Madame Le Hon

Vie à Paris parue dans Le Temps du neuf mars 1880 sans titre, mise en ligne le 14 octobre 2024. Temps de lecture 24 minutes. Les intertitres ont été ajoutés depuis l’édition Havard.

Entrée en matièreMadame Le HonLes jolies femmesLes éditeurs d’autrefoisLes fêtes d’aujourd’huiNotes

À partir de cette date, les textes du Temps ont été repris volume chez Victor Havard. C’est aussi la première fois qu’apparaît la signature de Jules Claretie sous cette chronique du Temps. L’édition Havard commence par une préface, que l’on peut lire ici.

Une différence des deux états des textes — celui du Temps qui est ici la référence, et la parution en volume — sera parfois indiquée. L’édition Havard porte comme date le huit mars mais Le Temps, qui est un journal du soir, porte la date du lendemain, respectée ici.

Entrée en matière

« On peut se passer de bien des choses en France, dit quelque part le vicomte de Launay1 ; on peut se passer de poésie, on peut se passer de liberté, on peut même se passer d’esprit, mais on ne peut plus se passer de commérage. Le commérage est une des nécessités de l’époque. » La boutade est déjà vieille et elle n’est plus qu’à moitié vraie. Au lieu de ce vilain mot de commérage qui est comme la charge de la causerie, mettez renseignement, et vous aurez en effet, comme dit Mme de Girardin, la « nécessité » de notre époque. Ce temps-ci tient surtout à deux choses : être amusé et être renseigné. À l’heure où les salons avaient une puissance, le renseignement se parlait, se colportait d’un bureau d’esprit à l’autre et grossissait ou se déformait très souvent dans le voyage. Aujourd’hui, le renseignement s’imprime. Il n’y a plus de causeurs à proprement dire ; il n’y a qu’un causeur gigantesque, un causeur inépuisable, un causeur extraordinaire qui rabâche parfois, mais qui plus souvent a bien du nouveau à nous apprendre — et ce causeur, c’est le journal. Ce Gargantua de la causerie avale toute l’actualité et ne laisse aux beaux esprits de dessert que les miettes de son repas. C’est pourquoi, la plupart du temps, la causerie actuelle, — cette ombre blême de causerie que le cigare et la musique n’ont pas encore tout à fait réduite à néant, — se compose des bons mots de la gazette du matin ou de la nouvelle de la feuille du soir répétés simplement et récités par ceux qui se taillent de l’esprit tout fait dans la chronique.

Au surplus, elle n’est pas à dédaigner cette chronique de tous les jours, sœur cadette de l’histoire, et qui est à sa sœur aînée ce que le propos de couloir est au discours de la tribune, quelque chose de moins éclatant, sans doute, mais de plus curieux, de plus vivant, de plus mordant, une histoire qui n’a rien d’officiel, mais qui pourtant se pique de vérité, qui en sait long, en dit beaucoup et subsiste parfois comme un durable témoignage lorsque la voix de la majestueuse histoire est dès longtemps oubliée et comme éteinte. L’abjuration du roi Henri, c’est l’histoire. Le : « Paris vaut bien une messe » c’est la chronique.

La chronique, j’entends la chronique contemporaine, la causerie du journalisme, a d’ailleurs revêtu, tour à tour, et rejeté bien des formes : elle a été mondaine, parisienne, narquoise, fine comme un babil et pénétrante comme une critique éveillée avec le vicomte de Launay ; très commère, indiscrète et conteuse avec Eugène Guinot2, dont les propos de Pierre Durand, l’éternel récit des aventures de M. A… et de Mme B…, de M. X… et de Mlle Z… — tout l’alphabet y passait ! — divertissaient le public et l’intriguaient comme un rébus. Elle avait, avec Auguste Villemot3, retrouvé, non pas le rictus amer de Voltaire, mais un sourire de franc bourgeois voltairien, très parisien et très averti, philosophe à la bonne franquette, spirituel en diable et dissimulant la verve d’un Chamfort sous la redingote de M. Perrichon4. Et la chronique qui parlait la langue de Candide avec Valentin de Quévilly5 « le bon jeune homme »6, allait, un jour, emprunter le style de Duvert et Lauzanne7 et, se faisant pamphlet, contribuer à la chute d’un empire. Encore un coup, cette « commère » est une force et son petit air de fifre a sa valeur dans la mêlée. C’est le petit turlututu dont Frederick II parlait, un soir de bataille : « Messieurs, le héros de la journée, c’est un musicien de quinze ans qui, sous les balles, n’a cessé de jouer de son turlututu. »

Aujourd’hui d’ailleurs, plus que jamais, les historiettes de la chronique se rapprochent de l’histoire. Elle écrit sur la marge du grand livre officiel ; elle met des notes au bas des pages, elle complète le chapitre. Elle vit de faits et de vérités. Nous n’avons plus, hélas ! le loisir des fantaisies d’autrefois. Les anecdotes ne nous plaisent que si elles sont exactes. Cette soif de vrai, qui est le besoin du moment, on la retrouve — signe caractéristique jusque — dans les feuillets jetés au vent et éparpillés par les conteurs au jour le jour — les impressionnistes de la presse — ceux que de plus ambitieux qualifieraient d’inutiles !

Pas si inutiles ! C’est par eux que tout un côté d’une société et le plus aimable à coup sûr, celui des mœurs et par conséquent celui des femmes, revit et passe à l’avenir. C’est par Tallemant des Réaux8 que les belles mains et les toilettes de Mme de Montandre, les aventures de Mme de Champré ou l’esprit de Mme Cornuel9 arrivent à la postérité. Et vraiment, c’est quelque chose que de retrouver dans les feuillets tragiques de l’histoire l’image d’une jolie main ou le reflet d’un beau sourire, comme on retrouve une fleurette oubliée entre les pages d’un vieux livre.

M. Tom Taylor10, le dramaturge anglais, qui est aussi un érudit, s’était chargé, il y a quelques années, de mettre en ordre et de publier les papiers du peintre Joshua Reynolds11. Il paraît que le portraitiste de ces jolies femmes de la fin du dernier siècle demandait parfois, — l’ambitieux ! — à ses modèles une boucle de leurs cheveux : on ne refuse pas une boucle de cheveux à un peintre qui fixe à jamais votre beauté sur une toile, et Reynolds conservait ainsi, dans des sachets de papier, des boucles de cheveux de ces adorables créatures qui avaient été Sarah Lennox ou Nelly O’Brien12, mistress Lloyd ou lady Hamilton, et M. Taylor retrouvait, en feuilletant les paperasses du peintre, des cheveux coupés sur la tête d’Emma Lyonna13, la terrible maîtresse de Nelson.

Eh bien, voilà le lot du chroniqueur : il est le peintre de son temps. Il laisse à d’autres les parchemins officiels et les actes historiques, et ne s’occupe que de ces boucles de cheveux qui évoquent tout un passé et gardent encore, dirait-on, comme le parfum d’une société évanouie.

Madame Le Hon

Par qui subsiste encore, et comme dans tout l’éclat de sa beauté, cette charmante comtesse Le Hon14 qui vient de mourir septuagénaire après avoir connu toutes les séductions de la vie la plus heureuse, la plus enviée, et toutes les épreuves des lendemains de la grandeur ? Par qui est-elle évoquée et ranimée dans toute sa grâce ? Par ces passants qui, autrefois, l’ont entrevue et ont fixé son image dans leurs tableaux de la vie de Paris, par l’auteur des Nouvelles à la Main15 ou par celui des Guêpes16. Je me rappelle une page d’Alphonse Karr17 où le satirique cesse de railler en parlant d’une vente de charité organisée, au profit des Polonais, à l’Hôtel Lambert, par la princesse Czartoryska18. Cette exhibition d’épaules au bénéfice des malheureux n’inspire aux Guêpes qu’un vif sentiment d’admiration pour Mme de Radepont, Mme Friant, lady Dorsay, Mme de Rémusat, Mme Victor Hugo et la comtesse Le Hon, « la plus adorable marchande qu’on pût voir ».

George Sand à 34 ans et Julia Grisi à 29 ans.
On ne dispose malheureusement pas d’image de Madame Le Hon en qualité comparable

Mme Le Hon n’avait pas, au dire de ses contemporains, la beauté classique d’une Julia Grisi19, par exemple, dont le profil athénien est demeuré célèbre, ni le regard profond, l’œil de tzigane de Mme Sand ; elle avait mieux que cela, elle avait le charme, un charme de blonde aux cheveux de soie, et sa gentillesse spéciale était, m’assure-t-on, comparable à celle de Mme Théo20, dont l’auréole blonde est d’ailleurs une perruque et dont les vrais cheveux sont châtains. Je ne m’imaginais pas ainsi la comtesse Le Hon d’après le portrait qu’en fit, je crois, Paul Delaroche. Mais certain livre des plus curieux — un de ces livres qui devraient être refaits tous les dix ans — les Belles femmes de Paris21, publié en 1839 par une réunion de gens de lettres et de gens du monde, nous donne le portrait à la plume de Mlle Françoise Mosselmann, devenue comtesse Le Hon et ambassadrice de Belgique à Paris :

« Mme Le Hon, quoique Belge, est le vrai type de la jolie femme de Paris. D’abord Mme Le Hon est blonde, d’un blond pâle cendré et contenu que nous ne saurions comparer qu’au blond de l’épi… Nous ne savons trop si Mme Le Hon a une chevelure très épaisse, mais elle l’a fort longue : des boucles fines et transparentes lui tombent assez bas de chaque côté des joues ; un nœud artistement maintenu sur le fond de tête la couronne d’un petit diadème… Les yeux sont bleus, non de cet azur opaque et fulgurant que donne le ciel d’Italie, mais d’un bleu tendre quoique vif et passionné ; ils regardent admirablement, sans affectation ni mignardise, mais avec cette grâce friponne qui sied si naturellement aux blondes. La taille, ce signe distinctif des femmes de Paris, est prodigieusement fine, surtout si nous la comparons aux plans assez largement entendus des épaules, des seins et du col, qui sont tous d’un rose doux et d’une fraîcheur fort engageante. La main, que nous avons toujours vue gantée, nous a paru heureusement tournée et adorablement mignonne. Une jambe finement arrondie par le bas profite des indiscrétions de la robe pour se montrer de temps en temps aux regards séduits et curieux. Tout cela forme un ensemble d’une harmonie parfaite. Mme Le Hon obtient dans les salons un succès fou, dont les femmes ont fini par prendre leur parti… »

Et, à ce galant portrait physique, le chroniqueur d’il y a quarante et un ans ajoute une infinité d’éloges moraux ou autres : Mme le Hon est capricieuse, folle, coquette, dédaigneuse, fantasque, mobile ; sa conversation est incohérente, quelquefois malicieuse, méchante jamais. Elle est artiste puisqu’elle s’essaie à peindre sur la toile. Elle use beaucoup de couleurs et brise beaucoup de crayons, mais « la plus belle œuvre d’art qu’elle ait jamais faite, c’est elle-même ». Elle est poète puisqu’elle compose elle-même ses robes, ses ajustements, ses couronnes de fleurs et sa coiffure et que jamais une main profane n’a touché à ses cheveux blonds. La toilette étant le style de la femme, Mme Le Hon pouvait passer pour un « compositeur de génie ».

Les jolies femmes

Singulier livre que cette galerie des Belles femmes de Paris où la lithographie présentait tour à tour les portraits de Mme Gibus, de Mlle Falcon, de Mlle Anna Thillon, d’Ida Ferrier — la femme d’Alexandre Dumas — de la comtesse de Toreno, de la princesse Clémentine, de la baronne Athalin, de la comtesse Merlin, de la baronne Duvallier, de la marquise de Banes, de Mme Louise Colet, de Mme Doche et de Mlle Fitz-James ! Les coups de plumes y étaient aimables, et ce petit pastel22 de Mme Le Hon nous reporte au temps où Chopin rivalisait avec Listz, où le peintre mondain, élégant et choyé était Eugène Lami23, tandis que la suprême fantaisie semblait, dans le high-life, emprunter un costume aux amazones d’Alfred de Dreux24 — époque intermédiaire où la duchesse de Maufrigneuse25, de Balzac, était déjà morte, et où la cocodette26 de l’empire n’était pas née, mais qui voyait déjà apparaître, dans l’encadrement doré du salon de la jolie comtesse belge, les moustaches blondes et le front prématurément chauve de M. de Morny27, soldat hier, député aujourd’hui, demain artiste en coup d’État et en coups de bourse.

Et c’est ainsi qu’avec une femme toute une époque disparaît, tout un chapitre, est achevé : les élégances quasi-bourgeoises du règne de Louis-Philippe, les souvenirs du petit hôtel, de la légendaire Niche à Fidèle28, accoté à la luxueuse demeure de l’ambassadeur de Belgique, la figure même du duc d’Orléans formant là comme une antithèse avec celle de l’officier de l’armée d’Afrique29 destiné à devenir le premier ministre du second empire30. Un souffle et tout est dit. De cette jolie femme au malicieux sourire, de cette aïeule attristée et ruinée, il ne reste qu’un nom — ce qui reste de toutes les charmeuses de ce monde, qu’elles aient traversé, dans le rayonnement de leur jeunesse, ou le théâtre où les salons.

Au temps où les lorgnettes cherchaient, à l’Opéra, les boucles blondes de la comtesse Le Hon, la comédienne à la mode, la plus lancée et la plus tapageuse, était Mlle Déjazet31, et la musique la plus chantée celle de Loïsa Puget32. On ne s’inquiétait guère de cet Hector Berlioz qui épousait, comme un fou, une tragédienne anglaise33 venue à Paris pour jouer Ophélie, et on ne se doutait guère que l’avenir réservait à cet « original » comme une espèce d’apothéose. Berlioz a ses fanatiques, et voilà que Richard Wagner menace, à Paris même, d’avoir ses dévots. Une femme d’un rare talent, qui traduit le chinois et qui adore la musique de Wagner, a eu l’idée de donner, devant quelques fidèles, un certain nombre d’auditions des œuvres du maître. Les wagnériens convaincus se réunissent, certains soirs, dans l’atelier de Nadar34, et là, silencieux, communient en Richard Wagner comme les chrétiens aux catacombes communiaient en Jésus. De temps à autre, après quelque morceau de Tristan et Iseult ou de Lohengrin, un conférencier prend la parole et explique au public, pourtant initié, ce qu’on vient d’entendre. Je suis peut-être un welche35, mais je ne comprends guère cette glose ajoutée à la musique. L’explication d’une sensation éprouvée me paraît quelque peu superflue. Mais quoi ! une sensation ! Il s’agit bien d’une sensation ou d’un sentiment ! La musique entendue là a bien d’autres mérites que l’humble musiquette chantée, on ne sait où, par la Patti36, et les fidèles de Wagner, groupés là-bas autour d’un piano comme les fervents d’autrefois autour du baquet de Mesmer37, renverraient bien vite les profanes aux vaudevilles d’Auber38 ou aux mélodrames de Verdi.

Les éditeurs d’autrefois

À un tel degré, l’admiration devient une religion, un fétichisme, et la critique n’est même pas autorisée à introduire un article 7(39) dans la pratique de l’éducation et du culte wagnériens. Heureux les demi-dieux de l’art qui rencontrent de tels disciples, prêts à pourfendre les infidèles !

Balzac trouva cet oiseau rare dans son éditeur même, Hippolyte Souverain40, qui vient de mourir. Souverain fut pour Balzac et pour Dumas, et pour bien d’autres, une sorte de Providence. Tandis que Werdet41 exploitait l’auteur de la Comédie humaine et, dans tous les cas, publiait sur lui un livre assez mordant42, Hippolyte Souverain se donnait tout entier à son auteur. Lorsqu’on célébra, après la guerre, le service funèbre d’Alexandre Dumas, dans le wagon qui nous emportait à Villers-Cotterêts43, il y avait un petit homme déjà plus que sexagénaire courbé blanchi, et qui pleurait presque en racontant de vieilles histoires sur le pauvre grand Dumas. C’était Hippolyte Souverain. Il gardait, comme certains libraires d’autrefois, les Barba44, les Dentu45, à son édile une affection presque paternelle. Il eût volontiers dit, comme cet autre :

— Je suis quatre fois académicien, dans la personne de quatre de mes auteurs !

Renduel46, Le fameux éditeur romantique, a laissé un renom moins cordial, et Ladvocat47 a fini comme il a pu, après un grand moment de vogue. J’ignore si Hippolyte Souverain laisse des Mémoires. Ils seraient, à coup sûr, moins amers que les Souvenirs de Werdet qui noircit trois cents pages pour prouver que Balzac l’a ruiné, et aussi bienveillants que les Souvenirs de ce Jean-Nicolas Barba qui, en 1791, s’établissait au Palais-Royal avec deux cents francs, en donnait cent cinquante pour six mois d’avance de son loyer et, avec cinquante francs, faisait fortune.

Bon et beau type de libraire gaulois, la face ronde, le menton gras, la joue pleine, prédestiné d’avance à éditer Pigault-Lebrun48, le grand-père de M. Émile Augier49, comme son fils50 à lui, Barba, devait éditer Paul de Koch51 ! Et comme Jean-Nicolas Barba l’aimait, ce Pigault-Lebrun ! Il partageait tout avec lui.

« Un jour, — c’est lui qui le raconte et le trait naïf est touchant, — un jour, la fantaisie me prit d’acheter deux plats d’argent ; j’en offris un à Pigault. Un autre jour, c’étaient deux paires de lunettes d’or ; je fis pour les lunettes ce que j’avais fait pour les plats, en disant : « Ô Pigault, mon garçon (je l’appelais ainsi), si j’ai jamais un cabriolet, tu en auras un bien vite, car je n’oserais pas aller en voiture et le voir marcher à pied. »

Et la fin de l’histoire est aussi jolie : « On me vola mes lunettes d’or, ajoute Barba ; Pigault le sut et ne dit rien ; après sa mort seulement, sa femme me fit remettre une jolie lettre de souvenir, accompagnée des lunettes qui lui avaient appartenu. »

Ô mœurs antiques d’il y a un peu plus d’un demi-siècle ! C’est cette excellente femme de Pigault-Lebrun qui, très dévote, et son mari, l’auteur de ce livre du Citateur52 qui sentait le fagot53, n’ayant pas voulu se confesser avant de mourir, disait, la pauvre sainte femme, et c’est son glorieux petit-fils, M. Augier, qui nous l’a conté :

— Que c’est triste tout de même ! J’ai accompli toute ma vie mes devoirs religieux, et je souhaite pourtant d’aller en enfer, si Pigault y est, car je ne veux pas, après ma mort, être encore séparée de Pigault !

Bonnes gens aux humbles vertus et d’une autre époque. Ils avaient d’ailleurs leurs ennemis. N’est-ce pas à Barba que Frédérick Lemaître, prétendant avoir été dépouillé par lui, jetait, en le soulignant de son grand geste, ce cri de mépris demeuré célèbre :

— Monsieur Barba vous n’êtes qu’un… Libraire !

C’était à propos de cette bouffonnerie de Robert Macaire54, dont Frédérick était, en grande partie, l’auteur : il l’avait, en effet, et créée de verve et dictée ou écrite. Je ne crois pas que l’admirable comédien ait laissé une autre œuvre littéraire, si ce n’est peut-être certaine comédie qu’on n’a jamais représentée et qu’il appelait la Tabatière55. On va justement vendre, dans quatre jours, à la Chambre des notaires de Paris, le droit de reproduction des « œuvres littéraires de Frédérick Lemaître, » et, pour bien peu de chose, le premier passant venu pourra devenir propriétaire de ce drame bizarre de Robert Macaire. Il suffit de déposer cent cinquante francs pour avoir le droit d’enchère, et la mise à prix de tout ce qui reste des inventions de Frédérick, la Tabatière et Robert Macaire,— dix actes ! — est de cent francs56 ! Cent francs ! À peine un enjeu pour une de ces interminables parties de cartes que Gennaro57 commençait, en costume de théâtre, au café de la Porte-Saint-Martin pendant les entr’actes d’un drame, faisant répondre à son directeur, lorsqu’on venait dire que le rideau se levait et que le public s’impatientait :

— Dites à Harel58 qu’il paye ce que je perds ou que je ne joue pas.

Les fêtes d’aujourd’hui

Ces figures d’autrefois nous ont entraînées vers le passé. Il y a pourtant du nouveau aujourd’hui. On s’est fort assommé, dit le Don César de Ruy Blas59 ; on s’est fort amusé, dirait-il s’il traversait Paris, en ce temps de carême60. On y écoute des sermons et on y conduit des cotillons. La théologie mondaine s’y mêle agréablement aux bals masqués. On a, dans le monde des littérateurs et des peintres, discuté le Père Didon61, tout en commandant son travesti pour la fête donnée par Mlle Sarah Bernhardt62. M. Clairin63 en avait fort joliment dessiné le programme. On a remarqué parmi les invités le sergent Hoff64, dont la tragi-sculptoress achève le buste pour le prochain Salon65. Ce brave sergent Hoff, que je revois encore avec son képi troué, la visière tordue du temps du siège, le voilà maintenant qui fait partie du tout Paris. Ses yeux bleus profonds de chasseur et de trappeur doivent regarder cependant avec un certain étonnement les manteaux vénitiens et les loups de velours. Timide, un peu mystique, d’une douceur terrible, plus fait pour enlever des redoutes que pour y figurer, le sergent Hoff se souvient-il encore du temps où il nous écrivait : « Chaque fois que je tire un coup de fusil, il me semble que c’est le Très-Haut qui guide mon arme ! » On le citait, en ce temps-là, à l’ordre du jour ; on le citera bientôt, dans le public des « premières », parmi ceux qui applaudiront Céline Chaumont et la Petite Mère66. Mais Paris a mis du temps à l’adopter, et je me rappelle l’heure où, lorsqu’on leur contait les exploits du brave homme, ceux-là riaient d’un air incrédule qui prennent aujourd’hui le bon soldat sous leur protection.

En France, il ne s’agit pas seulement d’être un héros, mais d’être un héros à la mode.

Après les deux derniers immortels67, nous avons eu un nouvel inamovible68. Inamovible, immortel, ces deux adjectifs n’engagent à rien, mais ils font plaisir. Ils sont caressants et pleins de promesses. Ils donnent l’illusion d’une immortalité bornée, mais, en ce monde, tout est illusion. M. Albert Grévy succède à cet honnête homme d’Adolphe Crémieux69, dont je sais un joli mot qui le peint tout entier.

— Monsieur Crémieux, lui disait-on, vous êtes un juif si libéral et si juste que vous auriez, j’en suis bien sûr, plaidé pour Jésus-Christ.

— Moi ? répondit Crémieux avec son fin sourire, certainement. Et je crois même — je crois bien — que je l’aurais fait acquitter.

Je n’ai rien dit de M. Lemoine-Montigny70 dont nous suivrons aujourd’hui même le convoi, avec tout ce qui porte un nom au théâtre et dans les lettres. L’art-dramatique lui doit beaucoup, et cette figure de vaillant et galant homme mérite un cadre spécial et mieux qu’un souvenir à la fin d’une causerie. Nous en parlerons demain71. Paris, qui oublie vite, n’aura point, je pense, encore oublié !

Jules Claretie

Notes

1       Vicomte de Launay est le pseudonyme de la salonnière Delphine Gay (1804-1855), qui a aussi écrit sous les pseudonymes de Léo Lespès, Léa Sepsel ou Émile de Girardin, le nom de son mari, épousé en 1831. Émile de Girardin a déjà été évoqué dans La Vie à Paris du dix février 1880. Les Œuvres complètes de Madame Émile de Girardin ont été publiées par Henri Plon en 1861 en six volumes.

Lithographie non légendée provenant du premier volume des Lettres parisiennes du Vicomte de Launay, par Madame Émile de Girardin, précédées d’une introduction par Théophile Gautier, Michel Lévy 1857. Quatre volumes

2       Eugène Guinot (1805-1861), intéresse particulièrement Jules Claretie dans la mesure où il est considéré comme l’inventeur de la chronique parisienne. Eugène Guinot a signé Pierre Durand pendant une dizaine d’années le « Courrier de Paris » du Siècle.

3       Auguste Villemot (1811-1870), secrétaire général du théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1835, est entré au milieu du siècle au Figaro où il assurait, à partir de 1867 un mercredi sur deux, une chronique politique sous le titre « La Politique d’un bourgeois de Paris ». Auguste Villemot a aussi collaboré au Temps pour une autre chronique « La Comédie contemporaine » de 1864 à sa mort.

4       Le Voyage de Monsieur Perrichon, comédie en quatre actes d’Eugène Labiche créée au théâtre du Gymnase en septembre 1860 mettant en scène un brave bourgeois, carrossier à la retraite, pas très malin, très sûr de lui et quelque peu analphabète, ce qui lui vaudra bien des malheurs.

5       Valentin de Quévilly est l’un des pseudonymes d’Edmond About (1828-1885), qui avait aussi Valentin comme troisième prénom. Toujours en tête des bibliothèques bien rangées avec L’Homme à l’oreille cassée (Hachette 1862) ou Le Nez d’un notaire, Michel Lévy, même année. Edmond About sera élu à l’Académie française le 24 janvier 1884 face à François Coppée. Il mourra 51 semaines plus tard, le seize janvier, avant avant d’avoir pu être officiellement reçu.

6       Lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine, recueillies et mises en ordre par Edmond About, Michel Lévy, 1861.

7       Félix-Auguste Duvert (1795-1876) et Augustin-Théodore de Lauzanne, chevalier de Vaux-Roussel (1805-1877), formèrent un couple d’auteurs dramatique au même titre que « Flers et Caillavet » ou « Savoir et Nozière ». Ils écrivirent ensemble plus de soixante comédies ou vaudevilles de 1830 à 1859. En 1842, Augustin-Théodore de Lauzanne a épousé Marie-Louise (1820-1895), fille unique de Félix-Auguste Duvert.

8       Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692), écrivain, gazetier et poète surtout connu pour ses Historiettes, courtes biographies de ses contemporains.

9       Ces dames, et bien d’autres, ont leur chapitre dans les Historiettes, dont on trouvera ci-après un fragment de la table des matières du volume II de l’édition d’Antoine Adam pour La Pléiade de 1961.

10     Tom Taylor (1817-1880) auteur et critique dramatique, va mourir dans quatre mois, le douze juillet. Il est aussi rédacteur du célèbre (outre-Manche) magazine Punch, paru de 1841 à 2002.

11     Joshua Reynolds (1723-1792), portraitiste prolifique et réputé.

12    

Nelly O’Brien en 1762

13     Emma Lyonna est surtout connue comme personnage principal des cinq volumes d’Alexandre Dumas père parus sous ce titre chez Michel Lévy en 1876.

14     Fanny Mosselman (1808-1880) est morte la semaine dernière, le deux mars. En 1827, âgée de 19 ans, Fanny a épousé le conte Belge Charles Le Hon (1792-1868), qui avait seize ans de plus qu’elle. Dix ans plus tard — qui s’en étonnera ? — Fanny devenait la maîtresse de Charles de Morny (1811-1865) (note 27). De cette relation est née Louise (1838-1931), attribuée au mari en plus de ses deux fils. Charles de Morny a trouvé moyen de mourir avant Charles Le Hon. L’hôtel Le Hon se trouvait au 9 rond-point des Champs-Élysées. Il a été habité par la comédienne Sophie Croisette (1847-1901), qui avait bien ému le jeune Paul Léautaud. Il est de nos jours l’hôtel Marcel Dassault. En remontant l’avenue Montaigne, à l’angle, se trouvait, mitoyen, l’hôtel Morny, construit en 1844 et démoli en 1970 par Marcel Dassault pour agrandir l’ancien hôtel Le Hon. Cette partie abrite de nos jours la maison de vente Arcurial.

15     Les premières « nouvelles à la main », parce que non imprimées, échappaient à la censure. Une certaine Madame Doublet réunissait quelques hommes de lettres qui apportaient avec eux quelques informations politiques, artistiques ou croustillantes. L’expression a été reprise par les journaux comme on peut en voir un exemplaire ci-après ou par la littérature comme les Nouvelles à la main sur la Comtesse du Barry trouvées dans les papiers du Comte de ***, revues et augmentées par Émile Cantrel (Plon 1861) auxquelles fait peut-être allusion Jules Claretie. Ou bien encore Nouvelles à la main, vaudeville en un acte d’Adolphe d’Ennery (1811-1899) et Clairville (1811-1879), créé au théâtre des Variétés l’été 1843. Plus tard ces nouvelles à la main seront de petites pastilles de quatre lignes, tristes petites blagues, destinées à combler le vide d’une colonne de journal. On se souvient de la page du Journal de Jules Renard au 14 novembre 1899, à l’occasion d’une réunion au “café français” à propos de la création de ce qui sera le Mercure de France. C’est Gabriel Randon qui parle. Il sera un jour bien davantage connu sous le nom de Jehan Rictus : « — Moi, j’ai la spécialité des nouvelles à la main. Je les adresse à Magnard lui-même. On en a fait passer quatre. À trois francs l’une, cela fait douze francs. Le matin, en me levant, je cours au kiosque voisin. J’achète le Petit Journal et je feuillette le Figaro. Si je vois ma nouvelle, je cours vite à la caisse. On me connaît. J’entre comme un rédacteur en chef. »

16     Une des premières mentions des Guêpes se trouve sous forme de publicité par Alphonse Karr (1808-1890) dans Le Figaro du 21 novembre 1839 : « Ces petits livres contiendront l’expression franche et inexorable de ma pensée sur les hommes et sur les choses en-dehors de toute idée d’ambition, de toute influence de parti. […] Nous rirons ensemble de bien des gens qui voudraient se faire passer pour sérieux et nous nous amuserons à mesurer la petitesse des grands hommes et des grandes choses… / Il n’y a pas un seul journal qui oserait imprimer mes petits livres… ». « Se vend au bureau du Figaro, à Paris, rue du Croissant, no 16 et chez tous les libraires et dépositaires de nouveautés. »

17     Alphonse Karr (1808-1890), journaliste et romancier prolifique.

18     Izabela von Fleming (1746-1835) a épousé à l’âge de quinze ans, le prince Adam Kazimierz Czartoryski (1699-1871).

19     Giulia Grisi (1811-1869), soprano italienne, a débuté en 1831 à la Scala de Milan, ville où elle est née.

20     Louise Théo (Anne-Louise Picolo, 1850-1922), soprano à succès ayant chanté les plus grands vaudevilles et opérettes.

Louise Théo à 33 ans

21     Les belles femmes de Paris, « par des hommes de lettres et des hommes du monde », parmi lesquels Honoré de Balzac, Gérard de Nerval, Sainte-Beuve, Théophile Gautier, Victor Hugo, Jules Janin… Il s’agit du premier de deux volumes de compilation de textes et de portraits, parus en 1839 aux Éditions Au Bureau, dix rue Christine, 420 pages, 28 portraits hors-texte sur 56 personnes présentées, Madame Le Hon n’ayant pas le sien.

22     Rappelons que le portrait de Madame Le Hon ne figure pas dans l’ouvrage et que, donc, Jules Claretie nomme pastel les petites phrases aimables qui la décrivent.

23     Eugène Lami (1800-1890), peintre mondain et aquarelliste, décorateur et costumier considéré comme l’inventeur du tutu.

Le tutu selon Jules Lami, ici porté par la danseuse Emma Livry (1841-1863), morte avant ses 22 ans, suite à la prise de feu de son tutu.

24     Alfred de Dreux (Alfred Dedreu, 1810-1860) peintre portraitiste et animalier spécialisé dans la représentation du cheval. Le logo du sellier Hermès est inspiré d’un dessin d’Alfred de Dreux.

25     Diane de Maufrigneuse, personnage récurrent de La Comédie humaine apparaît dans huit ou neuf romans, ruinant presque autant de familles.

26     « Femme de mœurs légères, à la mise et aux manières provocantes » (TLFi). En 1870 est paru chez l’imprimeur Jean Bontemps, Souvenirs d’une Cocodette par elle-même, d’un certain E. F. anonyme (Ernest Feydeau, père de Georges). La couverture intérieure indique, par moquerie, Gustave Flaubert, parce qu’il vilipenda l’ouvrage, ce qui est cruel à son égard. Ce livre comporte dix gravures pornographiques et le texte est peut-être à l’avenant. L’Avant-propos a la bonté de nous donner sa définition de la Cocodette, partiellement reproduite ici : « La Cocodette est un type féminin du second Empire, comme la Merveilleuse le fut du Directoire et la Lionne de la monarchie de juillet […] Semblable à la courtisane par son faste insolent et ses allures indépendantes, elle en diffère cependant par la régularité de sa position sociale. / Son existence est une pose incessante. Pétrie de vanité, tout en elle est factice. »

27     Charles de Morny (Charles Demorny, 1811-1865, à 46 ans) comte puis duc de Morny, à l’ascendance bousculée et à la naissance incertaine. Député de la majorité (quelle qu’elle soit), du Puy de Dôme, à six reprises sans discontinuer de 1842 à 1865. « Très libéral en industrie et très autoritaire en politique », ainsi que le décrit le Dictionnaire des parlementaires, « Il jouait […] le rôle du terre neuve parlementaire qui se précipite pour sauver les cabinets compromis ». Brièvement ministre de l’Intérieur en 1851, ambassadeur de France en Russie en 1856 (un an) président du corps législatif de 1864 à sa mort.

28     La Niche à Fidèle était le surnom de l’hôtel de Morny de l’avenue Montaigne évoqué note 14.

29     Charles de Morny fut officier d’ordonnance en Algérie, notamment à Constantine.

30     « destiné » mais Charles de Morny n’a été que ministre de l’Intérieur. Jules Claretie fait peut-être allusion, de mémoire, à la rencontre, par Talleyrand, du très jeune Charles de Morny, alors élevé par Charles de Flahaut (1785-1870). Talleyrand, dit la légende, prononça alors ces mots : « souvenez-vous de ce que je vais vous dire : cet enfant-là sera un jour ministre. » Mais pas premier ministre.

31     Pour Virginie Déjazet, note 29 de la première Vie à Paris, datée du seize décembre 1879.

32     Loïsa Puget (1810-1889), compositrice de romances et chanteuse de salon.

33     Harriet Smithson (1800-1854), comédienne irlandaise. À l’automne 1827, Hector Berlioz s’est rendu en spectateur au théâtre de l’Odéon pour assister à une représentation d’Hamlet donnée par les « principaux acteurs des théâtres royaux de Londres », donc en anglais. Harriet Smithson y interprétait le dernier rôle, celui de la fille de Polonius, la blonde Ophélie. Bien que ne comprenant pas l’anglais — et peut-être à cause de ça —, Hector Berlioz tombe ce soir-là amoureux d’Harriet, lui écrit (en français ?) sans qu’ils ne soient jamais rencontrés. Surtout, il écrit pour elle la Symphonie fantastique créée en décembre 1830. Ils se marient en octobre 1833 sous le regard et le témoignage de Franz Liszt et s’installent à Paris, rue de Londres. Le mariage n’a pas duré, comme quoi la romance est souvent plus séduisante que la vie.

Harriet Smithson dans le rôle d’Ophélie à Paris en 1927, telle que l’a vue Hector Berlioz »

34     L’atelier du photographe Nadar se trouvait, vitré, en haut de l’immeuble du 35 Boulevard des Capucines depuis 1860 où on peut le voir encore de nos jours. Une dizaine d’années plus tard, Nadar a déménagé au 51 rue d’Anjou, à l’angle de la rue des Mathurins, dans un bel immeuble qui existe encore, mais moins vitré. À propos de ces concerts, lire l’article, amusant, du Monsieur de l’orchestre (Arnold Mortier (1843-1885)) dans Le Figaro du 28 février, page trois.

35     Inverse du Boche, le Welche est le nom donné aux français par les Allemands, ce qui fait toujours plaisir. Le mot est ici employé dans le sens de rustre ou d’ignorant.

36     Pour la soprano Adelina Patti lire la note 9 de La Vie à Paris du seize décembre 1879.

37     Franz Mesmer (1734-1815), médecin allemand traitant ses patients avec des aimants, quitte à leur faire avaler de la poudre de fer, voire par imposition des mains, ce qui est moins dangereux. En 1778 Mesmer s’installe à paris, prétendant que les remèdes sont inutiles parce que la guérison des malades n’est due qu’au magnétisme animal des médecins. Comme tout charlatanisme, le succès est immense, les patients affluent et les honoraires deviennent exorbitants. Afin d’accélérer la cadence, Mesmer réunit plusieurs patients, bien serrés, dans un même baquet rempli d’eau « magnétique », environné d’un cérémonial de train fantôme. La faculté s’émeut mais se heurte aux riches patients de Mesmer, bien conditionnés. Mesmer trouve rapidement plus charlatan que lui et finit par être trop fortement mis en cause, c’est le moment de quitter Paris. Le Baquet de Mesmer est aussi un film de Georges Méliès datant de 1905, qui n’a que peu de choses à voir avec cette affaire, sauf qu’il y a un baquet.

38     Plusieurs musiciens de ce temps portent le nom Aubert mais l’on peut penser que celui évoqué par Jules Claretie est Daniel Auber (1782-1871), qui a peu composé de vaudevilles mais de nombreux opéras-comiques. La luxueuse rue Auber à Paris, longeant l’opéra et ouverte en 1862, porte son nom.

39     Note sept de La Vie à Paris du treize janvier.

40     Hippolyte Souverain (1803-1880), cinq rue des Beaux-Arts.

41     Edmond Werdet (1793-1870), premier éditeur de Balzac.

42     Edmond Werdet, Portrait intime de Balzac, sa vie, son humeur et son caractère, chez A. Sylvestre, seize rue du Vert-bois, 1859, 404 pages.

43     Alexandre Dumas père, décembre 1870 à Neuville-lès-Dieppe, commune aujourd’hui rattachée à Dieppe. C’était le temps du siège de Paris et il n’était pas possible d’organiser des funérailles sérieuses. La dépouille d’Alexandre Dumas a donc été inhumée provisoirement à deux-cents kilomètres plus à l’est, à Villers-Cotterêts où il est né en 1802. C’est le seize avril 1872 que Jules Claretie a fait le voyage aller-retour. Une première cérémonie s’est tenue sur place. Le Figaro du 18 avril écrit : « 16 avril. À dix heures vingt minutes, le train de Paris est arrivé ce matin, amenant [sic] les représentants de la littérature, de l’art et de la presse. » Le journaliste, Alfred d’Aunay, relève qu’« aucune des actrices qui ont joué les innombrables rôles des drames ou des comédies d’Alexandre Dumas n’a songé à assister à ses obsèques. » On relève néanmoins le nom d’Émile Perrin, actuel administrateur général de la Comédie-Française, qui sera remplacé à sa mort, en 1885, par Jules Claretie. Alexandre Dumas reposera cent trente ans dans son cimetière avant que sa dépouille soit transférée au Panthéon, en novembre 2002.

44     Jean-Nicolas Barba (1769-1846) éditeur et libraire spécialisé dans le théâtre. Il a laissé un volume, Souvenirs de Jean-Nicolas Barba, ancien libraire au Palais-Royal, chez Ledoyen et Giret, libraires commissionnaires, 9, quai des Augustins, 1846, 292 pages.

45     Édouard Dentu (1830-1884) éditeur et libraire.

46     Eugène Renduel (1798-1874), éditeur.

47     Camille Ladvocat (1791-1854), éditeur et libraire. Camille Ladvocat est mort misérablement dans la solitude et l’abandon à l’hôpital Saint-Louis. Sa dépouille a été jetée à la fosse commune.

48     Pigault-Lebrun (Charles Pigault de l’Épinoy, 1753-1835) heureuse nature, a conduit une vie intense d’homme de théâtre et d’homme de lettres. En août 1800, Pigault-Lebrun a épousé Marie Michot (1768-1850) qui lui a donné une fille (Anna Honorine, 1801-1870), qui a épousé l’avocat Victor Augier, ces deux derniers étant les parents de l’auteur dramatique Victor Augier, objet de la note ci-après.

49     Émile Augier (1820-1889), fils d’avocat, écrit des pièces de théâtre tout en suivant des études de droit. Il a été élu à l’Académie française en mars 1857. Jules Claretie a dressé un portrait d’Émile Augier dans la série « Célébrités contemporaines ».

50     Si Henry Frédéric Barba (1803-1879), un des trois fils (et une fille) de Jean-Nicolas Barba (note 44) était relieur, éditeur et libraire, il s’agit plus vraisemblablement de Gustave (1803-1875), né de la seconde épouse de Jean-Nicolas, sœur de la première. On peut noter que ces deux fils sont nés la même année, chacun d’une des sœurs, la seconde ayant vingt ans de plus que la première. Le bureau de Gustave Barba se trouvait 31 rue de Seine.

51     Paul de Koch (1793-1871), romancier populaire, feuilletoniste heureux et auteur dramatique fécond, auteur de chansons.

52     Le rapprochement est cruel, Le Citateur étant un pamphlet anticlérical (paru chez Jean-Nicolas Barba, « libraire, palais du Tribunat, derrière le théâtre français, no 51 » en 1803.

53     Cette expression un peu désuète vient du fagot dont on allumait le bûcher des hérétiques au Moyen-Âge.

54     À propos de Robert Macaire et de Frédérick Lemaître voir La Vie à Paris du seize décembre 1879, note 21.

55     Frédérick Lemaître, La Tabatière, drame en trois actes (huit personnages) publié par Laplace-Sanchez en 1873 (texte sur deux colonnes).

56     Surtout que le lot comprend sans doute Fais la cour à ma femme, comédie en un acte, mêlée de chant, créée au théâtre de la Gaîté en décembre 1850 (cinq personnages). « Il faut pour vivre heureux / Ici-bas être deux, / Il faut le mariage, / Car ce vœu pour le ciel, / D’un amour éternel, / Seul est l’unique gage. » Cent francs pour ça, ce n’est rien.

57     Dans le drame de Victor Hugo Lucrèce Borgia, créé au théâtre de la Porte-Saint-Martin en février 1883 avec Frédérick Lemaître (et Mademoiselle George), Gennaro se croit orphelin sans savoir qu’il est le fils que Lucrèce Borgia a eu de son frère Jean.

58     Charles Jean Harel (1789-1846), auteur dramatique, était à l’époque le directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin (de 1832 à 1840). Charles Jean Harel et Mademoiselle George vivaient ensemble depuis 1815. Ils partagent le même caveau au cimetière du Père-Lachaise.

59    

DON SALLUSTE
Mieux encor.
La lune étant couchée, hier, Plaza-Mayor,
Toutes sortes de gens, sans coiffe et sans semelle,
Qui hors d’un bouge affreux se ruaient pêle-mêle,
Ont attaqué le guet. — Vous en étiez !
DON CÉSAR
Cousin,
J’ai toujours dédaigné de battre un argousin.
J’étais là. Rien de plus. Pendant les estocades,
Je marchais en faisant des vers sous les arcades.
On s’est fort assommé.

Ruy Blas, acte I, scène II, Pléiade de Roland Purnal 1963, page 1505

60     Cette année 1880, Pâques est le 28 mars. Le temps de Carême de quarante jours avant Pâques a donc débuté le mardi 24 février, il y a deux semaines.

61     Pour Henri Didon, voir La Vie à Paris du seize décembre 1879.

62     Sarah Bernhardt a donné un bal costumé le vendredi cinq mars, rassemblant, pour les quinze ans de son fils, chez elle, rue Fortuny, deux-cents invités. Sarah était costumée en Pierrot, Bianca, en Espagnole (une du Figaro du lendemain, rubrique « À travers Paris », cinquième colonne).

63     Georges Clairin (1843-1919), portraitiste à la mode.

Sarah Bernhardt, par Georges Clairin en 1876, grande huile sur toile de 250 x 200 cm visible dans le très agréable musée du Petit Palais

64     Ignace Hoff (1836-1902), sergent de carrière à la veille de la guerre, soldat alsacien particulièrement intrépide et courageux, a accompli plusieurs coups d’éclat lors du siège de Paris. Les journaux s’enthousiasment au point d’en faire le héros national dont la population assiégée a bien besoin. Après la guerre il deviendra gardien de square, situation courante pour les blessés de guerre, puis gardien de l’Arc de triomphe en 1879. Il se trouvait, non déguisé mais peut-être en tenue militaire, ce qui revient au même, à la soirée du cinq mars objet de la note 62 ci-dessus. Lire l’article d’Ignotus en Premier Paris du Figaro du sept janvier. Après sa mort, Auguste Bartholdi dressera la statue qui orne sa tombe, encore visible de nos jours au cimetière du Père-Lachaise. Une agréable petite rue du XVIIe arrondissement porte son nom.

65     Sarah Bernhardt s’adonnait à la sculpture et à la peinture et on lui connaît quelques bustes, dont celui (perdu) d’Edmond Rostand. Le buste d’Ignace Hoff a été exposé au salon de mai 1880 mais il ne semble pas qu’il soit parvenu jusqu’à nous, à moins qu’il soit en main privée, dans quelque grenier.

66     Céline Chaumont (1846-1926), deux ans et demi plus âgée que Sarah Bernhardt, chantait aussi parfois, et a fait une grande carrière. La Petite mère est une comédie en trois actes d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy créé au théâtre des Variétés le six mars dernier. Céline Chaumont tenait le rôle de Brigitte.

67     Les deux derniers immortels sont, après Edme d’Audiffret-Pasquier évoqué dans la dernière Vie à Paris, Maxime du Camp élu le 26 février en même temps qu’Eugène Labiche.

68     Il s’agit d’Albert Grévy (1823-1899), frère de Jules Grévy, actuel Président de la République, qui vient d’être élu Sénateur inamovible (gauche républicaine), donc à vie. Cette élite formait un corps de 75 sénateurs élus par leurs pairs, soit un quart du Sénat. Cent seize sénateurs en ont fait partie de 1875 à 1884, le temps qu’a duré cette disposition.

69     Adolphe Crémieux (1796- 1880), avocat réputé, quatre fois député (gauche) d’Indre-et-Loire de 1842 à 1851 et deux fois député de la Seine de 1869 à 1876. Sénateur inamovible de décembre 1875 à sa mort, le dix février dernier, laissant donc sa place à Albert Grévy.

70     Voir La Vie à Paris du dix mars.

71     Demain, en effet, paraîtra dans Le Temps, page deux, une colonne et demie de Jules Claretie non signée. Cet article est reproduit dans la page datée du dix mars.