Poissonnière.
41 Ce décembre-là — en 1880 nombreux sont ceux qui s’en souviennent encore — est celui de 1851, qui a vu le coup d’état de Napoléon III contre la jeune IIe République.
42 Charles Sallandrouze de Lamornaix (1808-1867), député et maire d’Aubusson, propriétaire de manufactures de tapisseries. CSL a acheté l’Hôtel de Montholon (construit en 1785) afin de servir de boutique et de dépôt de marchandises. À la mort de CSL le bâtiment a été acheté par le couple Edmond Adam et Juliette Lambert, très opposés à la monarchie au point que cette demeure du 23 boulevard Poissonnière est devenue un symbole de la République.

Le 23 boulevard Poissonnière, de nos jours
43 Charles Gounod (1818-1893), musicien, prix de Rome en 1839, est surtout connu pour son Faust (1859, sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré), offrant de nombreux airs encore connus de nos jours comme le fameux « air des bijoux » du troisième acte, popularisé par le dessinateur Hergé : « Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir… »
44 Ambroise Thomas (1811-1896), fils de musiciens, prix de Rome en 1832 puis compositeur reconnu, est bien oublié de nos jours. Seul subsiste son opéra Mignon, de 1866, lui aussi sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré, de moins en moins représenté aujourd’hui.
45 Enrico Cialdini (1811-1892), militaire, promoteur de la réunification de l’Italie en 1860 et actuellement ambassadeur d’Italie à Paris.
46 Eugène Spuller (1835-1896) avocat et homme de lettres, député depuis 1876, sera réélu l’an prochain. Il sera, en 1894, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Lors du siège de Paris, il accompagnait Léon Gambetta dans son ballon.
47 Pour mieux comprendre le propos de Jules Claretie, il est indispensable d’avoir lu la dernière chronique, parue dans Le Temps du trente octobre dernier.
48 Le texte porté en violet n’a pas été reproduit dans l’édition en volume.
49 Les graphies originales ont été conservées.
50 Le texte en bleu, absent du Temps, a été ajouté dans l’édition en volume.
51 Mizaël est un personnage de La Moabite, fils de Sammgar.
52 Sammgar, personnage biblique, est dans la pièce, indiqué comme « grand prêtre et grand juge d’Israël ».
53 Ce paragraphe, on le comprend, ne figure pas dans l’édition en volume.
54 Ce recueil, composé en exil, ne sera publié qu’en 1886 par Hetzel et Quantin à titre posthume et précédé d’un prologue (323 pages).

La marque d’Albert Quantin en dernière page ».
55 Édouard Pailleron (1829-1899), docteur en droit, avocat, auteur dramatique, poète et journaliste. Édouard Pailleron sera reçu à l’Académie française en décembre 1882 après le succès de sa comédie en trois actes Le Monde où l’on s’ennuie, représentée à la Comédie-Française en avril 1881. Jules Claretie a dressé un portrait d’Édouard Pailleron paru dans la collection des « Célébrités contemporaines ».
56 Édouard Pailleron, Le Chevalier Trumeau, comédie en un acte, en vers. Le texte de la pièce est paru en volume, sans doute à la fin de l’année, daté 1881 (57 pages).
57 Octave Feuillet (1821-1890), est encore un peu connu de nos jours pour son Roman d’un jeune homme pauvre paru chez Michel Lévy en 1858 et porté à la scène par son succès (et par son auteur dès la fin de l’année — théâtre du Vaudeville, 22 novembre). Le texte de la pièce est, comme toujours à l’époque, paru simultanément (chez le même éditeur) et daté de l’année suivante.
58 Allusion évidente au peintre de fêtes galantes Antoine Watteau (1684-1721) dont on se souvient que Paul Léautaud appréciait particulièrement son Pèlerinage à l’île de Cythère.
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