Inauguration du buste d’Offenbach

Chronique parue en moins d’une colonne du Temps du vingt novembre 1880. Temps de lecture : treize minutes.

Cette page présente une particularité, rare chez claretie.fr comme chez leautaud.com mais pas très surprenante : le volume de notes est très supérieur au volume du texte, à savoir 1 161 mots de texte (hors ce paragraphe) pour 2 884 mots de notes, soit près de deux fois et demi. La raison en est simple, Jules Claretie décrit une matinée de gala avec de nombreux artistes ayant donné de nombreux extraits d’œuvres.

Voilà une de ces antithèses de la vie parisienne dont je parlais l’autre jour1. Hier matin, on s’était rencontré, à Notre-Dame-de-Lorette, autour du cercueil d’Aubryet2 ; trois heures après, on se retrouvait à l’inauguration du buste d’Offenbach aux Variétés3, où le Figaro invitait les amis du maître4-5.

À dix heures, plus d’une actrice qui avait aimé le paradoxal esprit de Xavier Aubryet était agenouillée sur une chaise, à gauche dans le chœur, auprès du catafalque où les cierges brûlaient le long des draperies noires : toilette de deuil. À une heure et demie, ces mêmes charmantes comédiennes du tout Paris arrivaient au balcon des Variétés ou dans les loges en robes claires, touffes de roses au corsage, capotes de dentelle tressée d’or et manchons de satin avec nœuds de rubans : — toilette de fête.

D’ordinaire rien n’est plus insupportable que ces représentations coupées où l’on n’entend les opéras que par fragments, où les morceaux se succèdent avec la régularité d’un concours du Conservatoire ou l’irrégularité d’un concert où les chanteurs se font souvent attendre. Cette fois, tout a marché à souhait, et nous avons assisté au plus curieux des défilés, à une sorte de revue du répertoire d’Offenbach qui nous a donné du rare et fin talent du maëstro une idée exquise. Depuis le Violoneux6 jusqu’à Belle Lurette7 on avait glané dans ce vaste champ où les fleurettes ne manquaient pas. Nous avons réentendu l’évohé d’Orphée aux enfers8 et la romance de Fortunio9, les duos de la Vie Parisienne et la marche tzigane au Docteur Ox10, les couplets du Violoneux et le brindisi des Bavards11, et tous ces airs, si variés en dépit de la manière toute personnelle du musicien, ont été écoutés avec une attention charmée.

Eh ! quoi, nous retrouvions tous, dans ces chansons d’autrefois, quelque chose de notre jeunesse, des souvenirs de ces années, de gaieté qui s’envolent plus vite encore que les fredons des chansonniers et, tandis que le pot-pourri, l’Offenbachiana, de l’orchestre passait d’un air d’Offenbach à un autre, nous revoyions la petite salle des Bouffes, aux Champs-Elysées12, où Pradeau jouait, avec Berthelier, les Deux Aveugles, et la salle déjà plus grande et coquette du passage Choiseul13 où Lise Tautin14 fut la première Eurydice, et les premières des Variétés, et les soirées de la Gaîté15 avec l’opérette agrandie et revêtue par Offenbach de toute la pourpre du grand opéra ! C’est tout un chapitre de l’histoire de notre théâtre.

Il a manqué au programme bien des chansons célèbres, celles du Pont des Soupirs16 et des Bergers17, et j’eusse voulu revoir Berthelier et Pradeau rejouant, après trente ans, les Deux Aveugles, où Albert Glatigny18 figurait le passant qui traverse la scène en donnant un sou. Mais on ne pouvait pas faire tenir plus de cent pièces dans une après-midi et ce qu’on nous a fait entendre a été fort goûté.

Léonce19 est venu dans le costume, digne de Daumier, du pasteur Aristée, moduler isolément sa bergerade20 ; puis, crânement drapée dans la cape espagnole et saluant du feutre retroussé, Mme Ugalde21 a chanté l’air à boire des Bavards22. Brasseur23 et Mme Zulma Bouffar24, qui a chanté avec une verve entraînante, ont enlevé avec une verve infinie le duo de la Vie parisienne25. Mme Théo et Daubray26 ont joué une scène de Pomme d’Api27. On n’est pas plus jolie que ce petit saxe de Mme Théo, blonde comme un épi dans sa robe couleur du ciel ; mais on n’a pas moins de voix. La ronde de Colette28, par Mlle Jane Hading29, l’Évohé d’Orphée, lancé par Mme Peschard30, la tyrolienne de Madame Favart31, par M. et Mme Max Simon32, et la Chanson de Vendredi33, extrêmement bien dite par Mme Galli-Marié34, ont beaucoup plu.

Mais la curiosité, l’attrait, la nouveauté, c’était, avec la barcarolle inédite des Contes d’Hoffmann version en trois actes35-36, d’une grâce tout à fait rêveuse ; la représentation du Violoneux, joué par Capoul37 en ténorino comique, en conscrit, et par Maurel38, représentant le père Mathieu39, Maurel jouant les Darcier40. Ils ont été fort applaudis et fort amusants. Maurel a lancé le Lon lon la du Violoneux41 avec une verve magnifique, et Mlle Jeanne Granier42, sous le corsage et la jupe des fillettes bretonnes, a été spirituellement amusante et fine, comme de coutume.

On attendait Mlle Schneider43. Si une chanteuse devait se faire entendre en l’honneur d’Offenbach, c’est bien celle qui doit tant à l’auteur de la Grande Duchesse44. Mlle Schneider n’a rien chanté. Elle est venue au dernier moment, costumée en Belle Hélène, apporter une couronne au buste d’Offenbach. En revanche, Dupuis45 et Mme Judic46 ont joliment payé leur dette au maestro, Ils ont, l’un et l’autre, Dupuis dans Lischen47, et Mme Judic dans Madame l’Archiduc48, et sous la perruque noire de la Salomé, chanté admirablement, avec le plus vif succès puis est venue Mlle Marie Vanzandt49, blonde, mince, frêle, longue comme un personnage de Duplessis-Bertaux50, dans son costume de soie couleur noisette, faisant songer à quelque vignette du dix-huitième siècle, et qui a modulé, avec une voix d’une pureté d’argent, la Chanson de Fortunio51:

Si vous croyez que je vais dire…

Musset n’a pas rêvé un Fortunio plus poétique, et la pauvre Marie Pfotzer52 qui chantait cela avec sa voix pleine d’au-delà, d’une poésie déjà morbide et comme une morte soupirerait, n’a pas mieux incarné le petit clerc jetant son soupir d’amour sans nommer celle qu’il aime. Voilà Mlle Vanzandt tout à fait célèbre.

Delaunay53, pour qui, jadis, avait été faite la musique de cette chanson du temps qu’Offenbach était chef d’orchestre à la Comédie-Française a récité devant le buste sculpté par M. Franceschi des stances écrites par Henri Meilhac54.

Le buste d’Offenbach, très vivant, avec son pince-nez légendaire, l’enveloppement de ce paletot de fourrure qu’avait le musicien lorsqu’il faisait répéter ses opérettes sur cette scène même, était posé sur un socle entouré de fleurs. Tous les personnages de ses œuvres l’entouraient en costumes tels que Detaille55 les avait groupés dans un dessin-programme qui est un chef-d’œuvre et qu’on distribuait comme programme. M. Delaunay seul portait l’habit noir. Dupuis avait réendossé l’uniforme du fusilier Fritz, M. Luco56 brandissait la canne du tambour-major Monthabor. Après les stances, Mlle Schneider a déposé, la première, une couronne de violettes devant le plâtre de M. Franceschi, puis les couronnes ont succédé aux couronnes, tandis que les tambours de l’orchestre faisaient entendre un roulement funèbre et que Fritz présentait les armes. On eût pu le supprimer, ce lugubre roulement qui résonnait là comme la dernière pelletée de terre jetée sur un cercueil.

Mieux eût valu la marche entraînante d’Orphée ou le galop affolé de Geneviève de Brabant57, et Offenbach n’eût point manqué de terminer une telle apothéose par l’allégro éperdu d’un gai baisser de rideau.

Quoi qu’il en soit, le fameux tout Paris des premières, accouru à cette cérémonie purement parisienne, ne reverra pas de longtemps une première ou une dernière comme celle-là.

Notes

1      Au deuxième paragraphe de La Vie à Paris réservée à Xavier Aubryet, justement : « On a reproché à Victor Hugo d’abuser de l’antithèse : rien n’est plus antithétique que la vie parisienne et que la vie humaine, pour être exact. »

2      Le journaliste et romancier Xavier Aubryet, mort le quinze novembre dernier, a été le sujet principal de La Vie à Paris précédente.

3      Le théâtre des Variétés du sept boulevard Montmartre, théâtre de référence des créations de Jacques Offenbach, avec, évidemment, le théâtre des Bouffes Parisiens et celui du Palais-Royal. On peut aussi observer que l’on peut se rendre à pied de Notre-Dame de Lorette au théâtre des Variétés en une dizaine de minutes.

4     

Édouard Noël et Edmond Stoullig, Les Annales du théâtre et de la musique de l’année 1880, page 427. Dans cet article les auteurs offrent aussi leur description de la soirée ». Voir aussi Le Figaro du huit octobre, page une : « Un hommage à Offenbach »

5      Cette statue, provisoirement en plâtre, par Jules Franceschi (1825-1893) a fini par orner, en bronze, le monument à Jacques Offenbach dressé par Charles Garnier sur la tombe du cimetière de Montmartre.

6      Le Violoneux, légende bretonne en un acte d’Eugène Mestépès et Émile Chevalet sur une musique de Jacques Offenbach créée à l’été 1855.

7      Jacques Offenbach est mort le mois dernier avant d’avoir pu terminer sa Belle Lurette qui a été achevée par Léo Delibes, qui assurera la direction de l’orchestre lors des représentations. Cet opéra-comique a été créé il y a trois jours au théâtre de La Renaissance, dirigé  par Victor Koning depuis le premier juillet suite à la mort de Montigny. Victor Koning est en même temps directeur du théâtre du Gymnase. On peut noter que cette œuvrette a été donnée au début de l’année 2026 au théâtre du Gymnase. On peut trouver un chapitre sur Victor Koning dans la page « La Jeune grecque ».

8      Dans l’antiquité grecque, Évohé était le cri poussé par les Bacchants et les Bacchantes pour invoquer Dionysos. Jules Claretie précise « l’évohé d’Orphée aux enfers » alors qu’un thème proche se trouve aussi dans La Belle Hélène (acte I, scène VII) Dans Orphée aux enfers ce thème apparaît au début de l’acte IV et dernier, dans L’Hymne à Bacchus.

Alain Pâris, Livrets d’opéra, Robert Laffont, collection Bouquins 1991 (premier tome, page 975)

9      Cette romance a été composée par Jacques Offenbach à l’occasion de la reprise du Chandelier, drame en trois actes d’Alfred de Musset, à la Comédie-Française à l’été 1850. Jacques Offenbach était alors chef d’orchestre de la Comédie-Française à une époque où quasiment toutes les pièces de théâtre étaient accompagnées de leur musique de scène.

10    Le Docteur Ox, opéra bouffe en trois actes d’Arnold Mortier et Philippe Gille sur une musique de Jacques Offenbach, d’après une nouvelle de Jules Verne, créé au théâtre des Variétés en janvier 1877.

11    Les Bavards, opéra bouffe en deux actes de Charles Nuitter d’après Cervantès sur une musique de Jacques Offenbach créé en février 1863 au Théâtre des Bouffes Parisiens. Le brindisi en question — ici une valse — est une chanson à boire. Ce mot, provenant de l’allemand bring dirs aurait dérivé en brindezingue.

12    Cette première salle des Bouffes Parisiens, à l’emplacement de l’actuel théâtre Marigny avait ouvert à l’été 1855 à l’initiative de Jacques Offenbach, avant la salle de la rue Monsigny, plus confortable l’hiver. La « bouffonnerie musicale » Les deux aveugles, dont il est question dans cette même phrase, a inauguré ces Bouffes d’été.

Berthelier et Pradeau, dans les rôles de Patachon et Giraffier à la création des Deux aveugles (dessin de Draner).

13    Le passage Choiseul est parallèle à la rue Monsigny. Le théâtre ayant son entrée rue Monsigny et sa sortie passage Choiseul. Dans l’axe de la rue Monsigny vers le sud, la salle Ventadour.

14    Lise Tautin (1834-1874), soprano, morte de la variole à quarante ans, connut le succès dans le rôle d’Eurydice d’Orphée aux enfers au théâtre des Bouffes Parisiens en 1858.

15    Il s’agit encore de la salle du boulevard du Temple, fermée à l’été 1862 en vue des travaux d’Haussmann, avant son installation rue Papin, face au square ses Arts et métiers.

16    Le Pont des soupirs, opéra bouffe en deux actes d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy sur une musique de Jacques Offenbach, créé aux Bouffes Parisiens en mars 1861. Cinq ans plus tard, une version en quatre actes a été donnée au Théâtre des Variétés.

17    Les Bergers, opéra-comique d’Hector Crémieux et Philippe Gille sur une musique de Jacques Offenbach créé en décembre 1865 aux Bouffes Parisiens. Lire, dans Le Figaro du trois décembre1865, pages quatre et cinq, une lettre à ce propos, de Jacques Offenbach à Hippolyte de Villemessant, directeur du Figaro.

18    Albert Glatigny (1839-1873), poète et homme de théâtre. En 1875, Jules Claretie a publié une bio-bibliographie d’Albert Glatigny.

19    Léonce (Édouard-Théodore Nicole, 1820-1900), comédien et chanteur, engagé en 1856 par Jacques Offenbach au théâtre des Bouffes Parisiens.

20    Dans Orphée aux enfers, la « Chanson d’Aristée » intervient acte I, scène IV : « Moi, je suis Aristée, un berger d’Arcadie, / Un fabricant de miel, ivre de mélodie, / Sachant se contenter des plaisirs innocents / Que les dieux ont permis â l’habitant des champs. »

21    Delphine Ugalde (1828-1910), soprano lyrique issue d’une lignée de chanteurs ou musiciens, deux fois directrice du théâtre des Bouffes Parisiens. Delphine Ugalde a aussi composé plusieurs mélodies et deux opéras-comiques, donc, curiosité, Seule, opéra-comique sur un livret de Francis Tourte, en un acte et pour un seul personnage, chanté en 1873.

22    Acte II, scène V, air de Roland (contralto) : « C’est l’Espagne qui nous donne / Le bon vin, les belles fleurs ; / C’est pour elle que rayonne / Un soleil plus chaud qu’ailleurs. » Pour Les Bavards, note 11.

23    Georges Brasseur (1879-1906), ancêtre de cette longue lignée de comédiens que nous connaissons encore aujourd’hui.

24    Zulma Bouffar (1843-1909) comédienne et chanteuse qui hélas, ressemblait à son nom. Elle fut néanmoins, à vingt ans, la maîtresse de Jacques Offenbach, de 24 ans son aîné. Ils auront deux enfants ensemble.

25    Dans La Vie parisienne, deux duos fameux peuvent correspondre. Le premier est au début de l’acte II, entre Frick et Gabrielle : « Entrez ! entrez, jeune fille à l’œil bleu, / Chez l’homme adoré des cocottes, »… L’autre duo est celui de l’acte IV : « Hier à midi la gantière / Vit arriver un Brésilien. »

Alain Pâris, Livrets d’opéra, op. cit. page 1057

26    Daubray (René Thibault, 1837-1892), comédien populaire, rondouillard et jovial, devait, sur la scène des Variétés ou du Palais-Royal, être un partenaire idéal de Madame Théo.

27    Pomme d’api, opérette en un acte de Ludovic Halévy et William Busnach sur une musique de Jacques Offenbach créée à la rentrée 1873 au Théâtre de la Renaissance pour la chanteuse Louise Théo.

28    Cette ronde de Belle Lurette (note sept) intervient au cours de l’acte II (scène X) : « Colett’ sur le lavoir / S’en alla danser un beau soir, / Son pèr’, dont elle était la fille, / Alla chercher toute la famille : — Faut accourir et vous presser ! / Ma fill’ vient d’ s’en aller danser ! »

29    Jane Hading (Jeanne Tréfouret, 1859-1941), épousera dans quatre ans Victor Koning, directeur du théâtre du Gymnase.

30    Madame Péchard, morte en 1888 est née Marie Blanche Renouleau.

Madame Péchard par Valérien Ostroga, photographe à Menton et à Trouville (musée Carnavalet)

31    Madame Favart, opéra-comique en trois actes d’Alfred Duru et Henri Chivot sur une musique de Jacques Offenbach, créé aux Folies-Dramatiques fin décembre 1878. La Favart en question est Marie Duronceray (1727-1772) danseuse, artiste lyrique et auteur dramatique ayant épousé en 1745 l’auteur dramatique Charles-Simon Favart (1710-1792), qui a donné son nom à notre salle de spectacle de la place Boieldieu. Cette tyrolienne se rencontre à l’acte III, scène V : « Tyroliens de naissance, / Tout le jour nous chantons ; / Gagnant notre existence, / Du mieux que nous pouvons. »

32    Max-Simon (1847-1923) comédien et ténor, a épousé en 1877 la soprano Julie Girard (1859-1959), qui a alors chanté sous le nom de Juliette Simon-Girard.

33    Cette chanson de Vendredi provient de Robinson Crusoé, opéra-comique en trois actes d’Eugène Cormon et Hector Crémieux sur une musique de Jacques Offenbach créé en novembre 1867 à l’Opéra-Comique. Nous sommes au début de l’acte II (scène II) : « Tamoyo, mon frère, / Tu frappes l’écho / De ton chant de guerre… / Le mien est plus beau ! »

34    Célestine Galli-Marié (1837-1905), fille d’un ténor, a créé plusieurs rôles pour Jacques Offenbach dont celui de Vendredi de Robinson Crusoé (écrit pour sa voix de mezzo-soprano). Célestine Galli-Marié est aussi connue pour avoir créé les rôles-titres de Mignon (Thomas) et Carmen, sur une musique de Georges Bizet, dont elle était la maîtresse.

35    Il existe en effet deux versions pour Les Contes d’Hoffmann, en cinq ou trois actes. Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, dont le nom est plus communément orthographié E.T.A. Hoffmann (1776-1822) est surtout connu pour ses contes romantiques, dont Casse-Noisette et le Roi des souris, qui a inspiré le ballet de P.I. Tchaïkovski de 1892. De ces contes, Jules Barbier  et Michel Carré ont adapté le drame fantastique Les Contes d’Hoffmann, créé à l’Odéon en 1851. Jules Claretie évoque une « barcarolle inédite » C’est en fait toute la pièce qui est inédite et qui sera créée dans trois mois, le dix février, à l’Opéra-comique. Il n’est pas impossible au demeurant qu’à l’occasion de tel ou tel spectacle, quelques airs de concerts aient pu être donnés çà et là.

36    Cette barcarolle « Récits et couplets bacchiques », dont l’air est connu de tous, est un duo pour soprano et mezzo qui ouvre l’acte III des Contes d’Hoffmann (dans la version en trois actes). Les paroles peuvent passer sous la musique si on ne les écoute pas mais sont d’une totale vacuité : « Belle nuit, ô nuit d’amour, / Souris à nos ivresses. / Nuit plus douce que le jour, / Ô belle nuit d’amour // Le temps fuit et sans retour emporte nos tendresses ! »… Ça dure comme ça un bon moment.

37    Victor Capoul (1839-1924), ténor particulièrement apprécié de ces dames. Sa coiffure particulière lança la mode des la « coiffure à la Capoul ».

Victor Capoul par Gill (fragment) en couverture du numéro douze des Hommes d’aujourd’hui (29 novembre 1878)

38    Victor Maurel (1848-1923), baryton mondain et voyageur.

39    L’intrigue de cette opérette à trois personnages est simple : Pierre, un jeune savetier ne veut pas faire son service militaire. Il lui faut de l’argent pour trouver un remplaçant. Reinette, sa fiancée va demander l’argent à son oncle, le père Mathieu, violoneux du village, qui n’en a pas davantage mais part en chercher et confie son violon à sa nièce, Reinette. Pierre croit que ce violon est maudit et porte malheur. Lorsqu’il voit le violon dans les mains de Reinette, il le jette au sol et le détruit. Une lettre était cachée dans le violon, c’est un acte de propriété en faveur de Pierre qui reçoit ainsi le château du village.

40    Joseph Darcier (1819-1883), baryton et compositeur et créateur du rôle du Père Mathieu dans Le Violoneux.

41    Ce Lon lon la est une ronde, que l’on rencontre au cours de la scène III de l’acte I : « Le violoneux du village / C’est encor moi, mes enfants, / De vous voir tous au bel âge / Je rajeunis de vingt ans. / Vous êtes toujours ingambes, / Livrez-vous donc au plaisir (bis). // Eh lon lon la, Dieu vous donna des jambes. / Eh lon lon la, c’est pour vous en servir… »

42    Jeanne Granier (1853-1939), soprano. Certaines encyclopédies la déclarent créatrice du rôle de Belle lurette, ce qui n’est pas certain.

43    Hortense Schneider (1833-1920), créatrices de plusieurs rôles d’opérettes de Jacques Offenbach.

44    La Grande-duchesse de Gérolstein, opéra bouffe en trois actes d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy sur une musique de Jacques Offenbach créé au théâtre des Variétés au printemps1867 avec Hortense Schneider dans le rôle de la Grande duchesse.

45    José Dupuis (1833-1900), ténor belge, créateur, aux côtés d’Hortense Schneider, du soldat Fritz dans La Grande-duchesse de Gérolstein.

46    Pour la comédienne Anna Judic, voir la note 14 de la page « Deux actrices anglaises ».

47    Lischen et Fritzchen, opérette alsacienne en un acte et deux personnages de Paul Boisselot sur une musique de Jacques Offenbach, créée en Allemagne en 1863 avec Zulma Bouffar (note 24) dans le rôle de Lischen.

48    Madame l’archiduc, un opéra-bouffe en trois actes d’Albert Millaud sur une musique de Jacques Offenbach à la rentrée 1874 au théâtre des Bouffes Parisiens. Lors de cette création, Anna Judic tenait le rôle de Marietta, aubergiste, devant se faire passer pour la comtesse.

49    Marie Van Zandt (1858-1919), soprano américaine. Après quelques représentations à Turin, Marie Van Zandt a débuté à l’Opéra-comique en mars dernier dans le rôle de Mignon (Jules Barbier et Michel Carré sur une musique d’Ambroise Thomas) où elle emporte un succès fulgurant. Sa grande beauté est hélas gâchée par ses caprices et peut-être l’abus d’alcool ou de substances. Face à plusieurs scandales, au point qu’elle doit publier une lettre d’excuses dans les journaux. Voir notamment Le Matin du dix novembre 1884 qui donne à l’incident une colonne et demie en une. Marie Van Zandt quitte alors Paris où elle ne reviendra plus. Elle continue une carrière internationale.

La lettre de Marie Van Zandt dans Le Figaro du dix novembre, page trois (fragment)

50    Jean Duplessis-Bertaux (1750-1818), dessinateur et graveur.

51    Après la musique de scène du Chandelier d’Alfred de Musset évoquée note 9, Jacques Offenbach a demandé à Hector Crémieux et Ludovic Halévy un livret pour une opérette en un acte, La Chanson de Fortunio, créée aux Bouffes Parisiens en janvier 1861. Au cours de la scène VI, à propos d’un acte de vente, la phrase « Si vous croyez que je vais dire » ouvre à deux reprises un couplet de Valentin, hors contexte, dont : « Si vous croyez que je vais dire / Qui j’ose aimer / Je ne saurais pour un empire / Vous la nommer ! »

52    Marie Pfotzer (1841-1864, à l’âge de 23 ans), soprano, a été la créatrice, en janvier 1861, du rôle de Valentin, deuxième avoué de Fortunio. On l’a retrouvée au printemps dans Le Pont des soupirs (note 16) et l’année suivante dans Monsieur et Madame Denis.

53    Louis-Arsène Delaunay (1826-1903), pensionnaire de la Comédie-Française à 22 ans où il joua les jeunes premiers pendant près de quarante ans. Ses souvenirs sont parus en 1901 chez Calmann-Lévy sous le titre Souvenirs de M. Delaunay, de la Comédie-Française, recueillis par le Comte Fleury avec une préface de Jules Claretie (387 pages).

54    Henri Meilhac (1830-1897), auteur dramatique et librettiste particulièrement imaginatif, a commencé par écrire de petites fantaisies dans les journaux. C’est vers la trentaine qu’Henri Meilhac rencontre Ludovic Halévy. À eux deux ils écriront en vingt ans une quinzaine de livrets des plus célèbres opéras comiques, opérettes, folies-vaudevilles et autres opéras bouffes pour les principaux musiciens de cet art divertissant à grand spectacle. Ils écriront aussi ensemble plus d’une trentaine de pièces de théâtre aussi divertissantes que leurs livrets d’opéra. Henri Meilhac sera élu à l’Académie française au printemps 1888 au fauteuil d’Eugène Labiche où il sera reçu l’année suivante par Jules Simon.

55    Édouard Detaille (1848-1912), peintre académique spécialisé dans l’art militaire. De nombreuses œuvres d’Édouard Detaille sont conservées au musée de l’Armée depuis 1915. Jules Claretie a dressé un portrait d’Édouard Detaille dans le volume II de ses Portraits contemporains et aussi dans la série « Célébrités contemporaines ». Il s’agit de deux textes différents.

56    Luco, baryton bien oublié, a été le créateur du rôle du tambour-major Monthabotd, dans l’opéra-comique en trois actes d’Alfred Duru et Henri Chivot sur une musique de Jacques Offenbach, La Fille du tambour-major, créé au théâtre des Folies-Dramatiques en décembre dernier.

57    Geneviève de Brabant, opéra bouffe en deux actes d’Adolphe Jaime (fils) et Étienne Tréfeu sur une musique de Jacques Offenbach, créé au théâtre des Bouffes-Parisiens en novembre dernier. Il s’agit de la troisième réduction, après l’originale en cinq actes de février 1875 et sa réduction à trois actes de décembre 1867. Un air de cet opéra bouffe, les « Couplets des deux hommes d’armes » sera repris pour devenir l’hymne officiel de l’infanterie de marine américaine.