Xavier Aubryet

« Vie à Paris » parue dans Le Temps du mardi seize novembre 1880, page trois et mise en ligne le lundi 28 septembre 2026. Temps de lecture : 21 minutes.

En nommant cette page « Xavier Aubryet » et non, comme d’habitude, du premier sujet abordé — Les spectacles de Paris, c’eût été parfait —, c’est un hommage qui est tenté de lui rendre ici, autant qu’une tentative de prolonger son nom.

Les spectacles de Paris — Le mariage de Mademoiselle Samary — Le retour de Louise Michel — Un journaliste : Xavier Aubryet — Les aïeux et les enfants — Les Matinées enfantines — Une soirée japonaise chez Madame Adam — Notes

Les spectacles de Paris

Ah ! l’amusante ville que Paris ! C’est un théâtre, absolument. Il y a toujours là quelque chose à voir. Les gazettes qui publient la liste des curiosités de la journée, comme elles imprimeraient le menu d’un repas, ont bien raison ; mais elles ne peuvent donner le plus piquant du programme, qui est l’imprévu, comme, par exemple, l’aventure de M. Baudry-d’Asson1.

La vie de Paris est un drame-vaudeville en trois cent soixante-cinq actes, sans entractes, car la pièce éperdue, interminable, continue toujours — même la nuit. On a reproché à Victor Hugo d’abuser de l’antithèse : rien n’est plus antithétique que la vie parisienne et que la vie humaine, pour être exact. Du jour au lendemain, ce Paris, affolé de spectacle, et qui aura toujours une foule prête à courir partout où il y a à voir quelque chose, n’importe quoi, un héros ou un mannequin ; — d’un jour à l’autre, Paris a assisté à l’arrivée d’une femme hâve et hagarde, revenant de la Nouvelle-Calédonie, et au mariage d’une soubrette aimable, toute souriante sous la transparence de son voile blanc. C’était dans le même quartier. Il y avait la même affluence. On se bousculait tout autant. On voulait voir : voir Louise Michel ou Jeanne Samary, l’une ou l’autre, l’une et l’autre. Un Parisien doit avoir tout vu.

Le mariage de Jeanne Samary

Les deux scènes étaient cependant fort différentes. Le mariage de Mlle Samary est ce qu’on appelle un fait purement parisien. Je ne chercherai pas du tout à expliquer l’adjectif qui est inexplicable. Un volume de commentaires n’y suffirait point. Il y a dans ce terme-là — « parisien » — un mélange de grâce, d’ironie, d’esprit, de gentillesse spéciale et de vice qui se sent et ne s’explique pas. Nestor Roquelan2 a inventé la parisine3, mais je défie les chimistes d’analyser une telle essence. Bref, c’était, ce mariage de Mlle Samary4, une scène toute parisienne. Cet envahissement joyeux de l’église par toutes les fillettes du Conservatoire, les unes en waterproofs crottés et en cheveux, comme on dit, les autres déjà couvertes du manteau garni de loutre qui est comme une première épaulette ou un premier chevron dans ce grand régiment de la galanterie au recrutement tout volontaire ; — cette cohue jeune, charmante, cette poussée pleine de rires dans la plus mondaine des églises donnait à la cérémonie un caractère de première à sensation ou de répétition générale qui était fort amusant à déterminer.

Il est évident que le recueillement faisait défaut. On était là pour se distraire. La mariée, jolie à croquer dans sa robe blanche, était plus émue, l’éternelle rieuse, que tout ce monde d’amies, de camarades, de peintres, de comédiens, de journalistes qui se bousculaient pour l’apercevoir, grimpaient sur les chaises, montaient et descendaient l’escalier de la sacristie comme on descend celui de l’Opéra et soulignaient de leurs allegros le ronflement solennel de l’orgue et le solo du violoncelle paternel.

J’ai vu le moment où, sous le porche envahi, la voiture des mariés allait écraser tout ce monde de petites ouvrières accourues, curieuses, avides, rêvant aussi de succès et d’éclats de rire dans la maison de Molière et de mariages à la Trinité — à la Trinité ou à Pâques5 — et il s’en est fallu de peu, vraiment, qu’on ne dételât les chevaux de la calèche et qu’on ne portât les mariés en triomphe. Les deux suisses aux chapeaux dorés — car il y a deux sortes de suisses à Paris, les suisses en or et les suisses en argent, le galon d’or coûtant plus cher aux époux — les deux superbes hallebardiers ont dû trouver qu’à ce sacrement il manquait un peu de solennité. Mais, bah ! quand un mariage aurait un petit air de kermesse, l’idylle en a-t-elle moins de charme ? On s’est donc amusé ; c’était alerte, vif et jeune, et c’est bien ainsi qu’on peut imaginer le mariage de Dorine6.

Le retour de Louise Michel

L’arrivée de Louise Michel7 n’a pas manqué d’émotion non plus, mais d’un autre genre. On ne peut se défendre de pitié pour cette femme qui a eu, du moins, devant le conseil de guerre, l’énergie convaincue et menaçante que tant d’hommes, assis à cette même place, n’ont pas su montrer. L’aumônier qui visita Ferré8 dans sa prison avait gardé devers lui une correspondance intime, que Ferré lui donna, je crois, et le prêtre avait consenti à l’offrir à un journal d’actualités qui hésita à publier de telles lettres et ne les publia définitivement pas. — Pourquoi ? C’est qu’il y avait dans les correspondances de Louise Michel un débordement d’enthousiasme en quelque sorte extatique, un tel mysticisme amoureux, comparable à celui d’une Thérèse en prières, un tel appétit affolé de sacrifice, que ç’eût été pour le journal non républicain quelque chose comme l’apothéose de la condamnée.

Évidemment cette correspondance verra le jour plus tard9. On demanderait volontiers à vivre longtemps — ou à revivre — par curiosité, comme l’Angély10, simplement pour savoir ce qu’on révélera de nous, de l’intimité de notre vie, à nos petits neveux, et ce que peuvent bien raconter, à l’heure qu’il est, sur les personnages actuellement en scène, les Dangeau11 inconnus et les Saint-Simon ignorés (s’il en est) qui écrivent des Mémoires secrets sur le temps présent.

Un journaliste : Xavier Aubryet

Mais a-t-on besoin, pour tout savoir, d’auteurs de Mémoires, quand on a les journalistes ? Il suffira plus tard de feuilleter l’amas de ces conversations quotidiennes faites au bout de la plume pour connaître la vérité vraie — ou à peu près vraie comme toute vérité, — sur nos caractères et nos mœurs. Il « suffira » est d’ailleurs un terme assez narquois. Ce sera, tout au contraire, un travail gigantesque, mais quelqu’un le fera, soyez-en sûr, et ce quelqu’un-là n’aura que l’embarras du choix entre tant de gens de talent dont les écrits lui fourniront des matériaux.

Et ce peintre à venir, historien ou romancier de notre société actuelle, devra prendre soin de ne pas oublier Xavier Aubryet12, qui fut vraiment un Parisien de pure race, Parisien par l’esprit, par la nervosité paradoxale, la bonté de cœur et la douleur vaillamment, spirituellement, je dirai saintement supportée13. Quel martyre que la fin de l’existence de ce charmant garçon que je revois alerte, sautillant, scintillant, toujours en éveil, dans les couloirs des premières représentations, et dont l’image, regardée hier, la maigreur épouvantable, ne me sort point de la pensée. C’est bien là aussi une antithèse !

Les journaux ont, cette semaine, annoncé la mort de cet humoriste du boulevard — une mort qui sera une délivrance. On s’est tant apitoyé d’avance sur cette fin que je ne sais si la pitié des confrères trouvera des accents nouveaux lorsque tout sera achevé. « On vous a déjà donné, brave homme ! » Arrêtons-nous donc au chevet de ce souffrant et parlons de lui, d’autant plus qu’il ne peut ni nous lire, ni nous entendre !

Mais quelle résistance matérielle et morale y a-t-il donc dans l’homme, cette machine frêle, qu’un corps épuisé, miné, rongé, résiste à tant de souffrances, et que, pendant des mois, l’esprit survive à la matière, comme le feu follet vole au-dessus des tombeaux ?

Il y avait six ans que Xavier Aubryet souffrait de l’horrible maladie qui fut la maladie d’Henri Heine et qui le clouait sur sa chaise longue, étendu là comme en un tombeau anticipé ! L’ataxie locomotrice avait fait de cet homme que nous avions connu jeune, brillant au possible, une sorte de cadavre décharné, au corps déchiqueté, aux tibias tirebouchonnés et qui gardait cependant encore une singulière alacrité cérébrale, le goût de la vie et l’amour des lettres. Jusqu’à la fin, ce malheureux, miné jusque dans les moelles, les jambes tordues, le corps disséqué vivant par la maladie, se sera intéressé aux luttes de la littérature et du théâtre. Jusqu’au dernier jour il aura gardé, sur sa lèvre affreusement tirée, le mot spirituel du railleur, l’ironie juste du narquois à qui rien ne fait illusion, la grâce et la séduction du causeur qui a tout lu, qui sait tout juger et tout dire.

Mais, chose étrange, de toute l’existence de ce Parisien parisianissime, de tout son passé heureux ou douloureux, de ses aventures, de ses pièces de théâtre, de ses amours et de ses amourettes, ce qui survivait encore hier dans les songes maladifs de ce souffrant, ce qui lui revenait en des visions constantes, pendant les lentes nuits d’insomnie, c’étaient les souvenirs d’enfance, la mémoire des claires journées de la vie de famille, les bouffées d’air pur du pays champenois, le parfum des fleurs du jardin de cet oncle dont le portrait est là, accroché dans son salon, et qui l’avait adopté !

Le reste était une fumée envolée. Tout ce qu’avait en lui de patriarcal Xavier Aubryet refleurissait dans cette souffrance. Car voilà ce qui prouve encore combien, au fond de l’être, cet homme était bon : on a vu des gens que le succès même aigrit et qui étalent leurs colères et leurs rancunes jusque dans le triomphe le plus inattendu. Lui, cet Aubryet irritable, acéré, violent dans la causerie improvisée, partant comme un pois fulminant, saisissant le moindre mot pour en faire le texte d’une thèse militante, était, dans cette maladie atroce qui lui a inspiré un chef-d’œuvre, la Maladie à Paris, ces pages d’une inoubliable éloquence, devenu — et est resté encore — calme, tendre, résigné comme un enfant chétif et souffreteux qui remercie ceux qui le soignent de vouloir bien être bons pour lui.

Je l’avais vu, il y a déjà plus de trois ans, étendu sur une chaise longue, empaqueté de couvertures, dans une petite chambre, la fenêtre ouverte, ses yeux déjà à demi aveugles essayant d’arrêter au passage la lumière qui lui venait, d’une étroite cour, à travers les brindilles de pieds de capucines. Maigre, blême, la barbe entière, il m’avait déjà fait, ce grabataire, l’effet du Job biblique.

Mais la voix était encore puissante, mais il avait, pour décrire sa maladie, des mots frappants, d’un pittoresque terrible et qui dénotaient une effrayante acuité de l’esprit :

— Je deviens aveugle, disait-il, par exemple. De jour en jour je descends dans l’ombre. J’ai vu, tour à tour, disparaître les barreaux de ma fenêtre, puis la vitre même, et maintenant je n’aperçois plus qu’une tache de lumière lorsqu’elle m’arrive à bout portant !

— Il me semble que je suis enfermé dans un pantalon trop étroit et qu’on me tire des pieds à la tête pour m’y faire entrer !

« Vous connaissez, a-t-il écrit dans la préface de son livre Chez nos Voisins et chez Nous, le res angusta Domi, Ma maladie est le res angusta corporis. Les douleurs les plus fugaces deviennent des points d’orgue, les coups de couteau qui d’abord dépassaient à peine l’épiderme, creusent profondément la chair. Le squelette entier prend la sensibilité d’une dent malade. »

Quel écrivain spécial eût jamais décrit, avec une plus affreuse netteté, l’horrible mal que la science ne peut vaincre ? Aubryet prenait plaisir à conter — et avec quelle précision ! — toutes ses angoisses devant le moindre mouvement à faire, le transport de sa chaise à son lit, le plus petit choc prenant tout le suraigu douloureux d’une opération chirurgicale — et ses terreurs, chaque soir, devant la nuit qui venait, et le besoin impérieux, apeuré, qu’il avait de ce tic-tac d’une pendule. Ce grand silence nocturne de la rue Taitbout lui était un supplice. Il bénissait le grincement des roues d’une voiture de maraîcher. Au moins, cela, c’était la vie !

Et cela pendant six ans. Six ans ! Ah ! le pauvre homme ! Ni mort, ni vivant, et le cerveau lucide, le mot juste, éloquent, suivant de loin, de sa cellule de patient, le mouvement de Paris, se faisant tout lire, apprenant par cœur, retenant un vers, une phrase, et citant cela, le discutant, disant du réalisme littéral et naturaliste :

— Je n’aime point ces livres ! Ils ne consolent pas !

Puis écrivant lui-même, d’une écriture horriblement tremblée, ou dictant et payant par une crise atroce le moindre effort de travail, mais travaillant en dépit de cette menace d’une torture et éprouvant alors, après ces indestructibles maux physiques, cette complication d’une douleur morale que les artistes seuls se peuvent imaginer : attendant ses épreuves avec des anxiétés morbides, et lorsqu’elles arrivaient, ne se souvenant pas de ce qu’il avait dicté et ne pouvant pas se relire !…

Il avait, jadis, de cette petite écriture quasi féminine qui est devenue, sous l’ongle de la maladie, un griffonnage illisible, écrit tout un travail sûr. C’était là, le rêve de sa jeunesse. Il voulait, même après les Grotesques, de Gautier, réhabiliter solennellement Théophile14.

— C’eût été — et c’est l’œuvre de ma vie ! nous disait-il.

Il se décide enfin à publier ce manuscrit. Il le prend, il le tâte, il le sent, il l’a entre ses mains osseuses. Il le donne à lire à un secrétaire, à des amis. Quel écroulement !

Personne, nul d’entre eux ne peut parvenir à le déchiffrer. L’écriture est trop fine. Xavier Aubryet seul pouvait le lire, et Aubryet est aveugle. Son œuvre chérie, qui lui a coûté tant de recherches, qui lui apportait tant d’espoirs, ce livre qu’il regardait comme un titre de gloire — il est là, inutile, illisible, perdu !… C’est du papier, rien que du papier. Personne ne le lira. Il ne paraîtra jamais.

Voilà, ou je me trompe, un supplice que la destinée pouvait du moins épargner à ce pauvre homme à qui la science ne donnait plus, depuis trois ans, que quelques jours à vivre et qui était encore là, hier, poussant des cris d’enfant malade, des appels d’agneau égorgé par la maladie, cette bouchère !

Non, rien, elle ne lui a rien épargné. Si notre vie littéraire a des martyrs, c’est bien celui-là.Et comme il souffrait de se savoir isolé, quoiqu’il ait rencontré bien des dévouements et de sûres sympathies !… Mais on se sentait comme écrasé devant ce mal qui désarmait tout effort et faisait venir aux lèvres des meilleurs les banalités des consolations qui irritent un malheureux plus qu’elles ne lui font du bien :

— Ah ! ne regrettez pas de ne point sortir ! il fait un temps épouvantable !

Ou :

— Vous devenez aveugle. Que voulez-vous, cher ami ? C’est l’âge. Moi aussi, je mets déjà des lunettes. Mais vous savez, la vraie lumière est celle de l’intelligence, et, Dieu merci, elle vous reste !

Avec quelle colère alors ce pauvre maigre corps se secouait et de quel accent d’autrefois, irrité et violent, la voix, toujours forte, disait :

— Ah ! oui, elle est amusante la lumière de l’intelligence !

Aubryet devait parfois mieux aimer les battements d’ailes et les cris de ses oiseaux, qui, du moins, dans leur cage, n’essayaient pas de le consoler.

Je l’ai revu samedi15, dans un jour qui semblait devoir être le dernier de cette lente et implacable agonie de six années. Il ne semblait pas que la maigreur du malade des mois précédents pût augmenter. Eh bien, si ! Et jamais peintre macabre, Valdes Leal16 ou Jean-Paul Laurens17, imaginant un mort couché dans son cercueil, n’eût inventé rien de plus saisissant que ce visage jauni, sculpté par le jeûne, ce front où des cheveux gris, secs et drus encore, se plantent dans la peau ridée et parcheminée du crâne, ce nez mince, effilé, ces yeux clos, comme vidés, enfoncés dans deux trous brunâtres, cette bouche quasi violette aperçue dans une barbe encore brune, aux touffes blanches, — visage plus émacié que celui de ce cadavre de Godefroy Cavaignac, que Rude a couché sur la tombe du cimetière Montmartre, admirable visage de martyr que Desboutin18 devait fixer à la pointe sèche sur sa planche de cuivre, et que n’oublieront jamais ceux qui en ont eu la funèbre vision.

Et je me souvenais, en le contemplant, en entendant des gémissements de nouveau-né sortir de ce corps mourant, des exclamations lassées : —Ah ! l’horreur ! ah ! c’est trop ! — je me souvenais de nos causeries du temps jadis, des sorties de théâtres, des boulevards arpentés ensemble, des jugements échangés, des traits d’esprit, de l’humour de ce compagnon d’autrefois, des feux d’artifices éteints et brûlés aux moineaux.

La dernière fois qu’il était sorti de chez lui, ce Parisien, c’était pour aller au Palais-Royal, voir jouer la Boule19. Il s’était fait descendre de son troisième étage dans une espèce de panier, comme Cléopâtre. Une première de Meilhac et Halévy, c’était un régal pour ce raffiné !…

Et son dernier plaisir aura été de sentir, sous ses doigts crispés, une feuille de carton qu’on étendait sur sa couverture de laine et sur laquelle il battait instinctivement une marche qui n’existe pas ! Peut-être éprouvait-il, ce lettré de la vraie race des lettrés, une jouissance physique à sentir sous sa peau qui brille de fièvre la fraîcheur satinée de ce cher papier sur lequel il avait écrit un vrai livre, les Jugements nouveaux20, des vers exquis et des essais qu’on relira tant qu’il y aura des délicats en ce monde.

C’est bien la mort d’un homme de lettres. Mais jamais soldat n’aura plus héroïquement et plus lentement vu venir — sans trembler — plus horrible mort.

« Et ne te hâte pas de me plaindre, lecteur, ajoutait ce grand railleur d’Henri Heine. Qui sait comment tu finiras, toi ? »

Aubryet, qui avait le culte des vieux parents — il a vécu entouré des portraits d’autrefois, vieilles dames en robes à manches à gigot, aïeules toujours jeunes, poudrées à la mode du siècle dernier — a écrit, un jour, un article contre les enfants pour se plaindre qu’on leur sacrifie trop les grands parents, ces autres « enfants sur la tête desquels il a neigé. »

Les aïeux et les enfants

Peut-être était-il né pour avoir des enfants et un foyer, ce contempteur de l’enfance rose qu’un cousin et une cousine assistaient fraternellement à ses derniers moments. Mais il avait raison : les mœurs changent, et au respect des vieux on a substitué l’adoration des petits :

             Ah ! que les vieux
             Sont ennuyeux !
Ne rien faire est ce qu’ils font mieux.

disait Béranger septuagénaire21. On l’a pris au mot. Tout pour les enfants ! C’est aujourd’hui la devise, et dans la rapide transformation des mœurs il y a un trait nouveau à noter, c’est la multiplication des matinées enfantines.

L’avidité de plaisir qui caractérise l’époque où nous sommes s’étend décidément jusqu’aux enfants. On s’amuse à présent de très bonne heure. Il faut bien courir avec son temps. Ce n’est pas du tout un paradoxe de déclarer que les enfants marchent et parlent maintenant plus tôt qu’autrefois. La vie est fouettée et surexcitée dès les premières heures de la vie. Ce qui est certain, c’est que les enfants s’amusent beaucoup plus tôt qu’autrefois.

Ils n’ont pas seulement des théâtres spéciaux, bâtis pour eux-mêmes et achalandés par leur clientèle ; ils vont tout droit au théâtre, à ce qu’ils appellent un vrai théâtre, et ils ne croient plus aux bonnes fées que si elles chantent comme Mlle Zulma Bouffar22 ou portent des cheveux frisés comme Mme Théo23. Ces petits deviennent difficiles. Ils sont sceptiques. Les ombres chinoises de Séraphin24 leur sembleraient ridicules ; ils ont laissé tomber le théâtre de marionnettes du passage Jouffroy ; Robert Houdin même leur parait naïf. Ils les « connaissent, » tous ces tours-là, ! Non, il leur faut la réalité même du théâtre et de la vie de Paris, le fauteuil et l’avant-scène, la lorgnette, le programme et les éventails des grandes personnes.

L’Hippodrome a donné, dimanche, pour la première fois, une matinée enfantine, une kermesse. De la musique sur une estrade, des jeux de hasard sur la piste, un escamoteur sur un théâtre improvisé, et, dans un coin, le Guignol classique rossant le commissaire et rossé par le diable. C’était coquet, aimable, élégant, cette promenade des parents tenant par la main des bébés vêtus de velours, parés de dentelles, ornés de panaches. Ces trottinements de petits êtres ont la gaieté vive d’un pépiement de poussins courant de tous côtés. Mais j’ai constaté un fait significatif. Signe des temps, comme dirait un élève de Jérémie. Les enfants abandonnaient volontiers la baraque où s’agitait le Guignol de bois pour courir aux écuries où, dans leurs boxes, hennissaient les chevaux de l’Hippodrome sous leur couverture de laine à carreaux.

Oui, vraiment, les enfants laissaient se morfondre Polichinelle, Polichinelle, dont le timbre narquois, la pratique nasillarde, faisaient autrefois courir la foule des petits comme la musique de régiment fit courir les grands — autres enfants ! Ils plantaient là l’éternel Polichinelle pour aller épeler, sur les cartouches, les noms des juments de l’écurie, Aïda ou Étincelle, et parler de leur performance !

Et quel plaisant petit, épisode que cette visite aux boxes, le père et la mère guidant l’enfant à travers ce monde de curieux, ces palefreniers à la livrée grise, à qui de jeunes femmes, vêtues de toilettes bizarres, petites, avec des plumets de tambour-major sur de trop grands chapeaux Rembrandt, parlaient anglais en passant, ou tiraient amicalement les oreilles en disant : Good morning, Dick ! Des écuyères, des creveuses de cerceaux venues, en visite, aux Matinées de leur Hippodrome et allant tout droit, avec la nostalgie du cheval, vers l’écurie où leurs mains nerveuses tapotent la croupe de leur coursier de l’été dernier, la bonne bête qui les reconnaît, tourne à demi vers elles un œil bon, très doux, et les regarde…

Cette promiscuité singulière de femmes du monde et d’écuyères, dans une même écurie, l’enfant entraînant les parents vers les stalles, étincelantes comme des bijoux, a même, l’autre jour, donné lieu à des rencontres inattendues. Plus d’un mondain semblait mal à l’aise en se heurtant à ces écuyères et plus d’une d’entre celles-ci paraissait irritée de la façon un peu hautaine ou embarrassée dont on les avait évitées.

Bob, le petit Bob précoce et inquiétant de la Vie parisienne, l’enfant terrible de Gavarni devenu l’enfant gâté de Marcelin, n’aurait point manqué de dire à son père :

— Elle sait donc ton nom cette dame qui a touché ton coude et qui a dit comme ça quand tu as passé : « Il la fait à la pose, Alfred, à cause de sa progéniture, papa ! » Tu as donc une progéniture, papa ?

J’imagine la grimace de la mère si ce diable de Bob s’exprime ainsi devant sa maman.

Les Matinées enfantines

Eh bien, c’est cet enfant parisien, effrayant dans ses questions, pénétrant et trop tôt aiguisé, qu’il est urieux de suivre au théâtre, dans ces Matinées de féeries que donne, par exemple, la Porte-Saisit-Martin. Quel joli tableau, ce grand théâtre doré, aux tons chauds de velours rouge, changé soudain en amusante nursery ! Des blondines appuyées, toutes roses, sur le rebord grenat des avant-scènes ! Des blondins aux fauteuils d’orchestre roulant, dans leurs petites mains, la jumelle paternelle. Des têtes rondes, aux cheveux ras, que la lumière du lustre fait reluire comme une boule de soie, ou de grandes chevelures d’or ! Des cascades de cheveux noirs, tombant le long de petits visages troués de grands yeux curieux, piqués de lèvres d’une rougeur de cerise. Et les coquetteries des costumes ! les grands cols de guipure vieille ! les manchettes de point de Venise ! les satins bleus ! les rubans roses ! le frou-frou de la soie, plus séduisant encore sur le petit corps grêle de la fillette qu’autour du corsage de la femme ! Et tout ce petit monde regarde, écarquillant les yeux, la prunelle enfiévrée attachée sur ce grand rideau pourpre qui se lève si tard et se baisse si tôt ! Parfois, à travers la porte ouverte d’une loge, un grand rayon de soleil venu du dehors traverse brusquement, comme d’une raie de lumière électrique, la grande salle bondée d’enfants où les petites filles, fraîches comme des pommes d’api, ont remplacé des filles pâles dans les avant-scènes étonnées. C’est la gaieté d’une belle journée d’hiver entrant hardiment dans cette vaste boîte dorée : le théâtre. Il ferait si bon, avec un temps pareil, courir, là-bas, sous les arbres défeuillés des Tuileries ! Ah ! bien oui ! Les enfants regrettent bien le grand jardin et le grand air ! Ils sont au théâtre. Ils ont devant eux non des poupées, mais des actrices, non des pantins, mais des comédiens. Ils se sentent comme grandis, émancipés. Ils sont des hommes ! Et, chose curieuse, ce ne sont pas les séductions enfantines qui les séduisent dans cette féerie de l’Arbre de Noël, ce ne sont ni les jouets, ni les Arlequins, ni les moutons frisés, ni les jolis soldats de bois inventés par Grévin, ni les lapins battant du tambour, ni les joujoux frétillant autour du sapin vert ; ce sont les jouets vivants des grandes personnes. Ce qui amuse les petits, c’est la féerie elle-même, les drôleries et les chansons. Le ballet de joujoux imaginé pour les charmer leur semble une longueur. Les feux d’artifice, les chansons et les sourires des actrices, voilà ce qui leur plait !

— Pourquoi, disent-ils, ces soldats ont-ils des ailes au dos ? les soldats n’ont pas d’ailes !

Les critiques les plus incontestablement logiques et ceux qui savent le mieux voir toutes choses, ce sont les enfants. Rien ne leur échappe, et quels feuilletons parlés ils font au foyer pendant les entr’actes, attablés autour des petites tables rondes, ou donnant l’assaut au buffet et faisant le siège des sucres d’orge et des berlingots ! Il serait à peindre, ce foyer tout peuplé de gamins et de gamines endimanchés, trempant leurs petites bouches dans l’opale d’un orgeat ou l’améthyste d’un sirop de groseille. La lumière du dehors salue gaiement, par les grandes baies vitrées, ces groupes de consommateurs aux joues fraîches, et le soleil d’hiver vient caresser ce velouté de fruits vivants, ces fronts blancs, ces yeux clairs comme claire fontaine, et, en attendant les soupers futurs des sorties de théâtre à venir, ces Parisiens de demain arrosent de sirop de gomme25 un baba ou un biscuit, et ces élégantes de 1895 se barbouillent du chocolat de leur éclair, tandis que, du dehors, monte le brouhaha des chars, le sourd murmure des promeneurs, le tapage des chevaux, des cochers et des fiacres…

On irait revoir vraiment l’Arbre de Noël pour voir le spectacle de ce petit monde en gaieté.

Une soirée japonaise chez Madame Adam

Les Matinées sont pour les petits enfants et les soirées pour les grands, dont je parlais tout à l’heure. En attendant les bals costumés, qui seront très nombreux, paraît-il, cette année, car on tient à se distraire, nous avons eu hier, chez Mme Edmond Adam, une soirée japonaise. Après les Hébreux de M. Deroulède, les Japonais de MM. Bérardi et Régamey26. Il s’agissait d’une conférence, d’un voyage conté à la fois par la plume et le fusain. M. Bérardi parlait, M. Régamey dessinait, et rien n’était plus attirant que ce voyage à travers le Japon avec arrêt spécial devant cette curiosité : le Théâtre au Japon.

J’ignore s’il y avait dans le salon de Mme Adam beaucoup de Japonais. Parmi tous ces habits noirs masculins et ces toilettes féminines, un seul costume — et c’était celui d’un Chinois. Mais tous les japonistes et japonisants, tous les amoureux des écrans fantastiques, tous les adorateurs des dieux pansus et hydrocéphales, tous les fanatiques des petits netzkés27 d’ivoire et des gardes de sabre, des porcelaines crémeuses de Satsuma28 et des vieux bronzes niellés d’argent, étaient accourus avec ferveur, car c’est une religion que le japonisme. Paris a ses bouddhistes artistiques, agenouillés devant les bibelots de Yokohama.

M. Gaston Bérardi, qui aurait dû depuis longtemps écrire son voyage autour du monde et qui n’en a donné, çà et là, que des fragments, entre autres le récit d’une exécution de vingt-six Chinois, conté avec la netteté acérée d’un Mérimée, a parlé, hier, avec beaucoup de charme, dans le brouhaha joyeux d’une réception nombreuse. C’est un Japoniste, lui aussi, mais le Japon, qu’il aime beaucoup, n’est qu’un coin dans ses souvenirs. Il nous montrait naguère le sabre, encore taché de sang et orné de cheveux, qui a servi à couper sous ses yeux vingt-six tètes.

— Et qu’avaient fait, lui demandions-nous, ces vingt-six Chinois ?

— Je n’en sais rien. Peu de chose peut-être. Seulement, il fallait faire de la place dans la prison !

Quand, on a assisté à de pareilles scènes et qu’on a le talent de les raconter, on est certain de signer livre qui dure. Le Japon n’a pas la sauvagerie de cette Chine, et il a tout le charme d’une Attique d’Asie. Nous les avons, hier, vu naître sous les doigts de M. Régamey, ces petites mousmées japonaises, douces, la peau laiteuse, et qui, semble-t-il, passent leur vie lentement accroupies, chantant ou versant le thé.

Il y a chez Régamey une précision graphique, une originalité toute spéciale, qui font de cet ouvrage un document venu tout droit du pays et exécuté dans la manière même des japonistes du Japon.

On s’est fort amusé, hier, à voir le peintre profiler ces tètes d’un charme enfantin des blanches fillettes de Tokio, et l’on s’est fort instruit — toujours en s’amusant — à écouter la causerie élégante, sans apprêt et très délicatement parisienne dans l’intimité de sa science asiatique, de M. Gaston Bérardi.

Le Japon au faubourg Poissonnière ! Ce n’était plus, comme disait Musset, le spectacle, mais c’était le voyage dans un fauteuil.

Jules Claretie

Notes

1      Vraisemblablement Léon de Baudry d’Asson (1836-1915), député de Vendée (royaliste), de 1876 à 1914.

2      Nestor Roqueplan (1805-1870), journaliste et écrivain, a surtout laissé des souvenirs en tant que directeur de théâtres et de l’opéra de Paris au milieu du siècle. Nestor Roqueplan était adepte du principe bien connu consistant à privatiser les profits et nationaliser les pertes. Sa fortune s’est donc accrue en même temps que la faillite de l’opéra, au secours duquel l’état a dû intervenir.

3      Cette parisine a déjà été évoquée dans plusieurs textes de Jules Claretie, dont « Un livre parisien inédit » et en note 70 de la Biographie de Jules Claretie, par Georges Grappe.

4      Jeanne Samary (1857-1890), mourra à 43 ans. Issue d’une famille d’artistes, Jeanne Samary est entrée à la Comédie-Française à 17 ans avec un premier prix de comédie. Jeanne Samary a épousé le 9 novembre dernier, à l’église de la Trinité Paul Lagarde (1851-1903 — qui lui survivra peu). Voir Le Temps du neuf novembre page trois, bas de la dernière colonne « Spectacles et concerts », Le Gaulois du dix novembre, colonne deux de une, et Le Siècle du quinze, première colonne de la page trois.

Jeanne Samary à 19 ans, par Auguste Renoir en 1876

5      Allusion possible aux nombreux ajournements du mariage de Jeanne Samary.

6      Jeanne Samary a fait ses débuts à la Comédie-Française en interprétant le rôle de Dorine du Tartuffe.

7      Louise Michel (1830-1905), institutrice et révolutionnaire, personnage majeure de la Commune. Arrêtée, Louise Michel a revendiqué son action puis a été déportée en Nouvelle Calédonie. Pour son retour, voir la presse à partir du cinq novembre. Le navire John Elder a accosté à Londres et Louise Michel est arrivée à Paris Gare Saint-Lazare où « deux à trois mille personnes l’attendaient sur les deux trottoirs de la rue d’Amsterdam » (Le Temps du huit novembre, « Dernières nouvelles », page quatre).

Le Figaro du dix novembre 1880 page cinq

8      Théophile Ferré (1846, fusillé en novembre 1871).

9      Voir les ouvrages de la militante féministe Xavière Gauthier et notamment la correspondance générale de Louise Michel parue sous le titre Je vous écris de ma nuit paru en 1999 aux Éditions de Paris.

10    L’Angély a été le fou des rois Louis XIII et Louis XIV.

11    Philippe de Dangeau (1638-1720), surtout connu de nos jours pour son journal de la Cour, tenu quotidiennement mais jamais publié intégralement avant 1854, enrichi d’additions par Saint-Simon chez Firmin Didot en 1854.

12    Le journaliste et romancier Xavier Aubryet (1827-1880), vient de mourir la veille de la parution de cet article du Temps.

Xavier Aubryet, extrait du « Panthéon Nadar », représentation de 249 personnages en une lithographie du milieu du siècle (71*95 cm.) conservée à la Maison de Victor Hugo à Hauteville House

13    Xavier Aubryet souffrait d’une maladie de la moelle épinière. Dans son numéro d’aujourd’hui seize novembre Le Figaro dresse une riche nécrologie (près de deux colonnes) en pages une et deux.

Le Figaro du seize novembre, dernière colonne de une

14    On peut comprendre que Xavier Aubryet ait été intéressé par cet ouvrage édité par Desessart en 1844 puis par Michel Lévy en 1853. Ces grotesques sont dix auteurs. La préface indique : « Nous avons modelé une dizaine de médaillons littéraires, plus ou moins grotesques ; la mine est loin d’être épuisée, nous aurions pu augmenter aisément cette galerie, et suspendre d’autres portraits à côté de ceux déjà tracés. » Le dernier de ces auteurs, le malheureux Paul Scarron ayant eu une fin de vie comparable à celle de Xavier Aubryet. Puisque nous sommes dans les comparaisons, pensons aussi au malheureux Adolphe van Bever.

15    Nous sommes le mardi seize novembre.

16    Juan de Valdés Leal (Juan de Nisa, 1622-1690), peintre baroque espagnol.

17    Jean-Paul Laurens (1838-1921), peintre, graveur et sculpteur.

Jean-Paul Laurens : La Mort de Caton d’Utique (Musée des Augustins, Toulouse)

18    Marcellin Desboutin (1823-1902), peintre et graveur.

19    La Boule, comédie en quatre actes de Ludovic Halévy et Henri Meilhac, théâtre du Palais-Royal, 24 novembre 1874. Le texte de la pièce est paru chez Calmann Lévy (154 pages).

20    Xavier Aubryet, Les Jugements nouveaux « philosophie de quelques œuvres » Librairie Nouvelle 1860, Offert à Jules Barbet d’Aurevilly en une préface révérencieuse, 354 pages. Les « quelque œuvres » en question sont celles de 17 auteurs, dont plusieurs musiciens.

21    Le chansonnier Pierre-Jean de Béranger (1780-1857), n’est demeuré septuagénaire que sept années, ce qui était déjà bien à l’époque. C’est arrivant à cet âge qu’il a écrit cette chanson, sur une musique de Philibert Crétôt.

22    Zulma Bouffar (1843-1909), d’abord chanteuse de caf’conc’, a été, à vingt ans, maîtresse de Jacques Offenbach de 24 ans son aîné, qui lui a écrit de nombreux rôles.

23    Louise Théo (Anne-Louise Picolo, 1850-1922), artiste lyrique.

24    Dominique Séraphin (1747-1800) initiateur français des ombres chinoises.

25    De la gomme arabique.

26    Le 14 novembre avait eu lieu, chez Madame Adam (que l’on ne présente plus ici), une soirée autour du théâtre japonais animée par le journaliste Gaston Bérardi et le peintre Félix Régamey. Gaston Bérardi (1849-1926), directeur de l’influent quotidien L’Indépendance belge. Félix Régamey (1844-1907), peintre et illustrateur, a entrepris plusieurs voyages en Orient en compagnie d’Émile Guimet, fondateur du musée Guimet (note 31).

27    Netzké : « Petit bouton, fermoir consistant en une figurine sculptée en ivoire, en métal, en porcelaine ou en bois, servant à suspendre à la ceinture différents objets, notamment la boîte à médicament » (TLFi). La graphie Netsuke est aussi utilisée.

28    Satsuma est une ancienne province de l’extrême sud du Japon.

29    Le paragraphe en violet est absent de l’édition Havard en volume.

30    Taxile Delord (1815-1877), journaliste. Histoire du second Empire (1848-1869), six tomes parus chez Germer Baillière à partir de 1869 (avant-même la fin du second empire) jusqu’en 1875. Taxile Delord a aussi été député du Vaucluse (gauche) au tout début de la République.

31    Émile Guimet (1836-1918), industriel et collectionneur, fondateur du musée des Religions devenu plus tard le musée national des Arts asiatiques, ou musée Guimet.

32    Émile Guimet, Promenades japonaises, « dont six aquarelles reproduites en couleurs par Félix Régamey », Charpentier 1878, 212 pages.

33    Émile Guimet, Promenades japonaises, Tokio-Nikko, Charpentier 1880, 288 pages. La graphie Tokio de l’époque, parfois encore utilisée de nos jours, a été conservée.